Billet d’humeur

Opération « Père Fouettard » à la Poste

dessin-la-posteEn ce début du mois de décembre, une Poste fraîchement « relookée » présente son nouveau visage à ses usagers, ou plutôt à ses "clients". Ils sont en effet nombreux ceux d’entre eux qui ont reçu un bien surprenant courrier, émanant de la « plateforme de distribution du courrier d’Altkirch ». Une lettre ayant pour objectif la mise aux normes dans l’emplacement des boîtes aux lettres, à installer en limite de propriété. Demande légitime, on en convient sur le fond. Mais, quelle forme exécrable !

Si, en faisant un gros effort, l’on peut négliger le fait que ledit courrier ne comportait aucune formule de politesse, pourtant toujours en usage, le plus dur à avaler était l’ultimatum lancé par cette missive exigeant le retour de « la demande de raccordement (sic !) pour le 18 décembre ». « Après cette date, votre facteur ne pourra plus distribuer votre boîte aux lettres sur son emplacement actuel et votre courrier sera alors disponible dans votre bureau de poste ». A savoir, non plus les bureaux de proximité, mais la plateforme d’Altkirch, parfois située à une vingtaine de kilomètres de distance. Pour un courrier daté du premier décembre (c’est le cas de celui que j’ai pu lire), c’est fort en café !

Ultimatum

Voici donc un bureaucrate (« responsable qualité et organisation ») que vous n’avez jamais vu, jamais entendu, sans doute fraîchement sorti d’une nouvelle école de "Manadjmennt’", qui ne connaît sans doute pas ou peu le village dans lequel vous habitez, et qui tout d’un coup vous met en demeure, sans aucune information, ni incitation, ni sommation préalables : vous avez deux semaines, ni plus ni moins, quelle que soit votre situation, pour vous mettre en conformité, sinon… plus de courrier à domicile !

Et peu importe que votre boîte aux lettres soit installée le long de votre maison depuis fort longtemps (en tout cas bien avant la création d’un poste de responsable ès qualité et organisation, et sans doute même avant la naissance de celui qui occupe le poste aujourd’hui). Peu importe aussi si vous avez déjà fait, certes sans vous presser, le projet de cette mise aux normes. Le temps de la rentabilité n’est manifestement pas celui de l’humanité. Comme des petits lapins blancs du pays d’Alice, il vous faut courir. Et vite.

Allô, y’a quelqu’un ?

Pour celui qui s’étranglerait de rage en lisant cet insolent courrier et qui désirerait en joindre le signataire, c’est quasi peine perdue. Les nouvelles tours de marbres de cette nouvelle espèce de « DRH qui s’en lavent les mains » étant bien hautes et inaccessibles. Car le numéro de téléphone indiqué au bas de la missive (le fameux 36-31) permet tout juste de tomber sur une innocente opératrice (pas indonésienne pour le moment, renseignement pris) qui ne connaît rien ni à votre dossier ni même au Sundgau, cette terre où la politesse et les civilités sont encore prisées.

Et si vous vous décidiez à grogner un peu plus fermement, on vous « transférerait » rapidement vers un « responsable » conciliant, opinant à tout ce que vous dites (après avoir apparemment réécouté l’enregistrement de votre conversation avec l’opératrice), trouvant inadmissible ce que vous trouvez inadmissible, impoli ce que vous jugez impoli, et vous promettant de morigéner le coupable (dont il vous fera scrupuleusement épeler le nom, avec des trémolos dans la voix) afin de l’obliger à vous rappeler dès le lendemain. Mais, plus d’une semaine plus tard et après une nouvelle tentative, force est de constater que les promesses n’engagent visiblement que ceux qui y croient… le Père Noël sera sans doute là avant.

La seconde possibilité suggérée par le courrier (tout aussi inefficace) serait alors de vous retourner vers votre facteur, celui-ci servant utilement de fusible pour essuyer l’avoinée à la place du véritable récipiendaire de votre colère. Et sinon, que faire ?

Pressage de citron

Si encore cette demande, légitime dans le fond – j’insiste – mais inadmissible dans sa forme (car on ne commence pas avec des sommations), répondait à une requête des facteurs souhaitant améliorer leurs conditions de travail, ce que sous-entend pourtant le courrier… Mais qui est dupe ? Chacun comprend bien que ce qui est visé là est une accélération de la cadence, une élimination du temps parasite (un facteur qui sort de sa voiture et discute avec les gens n’est pas assez rentable). Autrement dit le pressage du citron. Et tant pis pour l’humain, et tant pis pour la politesse, et tant pis pour la civilisation !

Monsieur la Poste, quand vous voulez, vous êtes le bienvenu chez moi. On me trouve aussi dans l’annuaire. Nous pourrions alors discuter de tout cela, autour d’un petit canon. En hiver, cela réchauffe les cœurs.

Mathieu Lavarenne – décembre 2009