Le Blog de Mathieu Lavarenne

Vous trouverez dans ce blog des analyses politiques, des réactions à l’actualité, des prises de position.

19 novembre 2008

Retour sur les législatives de 2007

bretton_woods_signDe la nécessité de nouveaux traités internationaux


Alors que la crise financière, économique, bientôt sociale, est en train de secouer le monde, il me paraît judicieux de republier les principaux extraits de la lettre de campagne distribuée lors des législatives en juin 2007.

Je n’en retire pas un mot, bien au contraire. Et force est de constater que bien peu de candidats avaient à ce point mis en avant le problème de la finance mondialisée et dérégulée. Il faudrait sans doute relire l'ensemble des professions de foi pour se rendre compte combien la majorité des partis politiques ne partait pas d'un diagnostic pertinent.

Lorsque nous évoquions explicitement Keynes, les accords de Bretton Woods et la nécessité de nouveaux traités internationaux, y compris européen, combien de sourires condescendants ou indifférents ?

Aujourd’hui tout semble avoir changé. Du moins dans le discours. Or il est peu probable que ceux-là mêmes qui durant de longues années, voire des décennies, ont prôné haut et fort les bienfaits de la « mondialisation heureuse », modifient maintenant en profondeur leur logiciel intellectuel.

Un citoyen averti en vaut deux. Ne soyons pas naïfs, demeurons exigeants.

 

Lettre de campagne du 21 mai 2007 :

« On a bien pu voir [ces dernières années] quelques mesurettes sociales d’un côté, économiques de l’autre... mais les problèmes n’ont pas été traités à la racine : un commerce international détruisant le développement, l’instabilité monétaire, la financiarisation de l’économie, les conséquences de l’invasion de l’Irak par les USA, la destruction des ressources naturelles et la pollution de l’environnement... Ils ont été absents du débat présidentiel ou alors abordés dans leurs conséquences, par le petit bout de la lorgnette.

La France ne doit pas se résigner à une mondialisation libérale, présentée comme inéluctable. Notre pays soi-disant « en retard » sur les autres devrait s’adapter toujours plus pour devenir enfin « moderne ». Nous pensons que la politique doit donner des règles à l’économie, que l’instruction publique doit transmettre des valeurs et des savoirs, que l’éducation doit donner des cadres aux jeunes enfants.

La France doit reprendre confiance en son modèle républicain. Avec ses institutions laïques et ses services publics, le système français n’est pas ringard. L’Etat-nation, comme communauté de citoyens, indépendamment des origines ethniques, religieuses ou sociales, n’en est qu’à ses débuts dans l’histoire du monde. Notre politique étrangère, équilibrée et indépendante, doit avoir le courage de défendre une refondation des traités internationaux, sur le modèle des accords de Bretton Woods en 1944, mais aussi des traités européens, en vue d’une Europe des nations et des grands projets. Nous ne serons pas seuls ! La voix de la France est attendue dans le monde. »

Voir le programme complet que nous avions publié alors.

Posté par mlavarenne à 18:49 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


27 juin 2008

Un nouvel allié objectif du système UMPS

Besancenot, le rêve de Sarkozy

J'ai fait un rêve...

Dimanche 22 avril 2012

Il est 19h59.

Après une campagne relativement morne, la tension est montée d’un cran dans les QG des différents partis politiques, quelques secondes avant le résultat du premier tour de l’élection présidentielle.

Depuis une demi-heure, les rumeurs circulent parmi les militants : un des deux « grands » candidats annoncés ne serait pas présent au second tour… comme en 2002. Sur fond de participation électorale en berne : seulement 40% de votants, du jamais vu pour une élection présidentielle, en France du moins ; sans comptabiliser les non-inscrits, de plus en plus nombreux.

Ca y est, 20h.

Sur les écrans à plasma géants apparaissent les visages de Nicolas Sarkozy et… d’Olivier Besancenot. Nouveau choc dans ce qu'il reste de notre démocratie. Avec 17% des suffrages exprimés - contre 18% pour l'UMS (Union pour une Majorité Sarkozyste) -, l’extrême gauche, incarnée par le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste, fondé en janvier 2009), bouscule le PSL (Parti Social Libéral), que sa base électorale a largement fui (seulement 15% des suffrages). Sa candidate malheureuse, Ségolène Royal, décide sur le champ de se retirer « définitivement » de la vie politique, pour se consacrer à sa vie maritale avec le nouveau “s’crétaire” général du PSL, M. Delanoë, récemment tombé sous son charme.

Aucun des dix autres partis présents dans la course ne dépasse les 10%. La confusion est à son comble.

Les quelques élus du NPA – députés européens, conseillers régionaux et généraux du Nord de la France – passent en boucle sur les ondes pour se féliciter de la « chance historique » que connaîtrait la France du fait de cette percée électorale inédite. On découvre à l’antenne les sourires épanouis du jeune postier et de sa nouvelle “associée”, Clémentine Autain, la porte-parole européenne du NPA.

La bataille pour le second tour commence. Mais ils sont peu à y croire réellement.

Dimanche 6 mai 2012

20h. Le score est écrasant : Sarkozy est réélu avec 65% des voix, alors que depuis 3 ans, sa cote de popularité était à son niveau le plus bas (encore plus bas que Chirac, c’est dire…).

Olivier Besancenot, qui a tout de même réussi à obtenir 35%, repart satisfait d’avoir fait trembler la France, sans pour autant avoir les responsabilités du pouvoir à exercer.

En attendant, la France reste coincée plus que jamais sous la chape sarkozyenne qui continue de peser au sommet de l'Etat pour 5 ans encore. Jusqu'en 2017. Si rien ne vient interférer.

Mais d'ici là, bien des choses auront changé avec la poursuite de la réforme institutionnelle. La nouvelle Confédération Française, agglomérat de petites régions dont certaines auront été refondues sur des bases communautaires et ethniques, ne s'occupera plus que des quelques prérogatives qui n'auront pas été cédées aux proconsuls européens, dans leur Palais de Verre à Aix-la-Chapelle, nouvelle capitale politique de l'UE.

Politique-fiction ubuesque ?

La “Mare aux Canards”, en page 2 du Canard Enchaîné, daté du 18 juin 2008, relate en la matière une anecdote saisissante qu'il convient de méditer et de retenir, dans les mois à venir.

En effet, quelques jours auparavant, le 7 juin, en voyage officiel au Liban, Nicolas Sarkozy avait emmené avec lui des représentants des principaux partis politiques français : François Bayrou, Marie-George Buffet ou encore François Hollande. S’adressant à ce dernier dans un langage particulièrement fleuri, le Président français tonnait : « Vous nous avez bien emmerdés avec Le Pen pendant des années, maintenant on va vous niquer avec Besancenot » [sic].

Alors, Olivier Besancenot, allié objectif du système UMPS, qu’il souhaite pourtant combattre (et il ne s'agit pas ici de lui faire un procès d'intention) ? Certainement. Tout comme l'a été Jean-Marie Le Pen (mis en avant par François Mitterrand en 1984-85 quand il s'agissait de diviser la droite, faut-il le rappeler), en 2002, lorsqu’il avait neutralisé la contestation face à un Chirac réélu avec un score de Pacha (82%).

Car l'un comme l'autre est assuré de ne jamais passer le stade du second tour, leurs programmes étant trop éloignés de l'esprit politique de la République et de la France.

Posté par mlavarenne à 16:11 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 mai 2007

Etat des lieux

Un divorce grandissant entre le peuple et ses élites

_clairPour partir du bon pied, il faut faire un état des lieux, établir un bon diagnostic politique de la situation. L’analyse des derniers scrutins depuis 2002 nous le montre, le peuple français n’a manifestement pas baissé les bras. Rappelons-nous.

21 avril et 5 mai 2002 – ELECTION PRESIDENTIELLE. Présentée pendant des mois comme se résumant au duel Chirac-Jospin, cette élection s’est soldée par l’accès au second tour de l’épouvantail Le Pen. Ce scrutin n’a été une victoire que pour l’abstention (atteignant presque 30%, du jamais vu à une élection présidentielle) et le vote protestataire (19% pour l’extrême droite, 14% pour l’extrême gauche, soit un tiers des suffrages exprimés !). Le score des candidats au premier tour étant ridicules : Chirac : 13,75% des inscrits – Le Pen : 11,66 % – Jospin : 11,19%.

6 juillet 2003 – REFERENDUM sur le statut de la Corse. 51% des électeurs se sont prononcés contre l’aventure institutionnelle, malgré l’appel insistant à voter "oui" lancé par la quasi-totalité de la presse et des partis politiques. Il s’agissait en outre de la première mise en œuvre de la LOI organique n° 2003-705 du 1er août 2003 relative au référendum local, qui avec l’aide de la LOI constitutionnelle n° 2003-276 du 28 mars 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République contrevient au sage principe d’indivisibilité de la nation, qui énonce que la loi doit être la même pour tous.

7 décembre 2003 – REFERENDUM sur l’avenir institutionnel de la Guadeloupe et de la Martinique. Après ceux de Corses, nos concitoyens des Antilles, refusent à leur tour des statuts qui dérogent à la loi commune de la République. Contrairement aux attentes des maîtres censeurs, 73% des Guadeloupéens et 51% des Martiniquais ont rejeté la suppression des départements et leur régionalisation.

21 et 28 mars 2004 – ELECTIONS REGIONALES. Deux ans après avoir été contraints de voter massivement pour J. Chirac (82 %), les citoyens corrigent la donne et laissent 20 régions sur 22 au PS. Ce vote de rejet sanctionne une majorité illégitime sortie des urnes par la force en 2002 et les politiques de son gouvernement (l’UMP n’atteint que 6,8% des inscrits ! Les six ministres UMP-UDF en tête de liste sont battus).

13 juin 2004 – ELECTIONS EUROPEENNES. Plus que jamais c’est l’abstention qui sort vainqueur du scrutin avec 57,5% taux jamais égalé pour un scrutin national de la 5ème République (sauf referendums sur la nouvelle Calédonie en 1988 : 63% et sur le quinquennat en 2000 : 70%). Dans ce scrutin régionalisé pour la première fois, pas moins de 41 listes très hétéroclites se sont présentées devant le suffrage. Certains se sont autorisés à croire que les Français se normalisaient dans la post-démocratie européenne (abstention massive et rejet de la politique).

29 mai 2005 – REFERENDUM SUR LE TRAITE CONSTITUTIONNEL EUROPEEN. Le plus grand signe du divorce entre la nation et ses élites était à venir : le 28 février 2005, par 730 voix pour, 66 contre, 96 abstentions, soit 92% des parlementaires (députés et sénateurs), nos représentants ont voté "oui" au traité constitutionnel. Avec les principaux partis politiques, les médias (presse, radio, télévision) dans leur presque unanimité ont continué de mener une campagne invraisemblable pour le "oui" en diabolisant, culpabilisant, faisant même un chantage à la catastrophe. Rien n’y fit, le 29 mai les Français ont voté "non" à 55%, avec un taux de participation de 70% qui ne laisse aucun doute sur leur détermination.

22 avril et 6 mai 2007 – ELECTION PRESIDENTIELLE. Avec un taux de participation record, digne des démocraties où le vote est obligatoire, les Français ont montré ce qu’ils attendaient : que la politique joue pleinement son rôle. Déjà durant la campagne, le taux d’audimat des émissions politiques avait été doublé. Les trois principaux candidats n’ont pu faire campagne qu’en prenant la posture de la rupture, quand bien même cela ne correspondait pas à la réalité. Nicolas Sarkozy a ainsi été élu sur des questions sociales, et sur une demande de protection de la France contre la globalisation. Il reste à savoir combien de temps il faudra pour mesurer l’écart entre ce qui a été promis et les actes. Déjà, sur le problème de l’indépendance de la Banque centrale européenne, il s’est renié. De plus, le fort score de François Bayrou a montré à quel point les Français ne se reconnaissent plus dans le clivage apparent entre libéralisme social et social libéralisme. Paradoxalement, car le candidat centriste incarne précisément cette même idéologie libérale, d’acquiescement à la mondialisation.

Posté par mlavarenne à 00:52 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 mai 2007

Une surenchère contre l’ « étatisme »

Royal – Bayrou : le libéralisme social entre amis

BayrouS_goLe débat entre Ségolène Royal et François Bayrou, qui a eu lieu samedi 28 mars sur BFM TV, s’est présenté comme une recherche de convergences et de divergences entre les deux protagonistes, à la veille du second tour de l’élection présidentielle ainsi que des législatives des 10 et 17 juin. « Convergences institutionnelles » mais « divergences économiques », a-t-on partout entendu. Pourtant, à y regarder de plus près, bien peu de choses opposaient les discours de l’un et de l’autre. Au contraire, une même méfiance à l’égard de l’Etat, paradoxe suprême pour des prétendants à la présidentielle, les reliait fondamentalement.

C’est en effet à une surenchère contre « l’étatisme » que nous avons assisté, ce mal qui, depuis son origine, gangrènerait cette 5ème République aux institutions considérées comme trop rigides et archaïques. « Faire respirer la société française » (Royal), lui « donner de l’oxygène » (Bayrou), voilà l’objectif de la 6ème République appelée tant par les vœux de Ségolène Royal que ceux de François Bayrou. « La réforme des institutions va débloquer la situation de la France » a affirmé péremptoirement Mme Royal. Comme si la crise actuelle était la conséquence d’un problème institutionnel ! Les responsables de la situation présente ont été à la tête de l’Etat depuis plusieurs décennies, et leurs politiques ont été plutôt caractérisées par un abandon progressif de la puissance publique, au nom de la nécessaire adaptation à la globalisation, considérée comme inéluctable (la fameuse "modernisation" de la France). Face à cette globalisation, le problème n’est pourtant pas véritablement la trop grande place de l’Etat et de la puissance publique. C’est ce que le premier ministre Jospin avait déjà laissé entendre aux salariés de Michelin, en 1999, lorsqu’il avait affirmé, à propos de la suppression de 7500 emplois en France par l’entreprise, alors largement bénéficiaire : « Je ne crois pas qu’il faut tout attendre de l’Etat ou du gouvernement ». Et tout le monde avait compris à raison : il ne faut pas en attendre grand chose...

Mais la saignée n’a visiblement pas été assez abondante pour chacun des deux protagonistes : le salut de la France serait dans le "encore moins d’Etat". « C’est fini, a scandé Bayrou dans une critique du programme économique de Ségolène Royal, l’Etat ne peut plus faire les choses à la place de la société. Il faut faire vivre la société française en face de l’Etat ». Ce à quoi la candidate socialiste rétorquait : « rejeter la gauche vers l’étatisme, c’est facile… eh bien, c’est tout le contraire ». Le pacte présidentiel « n’est pas un pacte étatique, c’est ça sa modernité ».

Quelles sont donc ces recettes "modernes" que propose Mme Royal en réponse aux défis de la globalisation et aux dérégulations qui en sont les piliers ? La « démocratie participative », les « jurys citoyens », un « dialogue social rénové sur le modèle des pays nordiques », et surtout « une nouvelle étape de la décentralisation »… C’est ce qu’elle appelle « faire entrer la France dans une modernité sociale et démocratique ». « Je fais confiance aux acteurs locaux, aux syndicats, aux entreprises… ». Et le rôle de l’Etat dans tout cela ? « Organiser les discussions » entre partenaires sociaux et donner des subventions aux associations de quartier. Bref, peau de chagrin.

Et quant à M. Bayrou ? « Dans une économie ouverte comme la nôtre », il faut « rendre la France plus compétitive, plus performante, comme l’Allemagne après les réformes Schroeder », en remplaçant tout « monopole » par le « pluralisme », toute « dépendance » à l’égard de l’Etat, par « l’indépendance ».

Si, par ailleurs, Ségolène Royal et François Bayrou semblent avoir tous deux renoncé à certains égarements de l’idéologie libertaire, ils se retrouvent bel et bien sur le même terrain de l’idéologie libérale (tout comme Nicolas Sarkozy d’ailleurs), qui vise à affaiblir l’Etat, pensé comme le Léviathan, dévoreur des libertés individuelles. Nous pensons au contraire qu’affaiblir l’Etat, ce n’est rien d’autre que de désarmer le peuple face à la globalisation, le priver de sa souveraineté, pourtant chèrement conquise.

Posté par mlavarenne à 16:29 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 mars 2007

"J'ai changé !"

La "métamorphose" de Nicolas Sarkozy

MetamorphoseOn le connaissait nerveux, agité et mordant, mais c’était avant sa récente métamorphose. Soucieux de son image, et persuadé que la bataille de la présidentielle se gagne aussi sur ce terrain-là, Nicolas Sarkozy souhaite dorénavant se présenter sous un jour plus apaisé, donc plus rassurant. Et ce d’autant que les études d’opinion des six derniers mois montraient que la posture et les prises de positions tonitruantes du candidat-ministre suscitaient de « l’inquiétude » chez les sondés, y compris parmi ceux tentés par le vote Sarkozy. En cas d’élection, Sarkozy ne fera sans doute qu’augmenter la puissance de la bombe politique et sociale qui ne manquera d’exploser lorsque le discours sera confronté aux actes.

Selon un spécialiste (sollicité par Arrêt sur Image, le 11 février dernier, sur France 5), la mutation est assez exceptionnelle pour être remarquée : rarement un homme politique aura autant modifié sa voix en si peu de temps. Beaucoup plus grave, littéralement parlant, plus lente aussi qu’il y a quelques mois. Une voix de velours, suave et enchanteresse, qu’il a « inaugurée » lors de son discours d’investiture du 14 janvier 2006, dont la partition jouait le « j’ai changé » sur tous les tons.

Toutefois l’image ne suffit pas. Car les mots aussi ont changé, et avec eux le message. Mais qui croire ? L’homme qui, le 12 septembre 2006 à Washington, dénonce « l’arrogance française » et laisse augurer d’une « rupture » dans la politique étrangère de la France ? Ou bien celui du 28 février 2007 qui rend hommage à « l’action exemplaire » et à « la lucidité » de Jacques Chirac et à sa lucidité sur la guerre d’Irak ? Qui croire en effet ? L’homme qui depuis des années se montre fasciné par le modèle libéral anglo-saxon ? Ou bien celui qui se présente maintenant comme son rempart pour sauvegarder la France de la toute puissance du marché ?

Du libéralisme à l’interventionnisme ?

L’émission « A vous de juger » du jeudi 8 mars 2007, présentée par Arlette Chabot, qui invitait une nouvelle fois Nicolas Sarkozy, lui a permis de se livrer à un exercice de haute voltige politicienne. A tel point qu’on pouvait effectivement se demander si c’était le même homme qui parlait. « J’ai un cœur comme tout le monde qui bat à gauche, mais avec pudeur », a-t-il déclaré. Fallait-il l’entendre au sens physiologique ou bien politique ? On s’interroge. Face à Eric Le Boucher, éditorialiste du Monde, d’obédience libérale, qui l’interrogeait sur la place de l’Etat dans l’économie, il a répété à plusieurs reprises que « le marché ne peut pas tout », que « le marché ne dit pas tout ». Ce qui détone dans la bouche de Nicolas Sarkozy qui a manifestement changé d’avis et, ce faisant, pris le contre-pied électoral de la Phrase de Lionel Jospin affirmant au JT de France 2, le 16 septembre 1999, alors que la crise Michelin battait son plein, qu’« il ne faut pas tout attendre de l’Etat ou du gouvernement ». Mais la leçon du candidat malheureux de 2002, qui a bel et bien été jugé sur son bilan par les français, semble aussi avoir été comprise par la candidate socialiste qui a accusé l’Etat d’« impotence » dans l’affaire Airbus, le premier mars dernier. On ne peut évidemment que se réjouir de telles prises de positions. Sont-elles toutefois compatibles avec les autres parties du programme des dits-candidats ? Sont-elles solubles dans leur projet d’ensemble ?

Dans la foulée, le "nouveau" Sarkozy a vigoureusement récusé la théorie de l’avantage comparatif, selon laquelle les pays doivent se spécialiser dans le secteur où ils sont les plus compétitifs, la main invisible du marché faisant le reste. La France devrait au contraire avoir une « politique industrielle volontariste » et l’Etat devrait intervenir davantage pour impulser les projets (« mettre le paquet » en Recherche et Développement) et empêcher les naufrages, par exemple dans le cas d’Alstom, et aujourd’hui d’Airbus, avec son « problème d’actionnaires qui ne veulent pas augmenter le capital ». De fait, Nicolas Sarkozy ne manque plus une occasion de rappeler ses "faits d’armes" en tant que ministre de l’Economie et des Finances (le plan avait en fait été décidé par son prédécesseur Francis Mer) lorsqu’il avait « sauvé 25000 emplois » à Alstom, en 2004, à la suite d’âpres négociations avec la Commission de Bruxelles visant à faire accepter l’intervention de l’Etat dans le capital de l’entreprise, et au risque assumé de « froisser le gouvernement allemand » quand l’intérêt de la France est en jeu.

Des industries sont stratégiques, insistait-il, et doivent rester sous contrôle de l’Etat : l’industrie pharmaceutique par exemple, qui bénéficie des remboursements de la Sécurité Sociale, mais aussi l’énergie. Après une longue liste énoncée par Nicolas Sarkozy, Eric Le Boucher lui rétorquait ironiquement que les entreprises qui, finalement, entrent dans le champ d’intervention de l’Etat selon Sarkozy, c’est le CAC 40. Sarkozy, ensuite présenté dans un court reportage comme ne ratant pas une occasion pour se montrer proche et admiratif des travailleurs manuels, propose en outre de taxer davantage les bénéfices des entreprises qui suppriment des emplois, ainsi que celles qui n’investissent pas suffisamment, particulièrement sur le territoire national. Louables propositions mais qui ont besoin d’un souffle d’ensemble pour prendre sens (voir cet article sur la politique industrielle).

Enfin, la précarité aussi le préoccuperait. Il n’est pas normal qu’une personne qui trouve un travail à temps partiel gagne moins que RMI et Allocation Logement réunis. Proposition de Sarkozy : que l’on puisse cumuler allocations et salaire pendant une durée de deux ans.

Faire France

Manifestement, Nicolas Sarkozy veut dorénavant “faire France”. Il semble vouloir tenter la recette de la fracture sociale, qui avait si bien réussi à Chirac en son temps. Et prendre la posture du gaulliste social (le Général étant d’ailleurs cité au courant de l’émission, une fois n’est pas coutume) qui ne craint pas de citer les figures tutélaires de la gauche : Jaurès, Blum, Ferry, tous les républicains de la Troisième, se trouvant réunis dans ses discours (officiellement écrits par Henri Guaino).

Peut-on imaginer que les discours plus anciens étaient à destination de ceux qui « savent » entendre, et maintenant que la campagne a pris de l’ampleur, les discours actuels s’adresseraient au « populo », celui qui ne serait qu’un Bidochon et qui aurait besoin d’être brossé dans le sens du poil, avant qu’on ne souhaite de lui qu’il se rendorme jusqu’aux élections suivantes, en se résignant à son sort ? Certains indices peuvent le laisser penser : ainsi la complaisance de certains éditorialistes avec de telles propositions dans la bouche de Sarkozy, à l’opposé de celles qu’il défendait quelques temps auparavant, et qu’eux-mêmes attendent de leur champion...

Pour finir, deux remarques opposées, mais corrélatives :
- la danse du ventre que Nicolas Sarkozy vient d’entamer sous nos yeux n’a d’autre objectif que la séduction de l’électorat français et il y a fort à parier que les promesses, et les vaines paroles ne se transformeront pas en acte le cas échéant ; ou plutôt que les actes "volontaristes" d’un Sarkozy élu ne seront plus forcément en conformité avec les paroles électorales.
- Nicolas Sarkozy, ou encore Ségolène Royal, s’inspirent des études d’opinion dont les résultats se répercutent assez rapidement dans leur démagogie : on se rassure souvent en constatant ce par quoi les français sont séduits, ce qu’ils veulent entendre dans la bouche de leurs politiciens. Preuve aussi que ces derniers ont bien compris ce que veut le Peuple... mais preuve aussi qu’ils n’aiment peut-être pas la démocratie, ni le Peuple qui la fonde.

La France est toujours prête pour une politique conforme à sa tradition et à ses ambitions. Ce que les démagogues modernes ont compris, sans l’assumer réellement.

Posté par mlavarenne à 16:33 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 mars 2007

Le "modèle français" selon le futur ex-Président

Une prise de conscience tardive ?

chirac

L’allocution télévisuelle de Jacques Chirac, ce dimanche 11 mars 2007, a certes été très commentée dans les médias, mais souvent réduite à deux phrases : « je ne solliciterai pas vos suffrages pour un nouveau mandat ». Et : « s’agissant des échéances électorales, j’aurai l’occasion d’exprimer mes choix personnels ».

Or ce discours a de loin dépassé les simples considérations électorales. On y a entendu un Chirac qui a exprimé son « amour des Français et de la France », ainsi que des « valeurs républicaines », « comme le principe de laïcité ». « Tout dans l’âme de la France dit non à l’extrémisme », a-t-il encore affirmé. « Le vrai combat de la France, le beau combat de la France, c’est celui de l’unité, c’est celui de la cohésion ».

Chirac s’y est surtout présenté comme le défenseur de « l’indépendance » et du rôle de la France sur la scène internationale : le monde doit être pris « à bras-le-corps », il faut « continuer à y imprimer notre marque » et ne « jamais brader notre modèle français » qui est « adapté au monde d’aujourd’hui ». « Face au risque d’un choc des civilisations », face au « libéralisme sans frein » qui laisse « se creuser le fossé entre une partie du monde de plus en plus riche et des milliards d’hommes, de femmes et d’enfants abandonnés à la misère et au désespoir », et enfin face à la nécessaire « révolution écologique », la France doit assumer ses « responsabilités particulières, héritées de son histoire et des valeurs universelles qu’elle a contribué à forger ». Message au futur nouveau Président ? A tout le moins au candidat de l'UMP ?

On aura certes apprécié qu’il ait, en 2003, tenu tête à l’impérialisme des Etats-Unis encore embourbés en Irak. Cependant, la prise de conscience des méfaits de la globalisation libérale n’aura été que tardive, et n’a malheureusement pas été concrétisée par des actes suffisants. Même son appel à « poursuivre la construction européenne » souligne cette ambivalence : la France doit affirmer l’exigence d’une « Europe politique », « qui garantisse notre modèle social ». Force est de constater que le chemin n’en est pas pris. Et c’est peut-être, sans le vouloir, donner raison aux Français pour avoir massivement rejeté le Traité Constitutionnel en 2005.



Posté par mlavarenne à 00:24 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 avril 2002

Présidentielles 2002 - Réflexions sur le tas

A qui la honte ?

antilepen« Honte ! Honte ! », entend-on ça et là. C’est le cri qui fuse dans les rues, le slogan qui fleurit sur les murs des villes, le mot qui vient sur les lèvres déconfites. Ne nous trompons cependant pas de honte.

Oui, honte à ceux-là qui ont rendu Le Pen comestible à force de pleurnicher pour lui lorsque celui-ci nous faisait croire, dans le seul but de se faire entendre, qu'il n'avait pas ses 500 signatures pour cause de complot.

Honte aux sondeurs, non seulement parce qu'ils se sont fourvoyés, comme toujours d’ailleurs, mais aussi pour avoir fait ce qu’il fallait pour que Le Pen soit le "troisième homme", place très convoitée puisqu'elle a donné l'image d’une solution alternative aux deux sortants dont la plupart ne voulaient plus (lorsque candidat FN était à 14% dans les sondages, le chiffre brut était de 7%, correctif de 200%, établi à tâtons dans le noir de l’incertitude)... Le phénomène Le Pen a été fabriqué pour faire peur et pour que l’électeur se réfugie au dernier moment sur un vote ‘utile’ Jospin-Chirac, mais l’effet fut pour le moins inversé… « A partir du moment où Le Pen apparaissait comme le seul capable de bouleverser le duel annoncé entre Jospin et Chirac, il a pu attirer sur son nom un certain nombre d'électeurs qui ne se seraient pas déplacés s'il n'avait pas été en mesure de troubler le second tour », écrit Libération en ce jour du 22 avril, journal qui ferait bien de rougir de honte sur ce sujet comme sur tant d’autres. Qui sème le vent de la peur récolte des monstres tempétueux !

Honte à cette clique médiatique qui nous a si longtemps pris pour des imbéciles à coup de Chirac-Jospin Jospin-Chirac, 48-52 51-49 50-50 52-48... : à vouloir décider en lieu et place du peuple souverain, effacer les enjeux du premier tour et remplacer le suffrage universel par les sondages, on a décidément de drôles de surprises (c'est à peine d'ailleurs si tout ce beau monde ne jubilait pas de s'être magistralement planté pendant des mois et d'avoir un bon 'scoop' pour les jours à venir, avec tout ce que cela promet d'audience...) Et quelle pitoyable retransmission médiatique de la campagne, quelle médiocrité du débat public ! On attendrait mieux d’un service public digne de ce nom… Mais quand on voit Vizzavi, entreprise « pan-européenne » filiale de Vivendi, parrainer la soirée électorale sur France 2, on est en droit de se poser de légitimes questions sur l’état de ce service…

Honte aussi au PS et au RPR, tous deux à moins de 20% des suffrages exprimés, pour avoir provoqué tant de dégoût, tant de désespoir, de dépolitisation, d'amertume chez les Français, réduits à protester dans des votes pour la plupart stériles ou dangereux... Honte à Chirac qui s'est complu dans la mare sécuritaire sans avoir mis sur le tapis commun les vraies grandes questions de la France d'aujourd'hui, honte à lui de ne pas avoir démissionné tout en étant si entaché par les affaires judiciaires, et avec lui l’image de la France et de l’Etat. La corruption, si elle rapporte à court terme dans son petit pré carré, finit toujours par coûter cher, au peuple français en l’occurrence... Honte aussi à Jospin d'avoir bradé les valeurs de la gauche, et d'avoir cédé trop facilement aux intérêts du Capital mondialisé et aux Puissances de l'Argent, en négligeant les travailleurs au nom de la nécessité économique... C'est Jospin (et, avec lui, la danseuse du ventre Aubry, les balladuriens Strauss-Kahn et Fabius, et j’en passe) qui est la cause de l’éclatement de la gauche, du vote-refuge chez les trotskystes, de la nécessaire dissidence de Chevènement, d'une grande part de l'abstention... Ah, si Jospin ne s'était pas 'blairisé', soupirent certains ex-socialos !

Honte à tous deux qui ont cru pouvoir faire l’économie de la raison et de l’argumentation en usant de moyens communicationnels démesurés, en vendant leurs propositions comme on vend une lessive.

Honte aussi à tous ceux qui, sans cesse, veulent nous faire croire que la mondialisation sans règle et sans peuples est heureuse, que les valeurs républicaines françaises de Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité sont démodées, que le passé est méprisable parce que dépassé, et que tout ce qui symbolise la France est bon à jeter aux orties... C'est sans compter sur l'image de notre pays, de ses faits et gestes, dans le reste du monde qui attend de lui autre chose que de graisser la patte aux américains ou d'engraisser la xénophobie... 

Et puis tristesse infinie que d'être condamné à choisir entre le candidat de la France du déclin et celui de la France xénophobe... pour tout dire entre deux démagogues...

Quel paradoxe que de voir Chirac vrai vainqueur (?) de cette élection où la protestation contre l'Establishment politique n'a jamais été aussi forte ! « Cinq ans de Chirac ferme, constitutionnellement incompressible, ce n'est pas un quinquennat, c'est une condamnation » ! 

Certes, virons sans tarder Le Pen, mais ne nous arrêtons pas en chemin : c'est Chirac Jacques qu'il faut aussi abattre en vol. Il ne suffit pas que les Bien-pensants de tous bords sortent leur panoplie anti-fasciste et se drapent de leur bonne conscience humanitaire : il faut nous ressaisir et redresser la barre du bateau politique. Le fatalisme des petits est la meilleure arme des puissants... Faites passer le mot.

Combien sont allés à la pêche, combien se sont dit "ça ne m'intéresse pas, ça ne me concerne pas, je m'en fous, de toute façon, ça ne changera rien" au lieu de s'informer de l’actualité, de s'instruire sur les programmes des différents candidats, sur l'histoire politique du siècle et en deçà, de réclamer des comptes aux élus, de se forger un jugement politique à la force du poignet ? Bref, d’accomplir leur devoir de citoyen, qui ne doit pas se limiter au devoir de voter…

Voyons les choses en face. Il ne suffit pas maintenant de pousser de petits cris de puceaux devant le résultat de cette élection. Nous sommes un peuple souverain, nous sommes en régime démocratique, et par conséquent nous sommes tous un peu responsables de ce qui nous arrive, quand bien même cela ne nous conviendrait pas... Il nous appartient à nous de descendre sur la place publique (je ne fais pas allusion aux manifestations circonstancielles qui animent nos quartiers ces derniers temps qui se composent en grande partie de jeunes lycéens et lycéennes misant tout sur la diabolisation, ce qui pourrait provoquer des effets pervers non souhaités) pour faire entendre la voix de la raison, la voix de la justice, la voix de l'égalité républicaines... Nous n'avons pas été assez convaincants, nous n'avons pas été assez présents dans l’agora durant cette campagne, cet espace public qui se trouve entre nos bouches et nos oreilles réciproques et dans lequel nous pouvons jeter nos opinions et pensées afin d’en débattre : il n’y a pas de démocratie sans peuple, et pas de peuple sans débat, sans volonté commune et conscience politique. Il nous faut toujours lutter contre la tentation de la foule, de l’agrégat de consommateurs individualistes qui n’ont que cure de l’intérêt général. Sans doute n'avons-nous pas assez pris au sérieux cette exigence démocratique, sans doute avons-nous trop écouté la voix doucereuse de la petite boîte à images qui modèle les âmes...

Ils sont nombreux nos ancêtres qui se sont battus pour une France estimable, pour la République, pour la Démocratie, pour ces valeurs universelles qui rendent possible la coexistence pacifique de toutes les différences, pour la séparation du public et du privé, de l'Etat et de l'Eglise, pour l'idée de citoyenneté (c'est-à-dire l'engagement politique de chacun, à tout moment), pour une école publique et nationale qui transmette des savoirs et des valeurs au lieu de produire simplement de la main-d’œuvre servile et débile ou reproduire l’ordre social, oui, ils sont nombreux ces grands hommes trépassés qui se retournent aujourd'hui dans leurs tombes (certes pas pour la première fois, et sûrement pas pour la dernière… comme quoi, c’est plutôt mouvementé une vie de mort…) de voir ainsi souillée la France par ces deux candidats de second tour qui ne sont, à vrai dire, que les deux faces d'un même déclin !

Les législatives seront essentielles, ainsi que toutes les élections qui suivront. Le politique reste le lieu de la légitimité, du débat démocratique, si nous le voulons, si nous y croyons, et si nous agissons en fonction... ne cédons pas à la honte pour nous-mêmes, reprenons-nous ! Rien n'est jamais définitivement perdu dans les affaires humaines.

Cela ne se fera certes pas sans effort. La République, la Démocratie, ce sont des choses pour lesquelles des hommes se sont battus, et rien n'indique clairement que cet éternel combat devra cesser un jour. On ne construit pas sans conflit. Il ne suffit pas d'attendre en contemplatif que l'histoire se déroule sous nos yeux hagards. Le train passera toujours sans crier gare devant les vaches insouciantes...

Prenons froidement la mesure de cette protestation jamais vue ni entendue dans l’histoire des élections présidentielles. Il nous faut comprendre et entendre le pourquoi de ce vote. Les électeurs de Chirac et de Le Pen doivent avant tout être considérés comme des citoyens, c’est-à-dire des êtres capables de raison. Il dépend de nous de les convaincre de changer leur avis, il le faudra bien, et surtout de leur proposer une autre voie, plus solide, plus généreuse et plus riche d’avenir que celles du social-libéralisme ou du nationalisme xénophobe.

Puisse cette situation désastreuse nous aiguillonner suffisamment pour nous réveiller et nous tenir en éveil pour les années à venir.

La politique, c'est notre affaire à tous !

Posté par mlavarenne à 01:09 - Politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1