Le Blog de Mathieu Lavarenne

Vous trouverez dans ce blog des analyses politiques, des réactions à l’actualité, des prises de position.

20 mai 2007

Etat des lieux

Un divorce grandissant entre le peuple et ses élites

_clairPour partir du bon pied, il faut faire un état des lieux, établir un bon diagnostic politique de la situation. L’analyse des derniers scrutins depuis 2002 nous le montre, le peuple français n’a manifestement pas baissé les bras. Rappelons-nous.

21 avril et 5 mai 2002 – ELECTION PRESIDENTIELLE. Présentée pendant des mois comme se résumant au duel Chirac-Jospin, cette élection s’est soldée par l’accès au second tour de l’épouvantail Le Pen. Ce scrutin n’a été une victoire que pour l’abstention (atteignant presque 30%, du jamais vu à une élection présidentielle) et le vote protestataire (19% pour l’extrême droite, 14% pour l’extrême gauche, soit un tiers des suffrages exprimés !). Le score des candidats au premier tour étant ridicules : Chirac : 13,75% des inscrits – Le Pen : 11,66 % – Jospin : 11,19%.

6 juillet 2003 – REFERENDUM sur le statut de la Corse. 51% des électeurs se sont prononcés contre l’aventure institutionnelle, malgré l’appel insistant à voter "oui" lancé par la quasi-totalité de la presse et des partis politiques. Il s’agissait en outre de la première mise en œuvre de la LOI organique n° 2003-705 du 1er août 2003 relative au référendum local, qui avec l’aide de la LOI constitutionnelle n° 2003-276 du 28 mars 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République contrevient au sage principe d’indivisibilité de la nation, qui énonce que la loi doit être la même pour tous.

7 décembre 2003 – REFERENDUM sur l’avenir institutionnel de la Guadeloupe et de la Martinique. Après ceux de Corses, nos concitoyens des Antilles, refusent à leur tour des statuts qui dérogent à la loi commune de la République. Contrairement aux attentes des maîtres censeurs, 73% des Guadeloupéens et 51% des Martiniquais ont rejeté la suppression des départements et leur régionalisation.

21 et 28 mars 2004 – ELECTIONS REGIONALES. Deux ans après avoir été contraints de voter massivement pour J. Chirac (82 %), les citoyens corrigent la donne et laissent 20 régions sur 22 au PS. Ce vote de rejet sanctionne une majorité illégitime sortie des urnes par la force en 2002 et les politiques de son gouvernement (l’UMP n’atteint que 6,8% des inscrits ! Les six ministres UMP-UDF en tête de liste sont battus).

13 juin 2004 – ELECTIONS EUROPEENNES. Plus que jamais c’est l’abstention qui sort vainqueur du scrutin avec 57,5% taux jamais égalé pour un scrutin national de la 5ème République (sauf referendums sur la nouvelle Calédonie en 1988 : 63% et sur le quinquennat en 2000 : 70%). Dans ce scrutin régionalisé pour la première fois, pas moins de 41 listes très hétéroclites se sont présentées devant le suffrage. Certains se sont autorisés à croire que les Français se normalisaient dans la post-démocratie européenne (abstention massive et rejet de la politique).

29 mai 2005 – REFERENDUM SUR LE TRAITE CONSTITUTIONNEL EUROPEEN. Le plus grand signe du divorce entre la nation et ses élites était à venir : le 28 février 2005, par 730 voix pour, 66 contre, 96 abstentions, soit 92% des parlementaires (députés et sénateurs), nos représentants ont voté "oui" au traité constitutionnel. Avec les principaux partis politiques, les médias (presse, radio, télévision) dans leur presque unanimité ont continué de mener une campagne invraisemblable pour le "oui" en diabolisant, culpabilisant, faisant même un chantage à la catastrophe. Rien n’y fit, le 29 mai les Français ont voté "non" à 55%, avec un taux de participation de 70% qui ne laisse aucun doute sur leur détermination.

22 avril et 6 mai 2007 – ELECTION PRESIDENTIELLE. Avec un taux de participation record, digne des démocraties où le vote est obligatoire, les Français ont montré ce qu’ils attendaient : que la politique joue pleinement son rôle. Déjà durant la campagne, le taux d’audimat des émissions politiques avait été doublé. Les trois principaux candidats n’ont pu faire campagne qu’en prenant la posture de la rupture, quand bien même cela ne correspondait pas à la réalité. Nicolas Sarkozy a ainsi été élu sur des questions sociales, et sur une demande de protection de la France contre la globalisation. Il reste à savoir combien de temps il faudra pour mesurer l’écart entre ce qui a été promis et les actes. Déjà, sur le problème de l’indépendance de la Banque centrale européenne, il s’est renié. De plus, le fort score de François Bayrou a montré à quel point les Français ne se reconnaissent plus dans le clivage apparent entre libéralisme social et social libéralisme. Paradoxalement, car le candidat centriste incarne précisément cette même idéologie libérale, d’acquiescement à la mondialisation.

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02 mai 2007

D’après François Fillon, Sarkozy ne compte plus demander de réforme de la Banque Centrale Européenne

BCE : le reniement de Sarkozy

BCEVigoureusement dénoncée depuis plusieurs mois par les milieux libéraux, la réforme de la Banque Centrale Européenne et de l’euro, proposée à grand fracas par Nicolas Sarkozy, n’était donc qu’un leurre destiné à berner les citoyens. Et sa posture de volontarisme patriotique n’était qu’une imposture : un suivisme volontaire. "Je veux être le président qui tiendra ses engagements" sera son premier engagement renié. Qu’on se le tienne pour dit.

A Agen le 22 juin 2006, le discours prononcé par Nicolas Sarkozy avait marqué un tournant dans sa campagne. Convaincu, comme Chirac en son temps dont il reprend sciemment les méthodes électorales [1], que seule une stratégie d’ouverture vers de nouvelles “cibles” (les classes moyennes, les ouvriers, les employés…) lui permettrait de gagner les élections, Sarkozy prenait à contre-pied sa formation politique. Le patron de l’UMP avait en effet tenu des propos qui laissèrent bouche bée son auditoire : fustigeant les « patrons voyous » et les « parachutes en or », Sarkozy tentait de se présenter en héros protecteur contre les délocalisations qui menacent tant l’industrie que, bientôt « l’administration, la conception, la recherche et le service », terminant son discours par une tirade sur « l’euro fort » qui tue les emplois en Europe et sur la nécessité d’une révision de la politique monétaire européenne. « Il n’y a aucune raison pour que la zone euro soit la variable d’ajustement des déséquilibres économiques du monde. Avons-nous déjà oublié le franc fort à tout prix qui nous a coûté cher en emploi ? […] Regardez les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Et demandez-vous pourquoi les pays européens qui enregistrent les meilleures performances en matière d’emploi, de pouvoir d’achat et de croissance sont ceux qui sont en dehors de l’euro. […] Etre un Européen conséquent, c’est refuser que le marché unique serve de paravent à tous les dumpings sociaux, fiscaux ou idéologiques ! » Nombreux sont ceux qui ont eu du mal à le croire, y compris dans son camp.

Dans la même veine, le 28 mars 2007 à Lille, Sarkozy réitérait ses attaques contre l’euro fort et la Banque Centrale Européenne qu’il annonçait vouloir mettre « au service de la croissance et de l’emploi ». « Je veux déclencher une offensive diplomatique pour obtenir de nos partenaires qu’ils fassent pression sur la BCE (Banque centrale européenne) et surtout pour que l’on mette en place un véritable gouvernement économique de l’Europe face à une banque centrale qui ne peut pas continuer à n’avoir de comptes à rendre à personne ».

Sa qualification pour le second tour, ainsi que son avance sur Ségolène Royal dans les sondages, semblent avoir prématurément fait effet sur le discours du candidat : à peine entrevoit-il la réalisation de ce qu’il désirait tant en se rasant tous les matins, que les reniements commencent. Impatience, quand tu nous tiens ! En effet, selon une dépêche AFP du dimanche 29 avril, François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy (et futur premier ministre potentiel), a annoncé que le candidat de l’UMP avait « compris qu’il n’était pas raisonnable de demander la réforme de la BCE ». « Il a discuté avec les responsables européens. Il n’y avait aucun accord pour engager une réforme », a-t-il ajouté au cours du Grand rendez-vous Europe 1/TV5 Monde/Le Parisien. « Nous demandons simplement que la BCE accepte de regarder la situation et d’essayer de balancer la politique monétaire européenne » pour qu’ « on puisse encore fabriquer des avions en Europe ». Les mots se sont pour le moins édulcorés, et « l’offensive diplomatique » annoncée à peine 15 jours auparavant promet effectivement d’être terrible...

Que ceux qui pouvaient être séduits par l’illusion du volontarisme sarkozyen, tant face à la mondialisation qu’aux politiques européennes, soient fixés sur ce qui attend “la France d’après”. Il est vrai que Ségolène Royal (pas plus que François Bayrou d’ailleurs) n’est davantage convaincante sur le sujet. La seule différence est qu’elle promet un referendum là où Sarkozy annonce un passage en force auprès du Parlement, en ce qui concerne un futur Traité européen. Dans tous les cas, il nous faudra être vigilants et offensifs.

[1] voir le livre de Michaël Darmon, La vraie nature de Nicolas Sarkozy, publié en janvier 2007 au Seuil. Journaliste à France 2, chargé de suivre la campagne du candidat UMP, il dresse un portrait fort élogieux d’un homme qui aurait changé... ce dont il peine d’ailleurs largement à nous le prouver. En revanche, la stratégie électoraliste du candidat UMP y est relatée.

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01 mai 2007

Une surenchère contre l’ « étatisme »

Royal – Bayrou : le libéralisme social entre amis

BayrouS_goLe débat entre Ségolène Royal et François Bayrou, qui a eu lieu samedi 28 mars sur BFM TV, s’est présenté comme une recherche de convergences et de divergences entre les deux protagonistes, à la veille du second tour de l’élection présidentielle ainsi que des législatives des 10 et 17 juin. « Convergences institutionnelles » mais « divergences économiques », a-t-on partout entendu. Pourtant, à y regarder de plus près, bien peu de choses opposaient les discours de l’un et de l’autre. Au contraire, une même méfiance à l’égard de l’Etat, paradoxe suprême pour des prétendants à la présidentielle, les reliait fondamentalement.

C’est en effet à une surenchère contre « l’étatisme » que nous avons assisté, ce mal qui, depuis son origine, gangrènerait cette 5ème République aux institutions considérées comme trop rigides et archaïques. « Faire respirer la société française » (Royal), lui « donner de l’oxygène » (Bayrou), voilà l’objectif de la 6ème République appelée tant par les vœux de Ségolène Royal que ceux de François Bayrou. « La réforme des institutions va débloquer la situation de la France » a affirmé péremptoirement Mme Royal. Comme si la crise actuelle était la conséquence d’un problème institutionnel ! Les responsables de la situation présente ont été à la tête de l’Etat depuis plusieurs décennies, et leurs politiques ont été plutôt caractérisées par un abandon progressif de la puissance publique, au nom de la nécessaire adaptation à la globalisation, considérée comme inéluctable (la fameuse "modernisation" de la France). Face à cette globalisation, le problème n’est pourtant pas véritablement la trop grande place de l’Etat et de la puissance publique. C’est ce que le premier ministre Jospin avait déjà laissé entendre aux salariés de Michelin, en 1999, lorsqu’il avait affirmé, à propos de la suppression de 7500 emplois en France par l’entreprise, alors largement bénéficiaire : « Je ne crois pas qu’il faut tout attendre de l’Etat ou du gouvernement ». Et tout le monde avait compris à raison : il ne faut pas en attendre grand chose...

Mais la saignée n’a visiblement pas été assez abondante pour chacun des deux protagonistes : le salut de la France serait dans le "encore moins d’Etat". « C’est fini, a scandé Bayrou dans une critique du programme économique de Ségolène Royal, l’Etat ne peut plus faire les choses à la place de la société. Il faut faire vivre la société française en face de l’Etat ». Ce à quoi la candidate socialiste rétorquait : « rejeter la gauche vers l’étatisme, c’est facile… eh bien, c’est tout le contraire ». Le pacte présidentiel « n’est pas un pacte étatique, c’est ça sa modernité ».

Quelles sont donc ces recettes "modernes" que propose Mme Royal en réponse aux défis de la globalisation et aux dérégulations qui en sont les piliers ? La « démocratie participative », les « jurys citoyens », un « dialogue social rénové sur le modèle des pays nordiques », et surtout « une nouvelle étape de la décentralisation »… C’est ce qu’elle appelle « faire entrer la France dans une modernité sociale et démocratique ». « Je fais confiance aux acteurs locaux, aux syndicats, aux entreprises… ». Et le rôle de l’Etat dans tout cela ? « Organiser les discussions » entre partenaires sociaux et donner des subventions aux associations de quartier. Bref, peau de chagrin.

Et quant à M. Bayrou ? « Dans une économie ouverte comme la nôtre », il faut « rendre la France plus compétitive, plus performante, comme l’Allemagne après les réformes Schroeder », en remplaçant tout « monopole » par le « pluralisme », toute « dépendance » à l’égard de l’Etat, par « l’indépendance ».

Si, par ailleurs, Ségolène Royal et François Bayrou semblent avoir tous deux renoncé à certains égarements de l’idéologie libertaire, ils se retrouvent bel et bien sur le même terrain de l’idéologie libérale (tout comme Nicolas Sarkozy d’ailleurs), qui vise à affaiblir l’Etat, pensé comme le Léviathan, dévoreur des libertés individuelles. Nous pensons au contraire qu’affaiblir l’Etat, ce n’est rien d’autre que de désarmer le peuple face à la globalisation, le priver de sa souveraineté, pourtant chèrement conquise.

Posté par mlavarenne à 16:29 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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