14 février 2008
Le traité européen de Lisbonne
Une ratification illégitime sur fond de désinformation
La ratification du traité de
Lisbonne par voie parlementaire a été achevée par sa publication au Journal
Officiel, jeudi 14 février, jour de la saint Valentin. Or c'est plutôt d'un
divorce dont il est ici question... entre le peuple et ses élites.
De fait, cette manoeuvre
politicienne s'apparente à un véritable Coup d'Etat parlementaire qui s'est
opérée dans un silence assourdissant, sans véritable analyse de fond, ni débat.
Le suffrage universel a été purement et simplement trahi. Durant sa campagne,
Nicolas Sarkozy avait en effet affirmé que le Traité Constitutionnel Européen
de 2005 était enterré. Il proposait alors aux partenaires européens un
"nouveau traité simplifié" ou "mini-traité" qui serait
d'ordre "purement technique", permettant simplement de
"fonctionner à 27". Il argumentait que, pour cette raison, il n'y
aurait pas besoin d'un nouveau referendum. Mais dans les faits, notre Président
a perdu ce combat, tout en continuant à affirmer haut et fort qu'il y a réussi.
Cette ratification s'appuie sur une série de mensonges, ce qui la rend illégitime, malgré sa légalité formelle :
- 1er mensonge : un traité "simplifié". Ce traité n'est pas simplifié : 256 pages, des références externes contraignantes, douze protocoles additionnels qui fonctionnent en réseau, etc. Il est plus difficile à lire que le précédent. Continuer de le présenter sous le qualificatif de "simplifié" est une contre-vérité flagrante. Il n'y a d'ailleurs qu'en France que nous parlons de traité "simplifié".
- 2ème mensonge : un traité "nouveau". Ce traité n'est qu'une copie remaquillée du TCE rejeté par les Français en 2005. Selon M. Giscard d'Estaing, « les gouvernements européens se sont mis d'accord sur des changements cosmétiques à la Constitution pour qu'elle soit plus facile à avaler ». L'ancien président de la Convention précisait encore le 23 octobre que « les propositions originelles ont simplement été dispersées dans les anciens traités sous la forme d'amendements ». Même le Conseil Constitutionnel a reconnu que c'était le même.
- 3ème mensonge : une initiative de Sarkozy. Or ce n'est pas Sarkozy qui en est à l'origine, mais le groupe "Amato" autrement nommé Comité d’action pour la démocratie européenne (ACED), un groupe de politiciens européens, financé par une multinationale. Le 4 juin 2007, le groupe a rendu public un texte en français, qui reprend l’essentiel de l’ancien TCE sous la forme d’amendements aux traités préexistants. Guilano Amato compare alors sa proposition avec celle de traité simplifié faite par Sarkozy : « La différence, c’est que notre traité a été mis par écrit ». Les 21-23 juin 2007, la proposition de Sarkozy a été refusée au sommet de Bruxelles par l'ensemble des partenaires européens : pas de traité simplifié, mais un "traité modificatif".
- 4ème mensonge : un traité "purement fonctionnel". Pourtant, les dogmes du libre-échange généralisé et de la "concurrence libre et non faussée", contre lesquels Nicolas Sarkozy s'était pourtant élevé, sont repris dans différents articles et textes additionnels (protocole 6). Alors que le candidat Sarkozy dénonçait « une banque centrale qui ne peut pas continuer à n'avoir de comptes à rendre à personne » (le 28 mars à Lille), l'indépendance de la BCE est réaffirmée. De plus, l'OTAN (sous commandement américain) reste le cadre de la politique étrangère européenne. Et le communautarisme latent de la Charte des droits fondamentaux, annexée au traité, est lourd de menaces pour notre pacte républicain.
- 5ème mensonge : ce n'est "pas une constitution". En fait, certains
de nos partenaires souhaitaient conserver ce titre, mais ils y ont renoncé pour
faire avaler la pilule aux Français. Or l'essentiel du contenu demeure. C'est
la plus grosse délégation de souveraineté jamais faite et qui de plus donne la
personnalité juridique à l'union. On a donc sciemment cherché à en minimiser l'importance.
Toute personne douée d'un ordinateur, d'internet et d'un cerveau
peut vérifier tout cela. Le fait que Nicolas Sarkozy ait été élu ne justifie rien :
les 31% du premier tour n’ont pas été un chèque en blanc autorisant n’importe
quel reniement. Ne jouons pas le rôle de l'idiot utile. Ce que Nicolas Sarkozy
a fait voter par voie parlementaire, avec la complicité de la droite comme de
la gauche, ne correspond pas aux annonces de campagne. Pire, c'est une insulte
à la démocratie.
Rappelons-nous l’extraordinaire débat public de 2005, tel que la France
n’en avait peut-être jamais connu : partout, dans toute les chaumières, dans
tous les bistrots de France et de Navarre, au boulot, dans le métro, même au
dodo, on ne parlait que de ça. Le 29 mai 2005, 70% des électeurs s’étaient
déplacés aux urnes, emportés par la nécessité du débat. Et 55% avaient voté
"non", en âme et conscience, malgré la propagande quasi unanime des
partis et des médias dominants en faveur du "oui". Cet exploit
politique avait stupéfié jusqu’à nos voisins dont la presse s’étonnait de cette
vivacité civique en France. Et c’est bien du TCE dont il avait été question
dans les discussions, contrairement à la mythologie du "vote
sanction" ou du "ils se sont trompés de vote". Il suffisait,
pour se faire un avis sérieux, de lire et commenter quelques-uns des articles
au contenu totalement inacceptable, sans avoir besoin de se perdre dans le
labyrinthe d’une lecture intégrale. Et cela, les Français l’ont fait. C’est
d’ailleurs ce que nos experts en technocratie et leurs supporters n’ont pas
accepté : que de simples citoyens, des "mal-nés", des "Français
d’en bas", se donnent le droit d’évaluer et de rejeter les principes et
l’esprit de ce mécano institutionnel. Nombreux sont ceux qui en ont voulu à J.
Chirac pour ce “coup de poignard dans le dos”. Et il faut les entendre, encore
et toujours, clamer haut et fort que “le référendum était une erreur”,
qu’il “a fait perdre un temps précieux à l’Europe”… Heureusement que la
“voie de la sagesse” a depuis été retrouvée. Loin du "vacarme"
populaire et démocratique...
Qu’avez-vous donc fait de cet immense potentiel civique
qu’avaient manifesté les Français, Mesdames et Messieurs les représentants
du Peuple ? De la charpie ! Avec vos procédés anti-démocratiques vous
êtes une chape de plomb qui tombe sur notre République. Alors que vous aviez
toutes les cartes dans vos mains pour rebondir sur cet extraordinaire élan
populaire et civique, afin de réorienter l’Union européenne dans le sens de la
politique et des peuples.
Honte à cette élite qui ne mérite pas le Peuple qu’elle a !
Aux votes, citoyens ! Formez vos bataillons (politiques) !
10 février 2008
La sourde révolte contre l’adoption en catimini du Traité de Lisbonne
Il faudra s’en souvenir. Alors que le casse
démocratique du siècle se déroulait sur la place publique (Versailles,
Assemblée Nationale et Sénat), c’est peu de dire que nos médias se sont
montrés majoritairement timorés sur le sujet, quand ce n’était pas tout
simplement inexistants, voire purement mensongers : il suffit de penser
à la formule “traité simplifié” dont personne n’a remis en cause le
caractère trompeur. Prenons le cas de deux de nos plus grands quotidiens nationaux.
Le lendemain du vote au Congrès permettant la ratification parlementaire, la Une de Libération titrait sur les primaires aux Etats-Unis : « Wanted candidat(e) ». Un article en page 13 (après Sylvie Vartan et le carnaval de Rio) se donnait pour titre : « Les socialistes pas fâchés de se débarrasser du traité de Lisbonne ». Comme si c’était le fond du problème... Quant à l’édition du vendredi 8 février, elle titrait sur « le plan galère de Fadela Amara » et il fallait aller en page 9 pour lire « Paris dit oui et rassure l’Europe ». Au fait, c’est qui l’Europe ? Absolument rien dans l’édition du Monde du 5 février (publiée la veille au soir), tandis que celle du 6 février mettait en avant le scandale de l’« hormone de croissance ». Un petit encart en bas de Une indiquait « Traité européen : voie ouverte à la ratification ». Et juste à côté : une énorme publicité (9x14cm) pour le dernier livre de Nicolas Sarkozy, photo et citation à l’appui (« d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu agir »). L’édition du vendredi 8, après le débat nocturne et le vote positif de l’Assemblée Nationale ? Pas un mot. "Chut, on ratifie !" A (maigre) décharge pour Libération, la page 5 de l’édition de vendredi, dans la rubrique « Le contre journal : l’actualité vue par les lecteurs et les libénautes », sous le titre : « Ratifier Lisbonne, une forfaiture ». Le bouillonnement du net est rapporté : « C’est
par centaine que les internautes ont dénoncé, sur Libération.fr, la
ratification du traité de Lisbonne par la voie parlementaire. Des
blogueurs déplorent un déni de démocratie et l’absence de débat ». Et de citer 3 témoignages... sans se mouiller. De fait, l’internet a chauffé pendant cette semaine
noire pour la démocratie. Il suffisait de se promener de forums en
forums sur les pages “actualités” d’innombrables sites : peu nombreux
étaient les défenseurs de la cause parlementaire. Au contraire, les
mots les plus violents explosaient de partout, en feu d’artifice de la
contestation. Mais le couvercle a été délibérément maintenu sur la
marmite bouillonnante de la révolte des citoyens. Une chose est sûre, c’est que cette forfaiture se
paiera un jour ou l’autre. Certainement très cher. Les discours se sont
radicalisés. La sauce de la violence sociale est en train de monter. Il
est urgent de réagir, politiquement parlant. Avant que cela ne dégénère.

