Un article à lire avec le recul de la présidence Sarkozy et du mélange des genres permantent : sa rupture avec Cécilia, ses SMS ("si tu reviens, j'annule tout"), la présentation à la France de Carla Bruni en balade dans Disneyland, la cérémonie du chanoine de Latran, et j'en passe. Nous étions là, en 2002, à l 'aube de cette révolution de la politique-communication à l'américaine. Un fort signe de déclin des principes républicains et laïcs, de la séparation entre le public et le privé. 

 

Oh, Bernadette !

 Voilà, c’est fait. La France entière connaît son nouveau président : Jacques Chirac a été reconduit au sommet de l’Etat avec plus de 82 % des suffrages exprimés. C’est une victoire de la France contre le nationalisme xénophobe de Le Pen. C’est une victoire contre la démagogie sécuritaire. La France n’est pas un pays fasciste. Ok. On le savait. Mais est-ce pour autant une "victoire de la République", comme le laissent entendre tous nos journaux ? Sauvée la République, vraiment ?

chirac-2002

Hier, le 5 mai 2002, après l’annonce des résultats officiels, M. Chirac et sa femme se rendent Place de la République. M. Chirac et sa femme montent sur scène, ovationnés par « leurs supporters », selon le mot heureux d’un journaliste. Puis M. Chirac et sa femme, après le discours tonitruant de Monsieur, saluent la foule, côte à côte. N’est-ce pas adorable ? N’est-ce pas attendrissant ?

A l'américaine

Ce faisant, pourtant, Monsieur Chirac signe le mépris qu’il a pour les principes de la République. La République, c’est en effet la séparation nette entre le public et le privé, entre la fonction et la personne. Bernadette n’avait rien à faire sur cette scène. Bernadette n’est rien de plus que la femme de Jacques. C’est dans les régimes monarchiques que les personnes privées sont ainsi plébiscitées, lorsque la famille du Roi bénéficie de l’aura divine du Souverain. Bernadette a été, pour le pire, la première femme de Président à s’être prêtée à ce jeu « à l’américaine ». Sylviane aussi s’y est mis aux côtés de Lionel, sur les conseils peu avisés de maître Séguéla.

Aurait-on voté pour Bernadette pour la voir ainsi pavaner aux côtés de son heureux mari ? Ces images sont symptomatiques de la conception chiraquienne de la République.


La cause et l'effet

Aujourd’hui, le combat pour la République ne fait que commencer : un de ses ennemis a été mis en déroute (même s’il convient toujours de le contenir et surtout de s’attaquer aux causes de son succès). On en aura beaucoup parlé de cette « République » ces derniers temps, mais ne nous leurrons pas, Chirac, ce n’est pas la République. C’est son deuxième plus redoutable ennemi : nous sommes tombés de Charybde en Scylla.

Les masques tombent, en effet. Avec J.-P. Raffarin comme Premier Ministre, un représentant de Démocratie Libérale de Madelin, qui pourtant n’a pas fait 5 % au premier tour, Chirac dévoile son vrai visage que les initiés connaissent depuis bien longtemps. De la République, il ne brandit que l’oriflamme.

Pour ce second tour surréaliste, nous avons eu le choix entre la cause et l’effet. Car Le Pen est bien l’effet des politiques libérales menées jusqu’à ce jour par la droite comme d’ailleurs par cette gauche qui s’est détournée de ses valeurs.

La faute grossière du pseudo-gaullisme tout comme du socialisme moderne a été de réduire, plus ou moins, la politique à un traitement social des effets du libéralisme économique, à un service minimum de la République et à s’aligner sur le modèle de la démocratie de marché à l’américaine.

Chirac est aussi un grand danger pour la République que Le Pen, certes diamétralement opposé. Entre le fascisme nationaliste et le mondialisme libéral (la « gouvernance » prônée par Raffarin n’augure vraiment rien de bon, pas plus que la démagogie de la « politique plus proche des Français »), il nous faut produire un nouveau chemin.

Droite et gauche à bout de souffle

Comment ? Il faut refonder le débat politique sur de nouvelles bases. La droite et la gauche actuelles sont à bout de souffle. Les militants sont épuisés.

Rebattons les cartes. La ligne de rupture est aujourd’hui claire : une fois le fascisme contenu tant bien que mal, demeurent les tenants de l’ultra-libéralisme et ceux de la République. La nouvelle opposition doit se constituer contre Chirac.

 

M.L. (6 mai 2002)