Le Blog de Mathieu Lavarenne

Vous trouverez dans ce blog des analyses politiques, des réactions à l’actualité, des prises de position.

08 mai 2008

Histoire - Seconde guerre mondiale

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La résistance en Alsace

 

QUELQUES REPERES CHRONOLOGIQUES – ARRIERE PLAN HISTORIQUE

 

  • 1933 : Hitler parvient au pouvoir par voie démocratique. Les premiers camps de concentrations sont ouverts d’abord pour y emprisonner les opposants politiques. Ensuite, Hitler enchaîne les provocations.
  • 1934-1935 : l’Allemagne se remilitarise, en violation du traité de Versailles signé en 1919 (navires de guerre, service militaire, augmentation des effectifs…, avec le partenariat de grandes compagnies américaines comme Ford...)
  • 1936 : Hitler réoccupe militairement la Rhénanie, sur la rive gauche du Rhin, au Nord de l’Alsace.
  • Mars 1938 : l’Autriche est annexée. Quelques protestations verbales de la France et de la Grande Bretagne.
  • Septembre 1938 : Hitler revendique les Sudètes, une partie de la Tchécoslovaquie ; les accords de Munich sont signés (Fr ; GB ; It ; All). Hitler promet en échange une paix de 1000 ans, jure qu’il n’en demandera pas plus ! L’armée tchèque qui avait commencé à mobiliser doit ranger les armes.
  • 1939 : c’est l’invasion de la Pologne, écrasée en quelques jours. La France déclare la guerre à l’Allemagne, mais la drôle de guerre commence. Les armées françaises restent à l’abri derrière la ligne Maginot construite à partir de 1930 (et dont il reste de nombreuses traces visitables en Alsace, particulièrement au nord de Haguenau). Elle fut efficace, puisque les allemands durent la contourner.
  • Dès le 2 septembre 1939, le calvaire des Alsaciens commence. En effet, le long du Rhin, sur une bande de plusieurs kms, tous les villages sont évacués préventivement. Les habitants sont déplacés vers le Sud-ouest de la France. 430 000 évacués, soit presque 1/3, par rapport à la population de l’époque. Strasbourg est vide d’habitants, mais les nazis organisent la propagande d’un soi-disant peuple acclamant l’arrivée des troupes allemandes…
  • 10 mai 1940 : les divisions blindées allemandes envahissent la France par les Ardennes, là où on ne les attendaient pas.
  • 14 mai : les ponts strasbourgeois sont dynamités. Au total, 250 ponts routiers et ferroviaires seront détruits en Alsace-Lorraine.
  • En quelques semaines l’armée française est défaite : c’est la débâcle. Le 14 juin 40, Paris est occupée.
  • Il y a eu un front alsacien, mais qui n’a été que d’une faible importance et a débuté tardivement, à la mi-juin, quand la Wehrmacht était déjà dans Paris et à Orléans. En effet, le 15 juin, une petite partie de l’armée allemande franchit le Rhin sur des bateaux en caoutchouc au niveau de Colmar et Sélestat.
  • Le 18 juin, le jour de l’appel du Général de Gaulle à la Résistance, depuis Londres, Mulhouse tombe. Le 19, le drapeau nazi flotte sur la cathédrale de Strasbourg. Le 21 juin, c’est au tour d’Altkirch.
  • Le 22 juin, l’armistice est signé, les armes sont déposées.

 

La France est alors divisée en plusieurs zones : une zone occupée au nord, une zone libre au sud dont la nouvelle capitale est Vichy et dont le nouveau chef de gouvernement est le Maréchal Pétain auquel de nombreux Français font encore confiance pour éviter le pire.

Dans la France occupée ou dans la France de Vichy, la Résistance va mettre un certain temps à s’organiser. Mais cela sera particulièrement difficile en Alsace

 

POURQUOI ? QUELLES SONT LES PARTICULARITES DE LA SITUATION ALSACIENNE ?

 

Assez vite, contrairement aux accords d’armistice, l’Alsace et la Moselle vont être considérés comme des régions annexées. Le but est la germanisation des habitants, considérés comme des allemands de race, selon les conceptions des nazis qui souhaitaient la constitution d’une grande Allemagne au cœur de l’Europe, peuplée de 250 millions de germains de pure souche.

Le 28 juin 1940 : Hitler se rend à Strasbourg et à la Cathédrale, puis au col de la Schlucht où il jure de conserver « pour toujours », dit-il, « cette belle région »...

 

Les nazis vont rapidement faire disparaître l’organisation administrative de l’Alsace et de la Moselle. Le but est la création d’une nouvelle région Alsace-Bade, appelée Région du Rhin supérieur (Oberrheingau), sous la direction du Gauleiter Robert Wagner, un ami de longue date de Hitler, chargé de germaniser l’Alsace en 10 ans. Les nazis manifestent une volonté d’effacer toute identité française mais aussi alsacienne. Le dialecte alsacien est interdit, tout comme le français, au profit du bon allemand.

Dans son discours à Strasbourg le 28 mars 1943, le Gauleiter Robert Wagner affirme : « Si un alsacien vient et me déclare : ‘je ne suis pas un allemand, mais je suis français, c’est-à-dire je me considère comme français’, je ne puis que lui répondre : ‘tu n’es pas un français, tu es un traître allemand [...] Aussi devras-tu comprendre qu’on se débarrassera rapidement de toi’ ». Le message avait le mérite d’être clair.

Les préfets sont expulsés, tout comme les fonctionnaires qui ne sont pas de « race » germanique, selon les critères nazis. Dès juillet 1940, 10000 juifs sont chassés d’Alsace. On expulse aussi des alsaciens trop ostensiblement pro-français... On compte environ 45000 expulsions d’« indésirables » entre juillet et décembre 1940 : 2 h pour se préparer et 50 kg d’affaires au maximum…

Sur les 6200 instituteurs alsaciens qui restèrent alors en place, 5000 durent aller en Allemagne pour y subir une « rééducation » à la vision du monde nazi. Pendant ce temps, 5000 Lehrer allemands les remplacèrent pour lutter contre « l’esprit français dégénéré » : la France, pays de la paresse, du mélange des races, de la domination juive... On a voulu enseigner la fidélité au sang et à la race dès l’école primaire.

Tout ce qui pouvait symboliser la France a été interdit : le port du béret, l’usage de la langue française (on pouvait être dénoncé et condamné pour un simple « merci » en français).

Le 2 juillet 40, la décision est prise de remplacer les noms de communes, les panneaux indicateurs, les noms de rue, et même les noms de famille, par des noms allemands.

Il y eut aussi des appels officiels à l’autodafé, c’est-à-dire à brûler sur la place publique, lors de jours indiqués, tous les livres français ou pro-français... toute cette « littérature pourri, moribonde, décadente » de la France, comme on pouvait le lire sur certains tracts. Le premier acte de résistance de certains alsaciens a été de cacher des livres au fond d’une armoire, sous leur plancher ou dans leur grenier.

L’oppression allemande n’a pas été seulement humaine, mais elle a aussi été matérielle et économique, par le pillage des ressources, exportées vers l’Allemagne. Les usines ont été réquisitionnées et reconverties vers l’industrie de guerre, comme par exemple l’usine Bugatti à Molsheim.

En avril 1941, c’est construction du camp du Struthof où les prisonniers connurent d’effroyables conditions de survie, voire des « expérimentations » scientifiques dans leur chair. C’est un camp sans équivalent sur le reste du territoire français. On y comptera environ 10 000 victimes. Au total, près de 15 000 Alsaciens ont été à un moment ou à un autre arrêtés par la police allemande pour une période importante : cela fait environ 1,5% de la population, soit proportionnellement 7 fois plus que sur le reste du territoire français.

 

La population alsacienne est fortement heurtée par la brutalité des méthodes nazies. Et beaucoup d’entre eux se sont lancés dans la voie de la résistance, par différents moyens.

 

QUELS ONT ETE LES MOYENS DE LA RESISTANCE ? COMMENT A-T-ON RESISTE ?

 

  • Par le mépris et la passivité.

La résistance alsacienne sera pour une grande partie une résistance passive, c’est-à-dire que de nombreux alsaciens ont « traîné des pieds » devant l’occupant. La résistance active, opérationnelle, fut extrêmement difficile en raison du contrôle permanent, du quadrillage militaire et policier.

On l’a vu, les moyens mis en œuvre par les nazis et les partis alsaciens pro-allemands pour germaniser l’Alsace ont été très importants. Mais les résultats ont été rapidement et officiellement jugés comme très décevants… Les nazis vont alors se méfier des Alsaciens.

Un officier allemand témoigne : « quand nous sommes entrés en Autriche, il y eut des gens pour nous acclamer, car nous avions déjà nos organisations là-bas. En Tchécoslovaquie, on nous a lancé des pierres, en Pologne, on nous a tiré dessus. Mais la pire réception nous attendait en Alsace, où nous fûmes partout accueillis par le silence et le mépris ».

Ainsi, le 22 juin 1941 à Colmar lors d’une visite officielle du Gauleiter Wagner, l’accueil de la population est glacial, le silence est complet sur son passage malgré l’important cortège, seuls quelques allemands, venus expressément, criaient ‘Heil Hitler’.

 

Au début de l’été 41, un résistant met en place un groupe qui lui permet de rédiger un rapport dit ‘rapport d’Alsace’ destiné au gouvernement de Vichy et au général De Gaulle. Il y est question de « l’attitude pro-française » de la population alsacienne qui, de l’aveu même des Allemands est hostile au nazisme à 90-95%. Un second rapport est publié début 1942. On y apprend que les paysans alsaciens traînent fortement les pieds devant les nazis. Ainsi, des collectes d’œufs ont été organisées par les autorités nazies. La fourniture des œufs a donné de bons résultats dans le pays de Bade, mais de très mauvais en Alsace : l’Alsace entière (tous ses arrondissements) « n’a pas fourni autant d’œufs qu’un seul arrondissement du pays de Bade », dit le rapport ! On peut peut-être imaginer que les poules alsaciennes étaient bien malades...

 

Malgré d’importants efforts, le NSDAP (le parti nazi) restera toujours un corps étranger en Alsace. Le système ne tenait qu’à cause de la terreur et du chantage. Certes, beaucoup d’alsaciens étaient inscrits dans une des différentes organisations nazies (syndicats, associations, etc.), mais rares sont ceux qui l’ont fait volontairement. L’Alsace comportait environ 1 million d’habitants en 194, mais seulement 30 000 membres volontaires du NSDAP c’est-à-dire 3% de la population, malgré les fortes pressions et les réelles menaces souvent exécutées, alors qu’en Allemagne, c’était bel et bien un parti de masse.

 

  • Par des actes isolés et spontanés.

De jeunes lycéens. En novembre 1940, le drapeau nazi flottait à un mat de la cour du lycée Bartholdi de Colmar. Une nuit, il fut arraché par des élèves qui l’ont remplacé par une pancarte où il était inscrit : « vous avez vu ce drapeau pour la dernière fois. Le mât peut encore servir pour pendre Hitler. Vive la France ! ». Les mêmes lycéens revinrent quelques jours plus tard pour mettre des drapeaux français sur des portes du lycée et pour y inscrire « Vive la France ». Mais, sans doute trahis, ils étaient attendus par la Gestapo. Quatre d’entre eux furent jetés en prison pendant plusieurs semaines, tabassés, et l’un d’eux a été expulsé d’Alsace, loin de sa famille.

 

A l’école, il suffisait d’un mot de travers, d’un mauvais comportement, pour être envoyé au camp de redressement de Schirmeck, ouvert dès août 1940, et livré au sadisme de son commandant qui avait les pleins pouvoirs sur ses prisonniers. Dans le même lycée de Colmar, des élèves avaient inscrit au tableau d’une salle « A bas le directeur ! ». Celui-ci était un nazi. Il a immédiatement prévenu la Gestapo et si le coupable avait été découvert, il aurait eu droit à 3 mois de camp de redressement à Schirmeck.

 

De jeunes villageois. Pendant les années d’occupation, le 14 juillet, fête nationale française, fut régulièrement fêté en famille, où on levait le verre à l’avenir de la France... A Hochfelden, de jeunes villageois prirent la décision de fêter publiquement le 14 juillet 1941, comme avant, malgré les risques. On se disait que si tout le monde s’y mettait, les nazis ne pourraient rien faire. Ainsi, le 13 au soir, les policiers allemands furent saoûlés et enfermés ivres. Le cortège se déploie le lendemain, des couronnes de fleurs sont déposées à côté du monument 14-18 qui avait été jeté dans la carrière par les allemands. On chante la Marseillaise, Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine... Mais la Gestapo intervient et presque tous furent arrêtés : 106 jeunes gens furent envoyés en rééducation au camp de Schirmeck !

 

  • Par le refus de servir l’Allemagne.

Le 8 mai 1941, les jeunes alsaciens ont été obligés de participer au Service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst). C’est un service de 6 mois, où l’on évitait de mettre ensemble les jeunes d’un même village, qu’on mélangeait avec des allemands. Ce fut un signal pour beaucoup de jeunes, une invitation à la fuite. Dans certains villages, la moitié des jeunes disparut !

Par la suite, avec l’intensité croissante de la guerre, les nazis collèrent des affiches pour appeler à des engagements volontaires dans la Wehrmacht qui devait augmenter ses effectifs. Ce fut un échec important : seulement 3000 personnes, en grande partie des jeunes allemands venus après l’annexion, répondirent à l’appel.

D’où le décret du 25 août 1942 qui instaurait le service militaire obligatoire pour les classes d’âge 1924 à 27 (15 à 18 ans), puis étendue à 1908 (jusqu’à 34 ans) ! C’est le début de l’incorporation de force. Les premiers conscrits arrivèrent parfois avec le drapeau français, mais la répression fut féroce. De nombreux réfractaires furent envoyés au camp de Schirmeck. Les familles des jeunes étaient menacées de déplacement dans le Reich pour avoir « manqué gravement au devoir d’éducation ».

Les 12-13 février 1943, à Ballersdorf, dix-huit jeunes gens qui avaient décidé d’éviter l’incorporation furent arrêtés, puis fusillés quelques jours plus tard dans la carrière du Struthof. Leurs familles furent amenées au camp de Schirmeck avant d’être déportées en Allemagne.

En tout, 130 000 alsaciens et mosellans durent aller au front pour se battre sous le drapeau nazi. Un tiers n’en reviendra pas. Ce sont les « Malgré nous ». Les nazis les ont envoyé sur le front de l’est pour éviter qu’ils ne désertent et passent en France, car du côté russe, il y avait moins de risque de désertion. Ceux qui s’y risquaient étaient souvent emprisonnés dans les camps de prisonniers chez les soviétiques, considérés comme de simples allemands.

 

En 1942, les dirigeants nazis ne se faisaient plus d’illusion sur l’hostilité de la population alsacienne. Il y eut des menaces de régler le cas alsacien violemment : par la dispersion des alsaciens dans le Reich et la colonisation de l’Alsace par des nazis allemands, mais heureusement, les nazis n’en eurent pas le temps, la guerre devenant de plus en plus pesante.

 

  • Par des filières de passeurs, facilitant les évasions de prisonniers de guerre ou de réfractaires.

Durant la guerre, l’Alsace est une grande filière d’évasion des prisonniers de guerre. La plus célèbre étant l’évasion du général Giraud, par Liebsdorf, le 18 avril 1942, qui a été permise par des Alsaciens, au prix de leur vie. De nombreuses jeunes femmes aidèrent aussi les prisonniers à rejoindre la frontière française ou suisse, grâce à leur connaissance du terrain.

Dans le Sungdau, des centaines de jeunes, déserteurs du service militaire obligatoire, passent la frontière suisse, malgré la zone de surveillance renforcée. Les très nombreux passeurs risquaient quant à eux la prison ou l’exécution.

 

  • Par la création de réseaux de résistance.

Dès 1940, de nombreux petits réseaux organisationnels se mettent en place. Le principe en est souvent le même : on crée des cellules de 3 à 4 membres, liés par serment. Chaque cellule se constitue alors un réseau de sympathisants, non initiés à l’organisation secrète, afin de limiter les dégâts en cas de trahison. Leur objectif : contribuer à la libération de l’Alsace le moment venu ; prendre alors en main l’administration locale pour éviter les troubles jusqu’à l’arrivée des autorités françaises ; en attendant, faire de l’espionnage, de la transmission d’informations vers la France…

Il y eut d’abord quelques groupes isolés, opérant au hasard. Par exemple, près de Saverne où les berges du canal de la Marne au Rhin sautèrent plusieurs fois. Puis des réseaux plus organisés firent leur apparition :

- dans le Haut-Rhin, à Thann, la « 7ème colonne d’Alsace », un des premiers réseaux de France, est créée le 1er septembre 40.

- en septembre 1940, le jeune Marcel Weinum de Brumath (alors âgé de 16 ans seulement) constitue un réseau de résistance, « La Main Noire ». Le 8 mai 1941 à Strasbourg, avec un comparse, il jette une grenade sur la voiture de Wagner. Ils sont arrêtés peu après. L’un est abattu à bout portant en décembre 1941 au camp de Schirmeck. L’autre est exécuté le 14 avril 1942 à la prison de Stuttgart.

- à Strasbourg, le Dr Bareiss créé lui aussi un réseau en janvier 1941, le « réseau Bareiss ». C’est un mouvement gaulliste branché sur Londres. On cherche à recruter des aides efficaces dans toutes les administrations. Vers mi 41, c’est fait. Cela permet à la résistance française et au général de Gaulle d’être au courant des mesures prises par les Allemands.

- le « Front de la jeunesse alsacienne » est créé au printemps 1941 par des étudiants et des responsables de mouvements de jeunesse d’avant guerre, en particulier le scoutisme catholique. Ils contribuent à l’organisation des filières de passeurs pour les prisonniers de guerre, font aussi du renseignement dans les administrations, et fabriquent de fausses cartes d’identité.

 

Malheureusement, de très nombreux groupes sont démantelés fin 1942, lors d’une grande contre-offensive de la Gestapo. Leurs chefs sont exécutés en 1943 pour la plupart ou condamnés aux travaux forcés à perpétuité.

 

  • La Résistance des Alsaciens de l’intérieur :

La résistance alsacienne s’est aussi développée dans le sud de la France où nombre d’alsaciens étaient restés suite à l’évacuation de 1939, rejoints plus tard par les déserteurs.

Un comité directeur de la Résistance alsacienne fut ainsi constitué en 1942 dans la région de Lyon. Le Groupe Mobile d’Alsace Sud est créé autour de Périgueux, Toulouse et Limoges. Après la libération du sud de la France, il se regroupe sous le commandement d’André Malraux, l’écrivain et futur ministre de la culture de De Gaulle, et prend alors le nom de Brigade Alsace-Lorraine, intégrée au sein de la 1ère armée française du général De Lattre de Tassigny, débarquée le 15 août 44 en Provence et participa à la Libération de l’Alsace.

Enfin, la 2ème Division Blindée du général Leclerc, qui va libérer Paris ou encore Strasbourg, comptait 1000 alsaciens sur les 15000 hommes de ses effectifs.

 

LA LIBERATION

 

La résistance sous forme de maquis a été très difficile en Alsace. Il y eut toutefois quelques maquis dans les Vosges et dans le reste de l’Alsace à partir de l’été 1944, après le débarquement, lorsque le signal fut donné. Des terrains de parachutages ont alors été prévus. Les résistants actifs ont servi de forces d’appui aux armées de Libération. Mais globalement, l’entrée des troupes alliées en Alsace, en tout premier lieu dans le Sundgau le 19 novembre 1944, lors d’un hiver très rigoureux, ne fut pas propice à ce type de résistance, qui s’est plutôt constitué dans le sud du pays.

Le 23 novembre 1944, Strasbourg était libéré, et le drapeau français flottait de nouveau sur la cathédrale, respectant ainsi le serment de Koufra, fait en Libye par le colonel Leclerc à ses hommes le 2 mars 1941 : « Jurez de ne déposer les armes que le jour où nos couleurs, nos belles couleurs flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ».

Quelques semaines plus tard, Hitler lançait sa dernière contre-offensive par les Ardennes, ce qui fit décider aux américains d’abandonner l’Alsace pour concentrer à nouveau les forces vers le nord. De Gaulle et ses généraux s’y opposèrent farouchement, jurant de mourir sur place plutôt que de voir les Nazis revenir et les laisser commettre un effroyable bain de sang, en représailles, à l’égard de la très grande partie de la population qui avait accueilli chaleureusement les armées alliées…

Ce n’est qu’en mars 1945 que la fameuse « poche de Colmar » fut vidée de ses troupes allemandes. L’ensemble du territoire français était alors libéré.

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20 février 2007

Brève typologie des régimes politiques


Libérer notre réflexion sur la démocratie : un détour par la Grèce ancienne

Il suffirait de se référer à "la" Démocratie pour être automatiquement dans le camp du bien et du vrai. En dehors d’elle, point de salut : c’est la dictature, la régression monarchique ou le retour à l’aristocratie nobiliaire. Réduire la question institutionnelle à cette opposition binaire relève cependant d’une simplification qui empêche de percevoir les nuances de la réalité politique et stérilise le débat.

 

Derrière l’apparente unanimité à défendre les valeurs de « la » démocratie se cache en effet une sourde lutte entre différents modèles « démocratiques », entre différentes façons de concevoir le Peuple. Les historiens et philosophes grecs avaient déjà construit une typologie des régimes politiques bien plus subtile, qui a servi de canevas théorique et de grille d’analyse à toute l’Antiquité. Il serait utile et même bénéfique de s’en inspirer afin d’ouvrir le champ de notre réflexion.

Trois régimes politiques fondamentaux

Des penseurs aussi divers que Platon, Aristote ou Polybe ont distingué trois types de régimes : le gouvernement d’un seul ; le gouvernement de plusieurs (ou d’une minorité) ; et le gouvernement de tous (ou d’une majorité).

Pourtant, contrairement à ce que nous attendrions, le critère du bon régime politique ne se situe pas dans le nombre, car chacun de ces trois types de gouvernement connaît une forme « juste » et une forme « déviée », selon que le pouvoir politique s’exerce en vue du bien commun ou de l’intérêt particulier.

Le philosophe Aristote écrit, au 4ème siècle avant notre ère, un des tout premiers traités de philosophie politique qui traite de cela en détail : « tous les régimes qui visent l’intérêt commun se trouvent être des formes droites selon le juste au sens absolu, ceux au contraire qui ne visent que le seul intérêt des gouvernants sont défectueux, c’est-à-dire qu’ils sont des déviations des régimes droits » (Politiques, III, 6). Le critère du bon régime politique est donc la visée rationnelle de l’intérêt général. Il y a alors trois types de régimes que l’on peut paradoxalement qualifier de « républicains », soucieux de la res publica – de la « chose publique » (le terme est certes d’origine latine, mais c’est l’idée qui nous intéresse : notre héritage est autant grec que romain). A l’inverse, trois autres régimes en sont les perversions parce qu’ils sont tournés vers l’intérêt particulier et soumis au régime des passions.

Passons en revue les six archétypes théoriquement possibles.

I. Le gouvernement d’un seul : monarchie ou tyrannie

A. Si l’homme qui gouverne seul accomplit sa tâche en recherchant le bien commun, en faisant preuve de vertu morale et d’excellence politique, alors ce régime est une « monarchie » (de monos – seul, et archè – commandement). De fait, l’histoire a connu des rois éclairés, soucieux avant tout du bien de leur peuple. « Il y a des royautés soumises à la loi » écrit Aristote (III, 14), la loi étant « une raison sans désir » (III, 16). En un sens plus contemporain, le roi, gouvernant sans violence arbitraire, cherche à mettre au pied de la loi commune les seigneurs récalcitrants, guidés par leurs intérêts locaux, voire leurs caprices.

B. A l’inverse, si cet homme seul au pouvoir est uniquement soucieux de son intérêt particulier, s’il est cruel et cupide, ce sera alors un régime de « tyrannie » (de tyrannos – le despote absolu). Le tyran exerce un pouvoir personnel et il règne par la force et la terreur qu’il inspire à ses sujets. Son action n’est guidée que par ses propres intérêts, son plaisir personnel, sa jouissance individuelle.

II. Le gouvernement de plusieurs : aristocratie ou oligarchie

A. Le régime « juste » est nommé « aristocratie » (de arétè – la vertu et l’excellence, et cratos – le pouvoir). C’est le gouvernement d’un petit nombre d’hommes sages et vertueux, doués de grandes capacités politiques et du sens de l’intérêt public. Le principe de la loi y prédomine et non l’arbitraire. « Un régime qu’on appelle aristocratique, dit Aristote, c’est un régime dans lequel les honneurs sont accordés en fonction de l’excellence et du mérite » (III, 5).

B. Le régime « dévié » est appelé « oligarchie » (de oligos – peu nombreux) : c’est le régime d’un petit nombre de privilégiés, sélectionnés non pas sur leurs qualités, mais selon leur naissance et leur richesse. Ce petit nombre fait passer ses intérêts personnels avant le bien commun. Selon Aristote, le régime oligarchique s’appuie sur une certaine conception de l’homme et de la société : si les hommes se sont unis en société, c’est pour accumuler les biens, et c’est pourquoi leur participation aux affaires doit être en fonction des biens qu’ils possèdent (III, 9). Ce gouvernement des plus riches peut aussi être appelé « ploutocratie » (de ploutos – la richesse). « Dans les oligarchies, affirme le philosophe grec, il est impossible qu’un homme de peine soit citoyen, parce que l’accès aux magistratures dépend d’un cens élevé » (III, 5). En termes contemporains, c’est un régime de type « féodal » où le népotisme fleurit, avec le pouvoir des seigneurs de la guerre, des barons locaux ou encore des mafias.

III. Le gouvernement de tous : démocratie ou ochlocratie

A. Le régime « juste » est la « démocratie » (de démos – le peuple) : c’est un régime qui exige que chaque individu fasse l’effort de se penser en citoyen soucieux du bien commun (indépendamment de l’origine, de la religion, de la fortune, de la situation de naissance, etc.) Cela suppose un homme éclairé, éduqué et instruit, prêt à s’investir dans la vie publique, capable d’exercer des responsabilités. La volonté de la majorité, exprimée par le suffrage universel, est souveraine ; le respect des lois, égales pour tous, y est fondamental.

B. Le régime « dévié » est l’ « ochlocratie » (de ochlos – la foule) : c’est au sens propre « le règne de la foule ». Nous pouvons en distinguer trois modalités.

1/ Dans un premier sens, la foule, c’est cet agrégat d’individus qui ne se sentent soumis à aucun ordre supérieur. Ni héritage générationnel, ni hiérarchie institutionnelle. L’individu narcissique y est réduit à la libre expression de son désir personnel, à la quête du plaisir individuel. L’ochlocratie est le régime de la lutte de tous contre tous : une compétition permanente, une concurrence exacerbée (d’où l’équilibre social devrait surgir spontanément, par l’autorégulation de la société ?). La foule inculte et influençable y est soumise aux nombreux démagogues qui usent de leur « capital symbolique » pour influencer « l’opinion ». L’Etat, et avec lui la totalité des institutions, sont congédiés, parce qu’ils expriment une transcendance par rapport à un individu qui prétend à l’« autonomie » absolue. C’est une forme d’ « anarchie » (de an – préfixe privatif, et archè – commandement) où la loi n’est pas la bienvenue, où l’individualisme prédomine, et qui tend immanquablement à se transformer en oligarchie.

2/ En un deuxième sens, c’est « le pouvoir d’une classe », numériquement majoritaire, au détriment des autres classes sociales : la grande majorité de pauvres exerce le pouvoir sur la minorité de riches dont ils se partagent les richesses (III, 10). La « lutte des classes » est en fait une mauvaise réponse à un vrai problème. Elle s’inscrit dans le cadre d’un affrontement entre oligarchie (le pouvoir aux mains de la classe des possédants) – justement décriée –, et une forme d’ochlocratie (la "dictature du prolétariat"), qui finalement aboutit à une nouvelle oligarchie voire à une tyrannie. Aristote met d’ailleurs en garde contre le procédé de « l’ostracisme » pratiqué par ses contemporains (le fait de « couper les épis qui dépassent », par l’exil ou la mort) et qui est, selon lui, employé à la fois par les tyrans, mais aussi en oligarchie ou en ochlocratie, en fonction de l’intérêt de factions (III, 13).

3/ C’est aussi « le pouvoir d’un groupe ethnique » : on pourrait alors parler d’« ethnocratie » (de ethnos – le peuple au sens ethnique). Dans ce cas, le pouvoir s’appuie sur une certaine idée de la « nation » : la communauté de sang. C’est le sens du Volk allemand, fondé par le droit du sang, par opposition à la nation citoyenne et politique forgée par la Révolution française à partir de l’héritage capétien, et exposée magistralement par Ernest Renan en 1882 dans sa célèbre conférence « Qu’est-ce qu’une Nation ? ».

Le Parthénon à Athènes

Dans la pratique : des régimes mixtes

Aucun de ces régimes n’est toutefois un régime existant, la réalité politique étant toujours plus nuancée. Ces catégories abstraites (« réductrices » diront les défenseurs de la « pensée complexe ») sont des archétypes qui mettent un cadre en place et ouvrent un espace pour la pensée. La monarchie pure n’existe pas, aucun roi ne gouverne jamais absolument seul. La démocratie pure non plus, sauf pour certains fanatiques de la critique qui prennent le concept abstrait de démocratie pour un moule à appliquer sur la réalité. Il faut donc comprendre cette typologie comme un nuancier dans lequel peuvent s’inscrire tous les régimes existants.

Aristote expose ce qu’il appelle les « régimes mixtes » : ils sont le résultat d’une combinaison, d’un assemblage institutionnel. Le mélange peut se faire sur un plan horizontal, entre régimes « justes » et « déviés » : il existe des aristocraties oligarchiques et des démocraties passablement ochlocratiques (VI, 1). Ou sur un plan vertical : les logiques monarchique, aristocratique et démocratique y prédominent selon les parties du régime (le choix des magistrats, la délibération de la loi, la décision en matière militaire, etc.).

L’historien grec Polybe, qui écrit au IIème avant JC, considère que le « régime mixte parfait » est celui qui intègre des éléments des trois régimes « justes » en les équilibrant. Or le but de la bonne politique est soit la conquête du pouvoir et la mise en place d’un régime juste, soit la conservation de ce régime juste en répondant aux sollicitations du présent. Ainsi, même un tel régime mixte doit s’ajuster en fonction de l’évolution des circonstances.

Sortir du manichéisme

L’intérêt de cette typologie d’origine grecque, mais adaptée à nos catégories, est de libérer la réflexion politique de la lecture moralisante de ce qu’est la démocratie.

Tout en inclinant clairement pour le gouvernement de tous, dans sa forme « juste », Aristote n’affirme cependant pas qu’il est le meilleur en tous temps et en tous lieux. Selon le contexte historique, la taille de la cité, les rapports de puissance, les forces de dissolution (logiques féodales ou mafieuses, dissidences ethniques ou religieuses…), les régimes justes sont plus ou moins de circonstance. La monarchie ou l’aristocratie, dans la mesure où le pouvoir y est orienté par une idée de l’intérêt général, sont parfois ce qu’il y a de mieux pour éviter le chaos. Avec certes le risque, toujours présent, de la déviation. Ce qui vaut d’ailleurs pour la démocratie.

On peut ainsi être partisan de la "Démocratie absolue" et se fourvoyer dans une forme injuste de la démocratie : l’ochlocratie sous ses différentes formes. Toutes les "démocraties" ne sont pas défendables pour le seul motif qu’elles procéderaient du principe du gouvernement de tous. La démocratie d’accord, mais sous quelle forme et pour quelles fins ?! A l’inverse, il est possible d’être un partisan convaincu du régime démocratique sans pour autant crier au loup dès qu’il est question de monarchie.

Trois cas sont à distinguer :
- lorsque notre diplomatie doit traiter avec un régime qui n’est pas identique au nôtre : sauf à abandonner toute politique étrangère sérieuse, « les nécessités de la vie internationale ou de la résolution d’un conflit »  obligent diplomates et dirigeants politiques « à entrer en contact avec des régimes non-démocratiques ou antioccidentaux », n’en déplaise aux « critiques sourcilleux » se revendiquant « d’une moralité supérieure » (Hubert Védrine, Continuer l’histoire, 2007, p.13). Le deuxième réseau diplomatique au monde (154 ambassades et 98 consulats) doit continuer de se donner comme objectif de favoriser les tendances républicaines des régimes non démocratiques ;
- lorsque nous nous tournons vers notre propre histoire : l’histoire de France est en grande partie façonnée par la monarchie capétienne tout comme notre héritage républicain, et il est affligeant que ce soit devenu un sujet de "repentance" ;
- concernant des décisions qui ne sont pas prises après un débat public à l’Assemblée : dans un grand Etat comme la France, toutes les décisions ne peuvent être collégiales et purement démocratiques, même si le principe de la "souveraineté nationale et populaire" (art.3 Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789) reste fondamental.

L’histoire continue

Par ailleurs, les penseurs grecs ont aussi cherché à trouver une logique dans l’enchaînement historique des types de régimes, conformément à leur vision cyclique de l’histoire. La monarchie est, selon Aristote, le premier type de régime des cités anciennes. Si elle dégénère, ce qui arrive toujours à un moment (par rigidification ou à l’inverse par laxisme), l’oligarchie, fondée sur l’amour du gain, la renverse. De là, advient la tyrannie, qui n’est rien d’autre que la domination d’un oligarque, devenu plus puissant que les autres. La masse est alors rendue plus forte par les divisions au sommet, et par l’injustice qu’elle subit, « de sorte que celle-ci se révolte » et l’« ochlocratie » s’installe (III, 15). L’aristocratie, et plus encore, la démocratie sont des régimes difficiles à construire. Ils n’apparaissent jamais par génération spontanée, mais sont l’œuvre de la persévérance et de l’expérience politique. Qui plus est lorsque les « nations » n’ont plus la taille des cités antiques : aujourd’hui, regrette Aristote, alors que les cités sont devenues plus grandes, « il n’est sans doute pas facile qu’il existe encore des régimes autres que [l’ochlocratie] » (III, 15). Qu’à cela ne tienne ! La difficulté n’est pas insurmontable, comme l’histoire de notre pays l’a déjà prouvé. Les imperfections sont autant de défis à relever et à corriger.

La 5ème République est sans doute un « régime mixte » selon la définition de Polybe : c’est en effet un régime présidentiel (principe monarchique) qui est allé le plus loin dans la logique démocratique, avec l’élection du président au suffrage universel, et qui se fonde sur la méritocratie républicaine (principe aristocratique). L’ochlocratie et l’oligarchie (voire la tyrannie) sont néanmoins toujours à l’orée du bois et peut-être plus inquiétantes que jamais, à l’heure de cette globalisation libérale qui vient en appui à nos oligarques, et à laquelle nos politiques font allégeance. Car le problème politique de notre temps n’est pas tant la soi-disante tradition monarchique de notre pays, que sa dérive vers l’oligarchie et l’ochlocratie.

Posté par mlavarenne à 01:17 - Histoire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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