Un combat qui commence

Intervention à la conférence-débat organisée par le collectif "Sauvons l'hôtel Weber - 1794", vendredi 16 septembre 2011 à Mulhouse.

 

Hôtel Weber 1794 Mulhouse"Le Cercle Républicain 68, dont les objectifs sont de promouvoir les valeurs de la République une et indivisible, laïque, démocratique et sociale, a été fondé en 2003 par Edouard Boeglin, conseiller municipal de Mulhouse délégué au patrimoine, et décédé en avril 2009 peu après être parvenu à décrocher le « label d’art et d’histoire » pour sa ville. Un label sous condition et pour 5 ans, dont la reconduction n’est dont pas acquise… surtout si ce qui existe est laissé à l’abandon, voire volontairement jeté en pâture aux bras aveugles des pelleteuses mécaniques. C’est donc tout naturellement que nous nous sommes engagés aux côtés de la société Godefroy Engelmann pour le combat qui nous réunit ce soir au sujet de l’hôtel Weber, pour la défense du patrimoine historique mulhousien et plus largement haut-rhinois... Un combat qui ne fait que commencer et pour lequel nous devons mutualiser les efforts, en dehors de tout esprit de chapelle.

Ce qui frappe dans cette affaire, ce n’est pas tant la destruction programmée d’un immeuble ancien, témoin des débuts de la Révolution industrielle en Alsace, et correctement conservé dans un écrin de verdure.

Ce qui frappe, c’est que cette démolition ait pu être projetée, en catimini, MALGRE l’inscription de la maison à l’inventaire général du patrimoine culturel, et CONTRE l’avis défavorable de l’architecte des bâtiments de France.

C’est le signe d’une capitulation : celle d’hommes politiques – normalement garants du bien commun et de l’intérêt général – devant des intérêts particuliers à court terme, alors même que d’autres solutions sont envisageables.

Ce manque de vision est tout à fait symptomatique du fait que le problème de l’aménagement du territoire – car c’est bien de cela dont il s’agit au fond – est aujourd’hui pris à l’envers, par le petit bout de la lorgnette. Il est le signe d’une société qui aplatit l’existence humaine en la réduisant à la seule dimension économique.

Non, nous ne sommes pas seulement des agents économiques, consommant-produisant-communiquant-se divertissant, transformables en tableaux statistiques, en indicateurs chiffrés ou en pourcents de fromage…

Nous sommes aussi des humains civilisés, des poètes, des gourmets, des amoureux, des promeneurs et même… des citoyens, ces grains de sables qui gênent tant les tenants du tout économique.

Et c’est justement à ce titre que nous sommes déterminés à mener ce combat pour le patrimoine, cet héritage que nous ont légué nos ancêtres (parfois malgré eux) et que nous aurons à transmettre aux générations futures.

Sans rougir de nous."

 

Mathieu Lavarenne, président du Cercle Républicain 68 « Edouard Boeglin »