Machines à voter :

un risque de crise politique majeure

L’élection de George W. Bush en l’an 2000 avait été entachée par de sérieux soupçons de fraude, liés au manque de fiabilité des machines à voter utilisées aux Etats-Unis. Il se pourrait que nous connaissions une telle crise en France, après le second tour des élections présidentielles, dans le cas possible d’une plainte déposée auprès des tribunaux ou du Conseil d’Etat, par le candidat battu, par n’importe quel parti politique, ou encore par des citoyens refusant le résultat du scrutin. Les conditions en semblent réunies.

L’utilisation des machines à voter avait été autorisée par le Ministère de l’intérieur (alors dirigé par Nicolas Sarkozy) par l’arrêté du 17 novembre 2003. Les trois modèles agréés ont été utilisés à partir de 2004 : lors des élections européennes, une quarantaine de villes les avaient utilisées. En 2007, plus d’un million et demi d’électeurs sont concernés dans plus de 1600 bureaux de vote.

Or, en raison :

— des problèmes déjà rencontrés (incidents techniques durant le scrutin, personnes ayant dû se faire aider pour l’expression même de leur vote, différences entre le nombre de voix enregistrées et le nombre d’émargements…),

— des doutes exprimés par les informaticiens (possibilité de fraude au moyen de logiciels pirates, de virus de vote s’exécutant au moment opportun, installés par un employé du fabricant, du vendeur ou du loueur, par le transporteur, ou par toute personne ayant accès au lieu de stockage…),

— des problèmes de conformité au Code électoral des machines (non respect de l’exigence d’une horloge interne pour 80% des machines, logiciels non conformes à l’agrément du ministère),

si, au second tour, le nombre de voix d’écart entre Ségolène Royal et Nicolas était inférieure à 1,5 millions (environ 5 % de la participation au premier tour), ce qui est largement probable, la légitimité du nouveau président de la République pourrait ne pas être supérieure à celle de George W. Bush en 2000.

Et qu’en sera-t-il des scrutins locaux, lorsque les citoyens ne seront pas persuadés de l’honnêteté de leurs représentants, chargés de l’entretien et du bon fonctionnement des automates ? Il est fort probable que les soupçons de fraude entraîneront une augmentation des plaintes en justice. Rien de très bon pour la démocratie.

Réseau Voltaire : "Machine à voter, machine à truquer"