Sortir le nez du guidon

monde-politique-moyenLa politique étrangère est mère de toutes les politiques.

A l'inverse de ce que l’on nous serine quotidiennement, ce n’est en effet pas en nous focalisant sur les supposées « préoccupations concrètes » des Français que nous pourrons redresser la France. Ce discours n'est qu'un écran de fumée jetant un voile sur les véritables causes de nos problèmes, faisant passer pour solutions de simples mesurettes qui ne sont que cataplasmes sur jambes de bois.

Nous devons impérativement relever le nez du guidon pour redonner un cap à notre navire, redonner du sens à la politique. Les difficultés (bien réelles) des Français sont indissociables de leurs causes géopolitiques : les dérégulations monétaire, financière, commerciale depuis plus d'une trentaine d'années ; les rapports de force internationaux ; etc.

Voilà donc un élément véritablement clivant dans le paysage politique français, bien au-delà de la droite et de la gauche actuelles qui ne sont plus véritablement (ou suffisamment) représentatives des enjeux de notre époque. Si, au XIXème, la question institutionnelle a permis de trancher entre Monarchie, Empire et République, avant de voir la question sociale monter sur le devant de la scène sur fond de révolution industrielle, aujourd’hui (sans que la précédente soit résolue, mais le sera-t-elle jamais définitivement ?) une nouvelle question institutionnelle devient prédominante et brouille durablement l’échiquier : celle de la place de la France dans la mondialisation et en Europe.

Que voulons-nous ?

Faut-il continuer la France ? Doit-on lui donner les moyens de peser davantage sur le cours du monde ? Ou bien devons-nous nous résigner à « passer entre les gouttes », comme le disait Mitterrand, ou encore à suivre les puissants du moment (USA, Chine, Allemagne ou qui que ce soit d'autre), comme le pratique Nicolas Sarkozy ?

Autrement dit, nos représentants doivent-ils devenir (ou rester) de simples gestionnaires des conséquences économiques et sociales de la mondialisation, satrapes d’une nouvelle impuissance féodale ? Ou bien faut-il réaffirmer la politique comme moyen de peser sur le cours des choses, en donnant une stratégie sur le long terme, en protégeant les citoyens contre les dérives (délires) de la nouvelle oligarchie mondialisée ?

En politique étrangère, ne sommes-nous pas en train de dégrader les outils de notre diplomatie ? Il y a un risque que, sous couvert d'Union Européenne et notamment d'intégration diplomatique, la politique étrangère de la France perde de vue les rives de la Méditerranée. Et, plus largement, se perde tout court.

Car, on peut le regretter mais c’est ainsi, nous n'avons pas, en Europe, les mêmes traditions diplomatiques, nous n'avons pas les mêmes tropismes (en caricaturant un peu : vers l'Est pour l'Allemagne, vers l'Ouest pour l'Angleterre, vers le Sud et plus largement la francophonie pour la France). La France (et son héritage républicain) ne doit surtout pas perdre en influence au prétexte d'une illusoire politique étrangère commune (sous parapluie OTAN, autrement dit américain).

carte-france-departementsLa France, une grande puissance

Ce n'est d'ailleurs pas la taille d'un pays qui fait son importance historique, ce n'est pas non plus son hyper-puissance économique ou militaire (cela, ce sont de tous temps les outils des régimes impérialistes, et l’on sait bien que ce ne sont pas les Etats-Nations qui ont provoqué les guerres mais toujours les Empires, dont la principale caractéristique est de vouloir dominer sur autre que soi). Ce qui fait tout autant sinon plus la force d’un pays, c'est la force de sa voix, la justesse de ses analyses, la richesse de son héritage, sa capacité d’influence. Or la France est un symbole, elle est une idée, selon le mot du Général de Gaulle, lui qui luttait déjà contre des nuées de déclinologues professionnels et de catastrophistes prophétisants. Nombreux sont ceux qui attendent sa voix à l'échelle de la planète.

Cela ne veut certes pas dire qu’il faille jouer en solo, bien au contraire, mais bel et bien affirmer nos positions lorsque nous ne sommes pas d’accord. C’est ce que le France a fait en 2003 en refusant la guerre impérialiste d’Irak. C’est ce que nous ne faisons plus sous la présidence chaotique de Nicolas Sarkozy. Mais cela serait-il seulement possible dans le cadre d’un service diplomatique intégré à l’échelle de l’Union européenne ?

C’est sans doute le trop d’Europe qui va inéluctablement tuer l’Europe et semer le désordre parmi nous, européens. Le processus a déjà commencé autour des affaires « grecques ».

Alors soyons plus raisonnables, plus mesurés, plus apolliniens... Ayons les idées claires et distinctes. Ne nous laissons pas emporter par de fumeux idéaux. Ne soyons pas des Don Quichotte qui, au nom de la pureté de leur idéal délirant, déconnectés du réel, provoquent toujours pire que ce contre quoi ils prétendent lutter. Renforçons plutôt les coopérations, les échanges, sans perdre ni notre identité, ni surtout les outils institutionnels que nous possédons.

Y aurait-il encore un sens à voter pour un président qui n’aurait plus les moyens d’exercer la « souveraineté nationale et populaire » (article 3 de notre constitution, héritage de 1789, qui a fait que le sujet du roi est devenu un citoyen) qu’il a pour mission d’incarner temporairement ?

Ne nous laissons pas intimider par tous ces idiots utiles qui, au final, bloquent le système en collant à tout-va des étiquettes péjoratives (« souverainistes, réactionnaires, populistes, nationalistes, passéistes… ») à celles et ceux qui ont le souci de la responsabilité et de l’intérêt général. Ne laissons pas le Front National transformer l’or en plomb, en noyant les principes républicains dans une bouillie ethniciste et racialiste que les Français refuseront toujours.

Mais quand la politique est bloquée, quand les débats sont stériles, il y a toujours la tentation pour une politique du pire, avec l’espoir d’une renaissance après consomption. C’est hélas dangereux, très dangereux. Espérons que nous n’irons pas jusque-là, même si nous en sommes déjà sur le chemin (abstention, vote protestataire, vote extrême…).

buste-de-marianne-santenyValeurs de la République

La France n’est pas "en retard", contrairement à ce que le ronronnement décliniste répère inlassablement. Nous avons été et sommes toujours à la pointe sur le plan des principes, même si la réalité politicienne du moment en est à un stade déplorable.

La Laïcité est à la pointe, la République universaliste est un régime politique trop peu répandu à l'échelle de la planète, le Citoyen est une notion si neuve et si révolutionnaire...

Nous sommes assis sur un trésor (politique, institutionnel, symbolique, social, historique...), et nous ne le voyons pas. Pire, nous ne nous en servons pas.

 

Ouvrons les yeux, pendant qu’il en est encore temps. Soyons digne de notre héritage. Et agissons.