Dominique Voynet : pour l’effacement de la France

La candidate Dominique Voynet défend ardemment l’idée d’« une Europe fédérale », qui devrait naître de « l’institutionnalisation des eurorégions et du développement de la coopération transfrontalière ». C’est ce qu’elle réaffirme dans une interview donnée, parmi sept autres candidats, au magazine bimensuel Diplomatie, de mars-avril 2007, où son argumentation laisse transparaître une forme désagréable de mépris pour la France et le peuple français, dont elle entend ignorer le vote négatif du 29 mai 2005.

L’Europe, ce serait, selon l’ancienne ministre, le « levier d’action et de régulation politique décisif pour tous les défis du siècle » : écologie, transport, énergie, coopération, droits de l’homme, paix dans le monde. La liste n’en finit plus. Cela se fera, dit-elle, par « une intégration politique de plus en plus poussée de l’Europe, c’est-à-dire plus écologique, plus sociale, plus solidaire, plus citoyenne, plus démocratique et tournée vers le développement soutenable ». Mais par quel miracle, le "plus d’Europe" engendrerait-il le "plus social", le "plus démocratique" ? On se le demande bien.

La désintégration de l’Etat-Nation

L’intégration européenne de Mme Voynet a pour corrélat la désintégration de l’Etat-Nation : « Le temps est venu d’agir avec les réseaux civils européens », pour faire rempart aux « égoïsmes nationaux » et à l’inanité des « conciliabules intergouvernementaux ». La candidate écologiste considère ainsi qu’il est impératif de supprimer « le vote à l’unanimité au conseil ». Les gouvernements nationaux perdraient ainsi le peu de légitimité démocratique qu’il leur reste et n’importe quel pays pourrait se voir imposer, contre son avis et dans tous les domaines, une mesure soutenue par la majorité de ses voisins. En fait, la candidate à la présidentielle se présente à une fonction qu’elle souhaite vider de son contenu le plus rapidement possible. C’est d’ailleurs rejoindre l’esprit d’un des "pères fondateurs" de l’Europe, Jean Monnet, pour qui l’éradication des nations était essentielle : « Il n’y aura pas de paix en Europe si les Etats se reconstituent sur une base de souveraineté nationale, avec ce que cela entraîne de politique de prestige et de protection économique », écrit-il le 5 août 1943, avant d’ajouter : « Il faut également qu’ils n’utilisent pas une part importante de leurs ressources au maintien d’industries soit disant "clefs", nécessitées par la défense nationale ». Le 20 juin 1950, Monnet enfonce encore le clou : « Les membres de la Haute Autorité [de la CECA, ancêtre de l’actuelle Commission européenne] ne seront pas les représentants des gouvernements, le principe de la représentation nationale apparaissant, en l’espèce, comme une source de division ». C’est bien dans cette filiation aux affirmations péremptoires que s’inscrit la candidate des Verts (sur ces idées reçues, voyez ces contributions).

« Un non français aurait-il plus de valeur qu’un oui espagnol ? »

Pour Mme Voynet, même le référendum français sur le Traité Constitutionnel Européen relèverait de “l’égoïsme national” : l’intérêt de l’Europe devrait pouvoir passer outre cela, du fait de la position minoritaire de la France. Une « nouvelle Constitution fédérale et parlementaire », débattue en Europe, et suivie d’un référendum « le même jour dans tous les pays de l’Union », serait donc nécessaire. Elle feint de s’interroger sur le résultat du 29 mai 2005 : « un non français aurait-il plus de valeur qu’un oui espagnol ? Je ne m’engage pas à aller expliquer cela à Monsieur Zapatero ! ». Au moins, les choses sont claires : Mme Voynet méprise le vote des Français, qu’elle voit plutôt comme la cause de « régressions nationalistes ou anti-européennes ». « Nombre d’idées fausses », « blessantes et injustes », ont circulé durant ce débat, « comme celle du plombier polonais », ajoute-t-elle. N’est-il pas malhonnête, madame la candidate, de réduire la question politique du dumping social à une simple question de sentiments et de tenter de réduire l’argumentation des opposants au traité constitutionnel à de la xénophobie ?

Comment croire, comme Mme Voynet le prétend, que cette « Europe multiculturelle », grâce à « l’intégration de la Turquie », serait « plus à même de faire entendre sa voix sur les grands conflits actuels comme le Proche-Orient ou l’Irak » ? Et si une politique des Affaires étrangères de l’Union, votée à la majorité comme le souhaite Mme Voynet, avait existé en 2003, sans aucun doute la France aurait-elle été engagée dans la catastrophique expédition en Irak. Et en quoi « les bonnes intuitions » françaises sur le Liban, « desservies, selon Mme Voynet, par un cavalier seul désastreux », auraient-elles été nécessairement suivies par ses voisins européens ? La France, dont le réseau diplomatique est le deuxième au monde, a une forte tradition de politique étrangère, et ses intérêts stratégiques ne sont pas simplement superposables avec ceux de la majorité de nos partenaires européens, dont une grande partie sont tendanciellement prédisposés à suivre les "maîtres du monde". La candidate n’en a cure : la France devrait même renoncer à son droit de veto au Conseil de Sécurité de l’Onu, au profit de l’Europe, et s’effacer "enfin" de la scène internationale. Tout cela au nom de la "réunification" de l’Europe. Mais de quelle Europe unifiée s’agit-il ? Pour quelle politique ?