BCE : le reniement de Sarkozy

BCED’après François Fillon, le candidat Sarkozy ne compte plus demander de réforme de la Banque Centrale Européenne.

Vigoureusement dénoncée depuis plusieurs mois par les milieux libéraux, la réforme de la Banque Centrale Européenne et de l’euro, proposée à grand fracas par Nicolas Sarkozy, n’était donc qu’un leurre destiné à berner les citoyens. Et sa posture de volontarisme patriotique n’était qu’une imposture : un suivisme volontaire. "Je veux être le président qui tiendra ses engagements" sera son premier engagement renié. Qu’on se le tienne pour dit.

A Agen le 22 juin 2006, le discours prononcé par Nicolas Sarkozy avait marqué un tournant dans sa campagne. Convaincu, comme Chirac en son temps dont il reprend sciemment les méthodes électorales [1], que seule une stratégie d’ouverture vers de nouvelles “cibles” (les classes moyennes, les ouvriers, les employés…) lui permettrait de gagner les élections, Sarkozy prenait à contre-pied sa formation politique. Le patron de l’UMP avait en effet tenu des propos qui laissèrent bouche bée son auditoire : fustigeant les « patrons voyous » et les « parachutes en or », Sarkozy tentait de se présenter en héros protecteur contre les délocalisations qui menacent tant l’industrie que, bientôt « l’administration, la conception, la recherche et le service », terminant son discours par une tirade sur « l’euro fort » qui tue les emplois en Europe et sur la nécessité d’une révision de la politique monétaire européenne. « Il n’y a aucune raison pour que la zone euro soit la variable d’ajustement des déséquilibres économiques du monde. Avons-nous déjà oublié le franc fort à tout prix qui nous a coûté cher en emploi ? […] Regardez les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Et demandez-vous pourquoi les pays européens qui enregistrent les meilleures performances en matière d’emploi, de pouvoir d’achat et de croissance sont ceux qui sont en dehors de l’euro. […] Etre un Européen conséquent, c’est refuser que le marché unique serve de paravent à tous les dumpings sociaux, fiscaux ou idéologiques ! » Nombreux sont ceux qui ont eu du mal à le croire, y compris dans son camp.

Dans la même veine, le 28 mars 2007 à Lille, Sarkozy réitérait ses attaques contre l’euro fort et la Banque Centrale Européenne qu’il annonçait vouloir mettre « au service de la croissance et de l’emploi ». « Je veux déclencher une offensive diplomatique pour obtenir de nos partenaires qu’ils fassent pression sur la BCE (Banque centrale européenne) et surtout pour que l’on mette en place un véritable gouvernement économique de l’Europe face à une banque centrale qui ne peut pas continuer à n’avoir de comptes à rendre à personne ».

Sa qualification pour le second tour, ainsi que son avance sur Ségolène Royal dans les sondages, semblent avoir prématurément fait effet sur le discours du candidat : à peine entrevoit-il la réalisation de ce qu’il désirait tant en se rasant tous les matins, que les reniements commencent. Impatience, quand tu nous tiens ! En effet, selon une dépêche AFP du dimanche 29 avril, François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy (et futur premier ministre potentiel), a annoncé que le candidat de l’UMP avait « compris qu’il n’était pas raisonnable de demander la réforme de la BCE ». « Il a discuté avec les responsables européens. Il n’y avait aucun accord pour engager une réforme », a-t-il ajouté au cours du Grand rendez-vous Europe 1/TV5 Monde/Le Parisien. « Nous demandons simplement que la BCE accepte de regarder la situation et d’essayer de balancer la politique monétaire européenne » pour qu’ « on puisse encore fabriquer des avions en Europe ». Les mots se sont pour le moins édulcorés, et « l’offensive diplomatique » annoncée à peine 15 jours auparavant promet effectivement d’être terrible...

Que ceux qui pouvaient être séduits par l’illusion du volontarisme sarkozyen, tant face à la mondialisation qu’aux politiques européennes, soient fixés sur ce qui attend “la France d’après”. Il est vrai que Ségolène Royal (pas plus que François Bayrou d’ailleurs) n’est davantage convaincante sur le sujet. La seule différence est qu’elle promet un referendum là où Sarkozy annonce un passage en force auprès du Parlement, en ce qui concerne un futur Traité européen. Dans tous les cas, il nous faudra être vigilants et offensifs.

[1] voir le livre de Michaël Darmon, La vraie nature de Nicolas Sarkozy, publié en janvier 2007 au Seuil. Journaliste à France 2, chargé de suivre la campagne du candidat UMP, il dresse un portrait fort élogieux d’un homme qui aurait changé... ce dont il peine d’ailleurs largement à nous le prouver. En revanche, la stratégie électoraliste du candidat UMP y est relatée.