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Remettre la politique debout

Candidat aux élections législatives de juin 2002 pour le Pôle Républicain, voici l'argumentaire que j'ai rédigé en réponse aux sollicitations faites par l’association ATTAC à l'ensemble des prétendants à la députation.

 

1/ La République et la justice sociale

Les démagogues de la gauche ou de la droite nous proposent de baisser les impôts… Ils se gardent bien de dire que cette baisse ne profitera qu’aux moins démunis. Oublie-t-on que les impôts sont un des piliers les plus robustes de la justice sociale ? Veut-on ou non de ces services publics que la France a su instaurer avec moult difficultés ? La logique de la concurrence a ses limites et nous les constatons de plus en plus vivement. Après une baisse des tarifs sur le coup, le consommateur ou client (on ne dit plus citoyen, ni même usager, c’est ringard) finit toujours par payer plus chers des services réduits, et se retrouve toujours devant un faux choix entre quelques gros groupes qui se partagent le marché (oligopoles), sans compter la désertification progressive du monde rural.

Cette baisse des impôts annoncée par les libéraux de droite, et mollement suivie par ceux de gauche, est indéfendable pour un républicain conséquent, soucieux de la res publica, de cette chose publique qui ne doit pas se réduire à la somme des intérêts privés. La baisse des impôts est le corrélat logique de l’ultralibéralisme économique : retrait de tout ce qui représente le collectif, plus généralement de l’Etat. La politique (de droite ou de gauche d’ailleurs), si elle veut perdurer, si elle ne veut pas perdre le peuple, doit aujourd’hui se réapproprier l’Etat, meilleur rempart contre les prédateurs boursiers et contre la loi de la jungle, qui est toujours la loi du plus fort, et en l’occurrence du plus riche.

Que les impôts soient cependant plus justement répartis, voilà l’objectif. La TVA doit être baissée, en général, mais plus particulièrement pour la restauration. Il est regrettable qu’un restaurateur « classique » paie 19.6% alors qu’un Mac Do « moderne » 5.5%.

Adam Smith, l’un des inspirateurs des dogmes libéraux actuels, ne parlait des services d’Etat qu’en terme de dépenses, de charges… Il faut, selon lui, les réduire au maximum, parce qu’elle pèsent sur tous. C’est contre cette théorie qu’il faut lutter en défendant un autre rôle de l’Etat au service du peuple. Les impôts ne pèsent pas, ils libèrent, ils élèvent quand ils sont justement répartis.

Que ceux qui réclament la baisse des impôts nous disent aussi haut et fort quelles en sont les conséquences logiques : la libéralisation généralisée des services publics, y compris ceux de l’école, marché juteux aux yeux des gourmands de la finance (et je ne dis pas « gourmets »), ou encore de la poste, de la SNCF, de l’énergie, de l’ONF, etc. Sommes-nous prêts à céder à la pure logique de la concurrence dans tous les domaines de la vie ?

Encore une fois : l’Etat doit être le garant de la prise en considération du long terme. Ni le « Marché » (ce nouveau dieu des gestionnaires de droite), ni la « Société civile » laissée à elle-même (cette illusion des autogestionnaires de gauche), ne peuvent l’assurer. Les « mouvements sociaux », s’ils sont signes de bonne santé d’une démocratie, s’ils sont aussi des régulateurs de la violence sociale (là où les conflits se réglaient auparavant dans le sang), ne suffisent pas. Des contre-pouvoirs sont évidemment nécessaires, mais c’est un pouvoir résolument républicain qu’il faut aspirer à réaliser. La « rue » ne doit pas être un objectif en soi : une telle idée devient même totalement contre-productive. C’est aux manettes de la politique qu’il faut prétendre si nous voulons être sérieux, car c’est là le lieu de la légitimité (d’où ma candidature). Alors seulement les contre-pouvoirs pourront prendre leur véritable ampleur, notamment l’association Attac par son exigence d’éclairer les enjeux du débat public et de peser sur les politiques d’où qu’elles viennent.

Car, aujourd’hui, le plus grave est que tous les Pascal Lamy de l’Europe se gaussent des manifestations de rue, parce qu’ils savent que la véritable légitimité politique en démocratie n’est pas celle des lobbies, aussi généreux ou aussi crapuleux soient-ils, mais bien celle des représentants du peuple, élus au suffrage universel (qui peuvent certes céder aux sirènes desdits lobbies, mais c’est un choix politique tout de même). Or la mondialisation n’est pas un phénomène naturel, un phénomène climatique (Seillère et Allègre s’accordent là-dessus), mais bien le fruit d’abandons de souveraineté de la part des gouvernements en place. En toute conscience. C’est là que le bât blesse, c’est là qu’il faut agir.

 

2/ La France, une grande puissance symbolique

L’Etat républicain est le meilleur cadre pour la lutte contre toutes les puissances anti-sociales (violence, anarchie, mais aussi appétits voraces de certains acteurs économiques qui s’imaginent benoîtement que leur seul bien-être est le signe infaillible du meilleur des mondes). La loi égale pour tous est la meilleure garantie de la justice entre citoyens, indépendamment des conditions particulières (riche ou pauvre, croyant ou athée, blanc ou bronzé, corse ou alsacien…). La France, du fait de son Histoire, pour le moins singulière, est particulièrement bien placée pour faire rayonner la voix de la République, laïque, démocratique et sociale, le message de la justice et de la raison, pour faire comprendre la nécessité de cet espace public qui rend possible la confrontation des esprits sans mettre en danger les corps. Voilà ce que doit faire entendre la France dans le cadre de l’Europe, mais aussi dans le monde, en particulier à l’OMC, au lieu d’harmoniser sa législation par le bas, quand ce n’est pas purement et simplement en contradiction flagrante avec notre Constitution. Quel meilleur modèle proposer dans le cadre du conflit israélo-palestinien que l’Etat républicain laïque ? Quelle meilleure réponse à l’impérialisme de cette jeune nation que sont les Etats-Unis ? Pourquoi la France fait-elle tant profil bas, alors que tout fait d’elle un grand pays, une grande puissance politique (si ce n’est économique ou militaire) ?

D’un bout à l’autre de la planète, ce qui meut les révolutionnaires progressistes n’est jamais très éloigné de la France : le sous-commandant Marcos qui prend le maquis mexicain en chantant la Marseillaise, le commandant Massoud qui s’est inspiré plus que quiconque du général de Gaulle, Ingrid Betancourt en Colombie qui écrit son livre « La rage au cœur » en français, pour que la France tonne enfin de sa voix de poids lourd de l’Histoire. Et ce n’est pas un hasard si Attac est née en France, disait un jour Susan George. Tout comme l’exception culturelle, en 1993, dans les négociations qui vont donner naissance à l’OMC.

Ne serions-nous plus à la hauteur de notre héritage et de notre réputation de peuple politique et rebelle ?

 

3/ Face à la finance

Il est nécessaire que le Parlement, représentant la nation toute entière, exige un contrôle des décisions, et même des projets, des institutions financières internationales.

L’économie argentine s’est écroulée sous le coup des injonctions du FMI, alors même que le pays était considéré comme l’élève modèle du libéralisme. Qu’en retient-on ? Pas grand chose. Le bruit de fond médiatique est lui aussi à court terme. Ce n’est pas digne d’une démocratie respectueuse de son Peuple. C’est là où l’on saisit que la démocratie (comme système électif) ne suffit pas si elle n’est pas en plus républicaine, c'est-à-dire orientée vers le bien public. La « démocratie libérale » consacre le règne de l’opinion, des médias, des sondages, des juges « indépendants » (de qui, de quoi ???), des marchés. Ce n’est pas le pouvoir du Peuple, c’est le pouvoir de la Foule, des individus en concurrence les uns avec les autres. On nous vend du toc, au nom de la modernité ! Mais qu’est-ce qui est moderne ? La financiarisation de l’économie (promue par la droite et mise en application par la gauche dès le milieu des années 1980) ? La belle affaire…

Si aujourd’hui tant de plans sociaux sont possibles sous couvert de « liquidation judiciaire » alors même que la maison-mère fait des chiffres d’affaire mirobolants, c’est parce que la notion de filiale est insuffisamment définie. Il y a un vide juridique qu’il faut réformer, et l’Etat doit sévir quand des sociétés en fort bénéfice licencient.

La politique républicaine, c’est l’art de poser des limites qui sont autant de repères (tant à l’école, en économie ou dans la sphère sociale). L’idéologie libérale n’est que la face économique de l’idéologie libertaire, et toutes deux s’appuient sur le refus de l’autorité de l’Etat et de ses représentants légitimes. Si l’Etat va mal, il faut le réformer et non le jeter aux orties.

La dette des pays du Sud doit être annulée, mais pas n’importe comment, car trop de petits dictateurs locaux et nombre de petits barons qui tournent autour de ces gouvernements se sont enrichis sur le dos de leurs peuples. Cette dette n’est pas « incohérente » et « absurde » comme le prospectus Attac le mentionne : au contraire, elle répond totalement au projet des grands pontes du FMI. Un Etat asservi fait ce qu’on lui demande, il ouvre ses portes aux multinationales étrangères (américaines ?), il libéralise, il se tait, bref il obéit.

Nos dirigeants actuels ne sont pas des hommes d’Etat, mais des consensuels (hormis un petit nombre d’agitateurs acharnés, pas plus hommes d’Etat). La gauche socialiste n’a pas su dire ‘non’ quand il le fallait. Elle n’a pas su dire ‘non’ aux intérêts du capital quand ils sont devenus nuisibles au reste de la population, elle n’a pas su dire non aux Paradis Fiscaux qui grèvent le budget de l’Etat de moitié, sinon plus ! Le consensus, c’est « oui, mais », « non, mais ». La politique républicaine, c’est « mais oui », « mais non » ! La rupture diplomatique semble un bon moyen, mais insuffisant. C’est un des plus grave et plus épineux problèmes de notre temps, et qui en parle ??

Si l’Europe peut instaurer une taxe de type Tobin, la France le peut, avec tous les pays du monde qui sont prêts à la suivre. S’il faut attendre que l’Europe actuelle bouge, sûrement nous prendrons la poussière avant de voir quoique ce soit.

La retraite par répartition est un bel héritage qu’il nous faut protéger des dérives. La retraite par capitalisation, dans la mesure où elle accentuerait une bulle financière qui n’est déjà que trop importante (toujours pour cause de mollesse consensuelle), ne doit en aucun cas être acceptée. Ce serait un nouvel abandon de souveraineté des représentants politiques, qui à plus ou moins long terme alimenterait encore le vote Front national : quand la politique se détourne du peuple, les extrêmes fleurissent… Que nous parle-t-on d’ailleurs de séisme pour le 21 avril, comme s’il s’agissait d’un phénomène naturel, et non d’une crise politique résultant de la myopie caractérisée de notre clique politicienne !

Il faut défendre une exception agricole de la même manière que l’exception culturelle : l’agriculture n’est pas une marchandise comme les autres. Les petits agriculteurs doivent être favorisés contre les gros lobbies qui exploitent la terre sans respect pour l’avenir. Concernant les OGM, les brevets sur le vivant doivent être tout simplement interdits. Si la globalisation est la tendance à transformer tout ce qui existe en marchandise, c’est à la politique de construire les nouvelles digues de notre époque.

 

4/ Pour une véritable politique nationale

La démocratie participative est une bonne chose tant que la démocratie représentative reste la règle. Les pouvoirs locaux ne doivent pas devenir beaucoup plus forts, car ce serait la porte ouverte à tous les lobbies, ainsi qu’à la « bougite » institutionnelle. Ce serait nous affaiblir, et les « puissances de l’argent » n’attendent que cela : l’émiettement du pouvoir. La loi doit rester nationale. Ceux qui défendent le régionalisme (tel Madelin) sont les pires ennemis des régions parce qu’ils veulent les mettre en concurrence les unes avec les autres (ce qui est déjà le cas pour la petite entreprise, les subventions étant inégales entre régions pour les mêmes activités). Néanmoins, il faut trouver un moyen de faire participer les citoyens : des conseils de quartiers (5000 habitants ?) doivent être créés, qui se réuniront tous les mois, avec ceux qui le veulent (on ne va pas aller chercher les grognons à la force de la baïonnette), pour faire entendre leurs doléances, leurs propositions, leurs craintes… mais de là à décider au jour le jour, c’est un autre pas qu’il ne faut pas franchir. L’Etat et la loi doivent se penser sur le temps long.

De même, le référendum ne doit pas devenir la règle, même s’il doit être de rigueur sur les grandes questions institutionnelles : imaginons un référendum sur la peine de mort au moment de l’affaire Dutroux. La voie serait ouverte à tous les démagogues professionnels, et le pouvoir des médias démesuré. Le referendum est un outil précieux qu’il ne faut pas user inconsidérément.

 

Mathieu Lavarenne

Candidat pour le Pôle Républicain sur la première circonscription du Haut-Rhin