Le Gerplan révélateur

Billet d'humeur paru dans les Dernières Nouvelles d'Alsace du mercredi 10 décembre 2008

logo_gerplan_m1Certes, la démarche proposée par le Conseil Général du Haut-Rhin dans l’élaboration d’un Gerplan (plan de gestion de l’espace rural et périurbain) a le mérite d’exister. Consulter la population locale, comme cela a été fait ce mercredi 19 novembre à Friesen, est appréciable et utile. Car c’est ainsi que peuvent parfois germer des idées, de bonnes idées… Quoique certains aient légitimement pu regretter qu’une telle consultation soit venue si tard dans le processus. Quoi qu’il en soit, un des principaux intérêts de cette soirée « participative » a été de susciter la discussion entre des personnes qui n’avaient pas forcément vocation à se rencontrer. On peut souhaiter que quelques projets d’avenir puissent en sortir.

Agitation locale, myopie générale

Mais, au final, cette modeste effervescence au niveau local n’a fait que souligner cruellement l’absence d’une vision plus globale, au regard de l’aménagement du territoire. Ce n’est sans doute pas un hasard si, à l’échelon national, la « Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale », cette fameuse Datar mise sur pied en 1963, a été remplacée depuis 2005 par la « Délégation Interministérielle à l'Aménagement et à la Compétitivité des Territoires » (Diact). La nuance symbolique est de taille : la France considérée comme un tout à aménager est-elle devenue une simple collection de régions, en compétition les unes avec les autres ?

Désertification des territoires ruraux

Or, force est de constater que nous n’avons plus aujourd’hui de véritable politique, cohérente et volontaire, dans les domaines de l’industrie, des transports, de l’agriculture, des services publics, etc. Bien au contraire, les effets induits des récentes réformes sont plutôt une lente désertification des territoires ruraux : fermetures de tribunaux, de sous-préfectures, d’entreprises, de bureaux de Poste, ONF ou DDE... On en passe, hélas. Le Gerplan, malgré ses qualités, met ainsi crûment en lumière que le problème de l’aménagement du territoire est pris à l’envers, par le petit bout. Un peu comme si nous devions accepter, fatalement, l’érosion du tissu économique et nous contenter de coller des sparadraps sur des jambes de bois.

Devoir de mémoire… pour les usines et les services publics

L’un des thèmes de la soirée de mercredi était la sauvegarde du patrimoine local, avec la création de sentiers de mémoire et de découverte, agrémentés de panneaux explicatifs. Afin sans doute que le dieu du Tourisme nous sauve du marasme. Ne pourrions-nous pas, dans la même veine, ériger un monument commémoratif partout où il y avait une usine dans le Sundgau ? Et bientôt partout où il y avait un service de proximité, sacrifié au nom de mesures budgétaires destinées à combler tel ou tel trou financier… Pendant que les milliards volent au secours de ceux-là mêmes qui nous ont emmené au bord du gouffre.

Mathieu Lavarenne

 

Vu et entendu (dimanche 14 décembre 2008 - DNA) :

Brève de comptoir… sans comptoir - L’un des soixante-quinze sundgauviens qui sont venus assister à la réunion publique du Gerplan, jeudi soir 20 novembre, à Friesen, est reparti « ronchon ». Lors du tour de table de l’un des quatre ateliers « participatifs », il expliquait qu’il était venu là, en tant que modeste citoyen, pour comprendre ce qu’était précisément le Gerplan et comment cela fonctionnait. La conclusion est tombée en fin de soirée, après les deux longues heures de discussion (dont certains ont ouvertement douté des retombées concrètes) : « Avant, quand il n’y avait pas la télévision, c’était dans les troquets des villages qu’on discutait comme ça… Mais au moins, il y avait à boire ! ». Sans doute une piste à creuser dans le cadre de l’aménagement du territoire de la vallée de la Largue… M.L.