Législatives 2012 - www.alain-koelger.fr
Législatives 2012 - 3ème circonscription du Haut-Rhin
Huningue - Altkirch - Ferrette - Dannemarie - Hirsingue
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Un nouveau député pour une nouvelle circonscription
TEXTE DU TRACT :
Alain KOEGLER, 68 ans
Plusieurs postes de responsabilité aux ministères de la coopération, des affaires étrangères (en administration centrale et à l’étranger), de l’intérieur, de l’équipement, chef de cabinet du ministre du logement Pierre-André Périssol, nommé sous-préfet de Toul en 1989, préfet en 2004 après avoir été à Sélestat, Narbonne, Castres, Mantes-la-Jolie et Béziers.
Distinctions : Chevalier de la légion d’honneur, officier de l’ordre national du mérite, chevalier des palmes académiques, chevalier du mérite agricole, médaille de la jeunesse et des sports, médaille pénitentiaire.
Le choix de mon suppléant ne résulte pas d’un calcul électoraliste, il se fonde sur des valeurs républicaines partagées.
Mathieu LAVARENNE, 35 ans
Professeur en lycée professionnel, président du cercle républicain 68, conseiller municipal à Mooslargue, correspondant de presse, homme de théâtre et musicien.
1. Une expérience et des compétences au service de l’intérêt général
Durant ma carrière, dans le secteur privé, dans différents ministères puis dans le corps préfectoral, j’ai appris à connaître les rouages de l’Etat et de la politique, à distinguer les grands enjeux, locaux, nationaux et internationaux. J’ai dirigé des chantiers de simplification administrative qui ont abouti. Je me suis investi dans des projets d’aménagement de territoire. En poste territorial, j’ai conseillé les communes, coordonné et dirigé les services de l’Etat. C’est toute cette expérience que je veux mettre au service de ma région et de mon pays. Je veux aussi la transmettre aux jeunes générations qui sont notre avenir.
2. Une voix forte et libre à l’Assemblée
Par mes responsabilités, j’ai toujours servi dans la plus stricte neutralité. Je me présente à vous dans le même esprit républicain, sans étiquette, pour apporter et défendre les idées qui feront avancer notre pays. A l’Assemblée, quelle que soit la majorité, quelle que soit l’opposition, grâce à mon indépendance d’esprit au-dessus des querelles partisanes, vous entendrez ma voix pour faire écho à la vôtre. Je rejoindrai le groupe parlementaire des députés indépendants.
Mon héritage politique, ce sont les valeurs portées par le général de Gaulle.
3. Un député à plein temps
Je suis contre le cumul des mandats. C’est un frein à l’efficacité. C’est aux citoyens de choisir des élus qui n’empilent pas leurs fonctions. Je m’engage donc à ne briguer aucun autre mandat durant la législature et à me consacrer exclusivement à vous, à notre région et à la France.
4. Un député au travail
A l’écoute des habitants, le député est législateur ainsi que porte-parole de sa circonscription et de son département. Il participe à l’élaboration de la loi, la même pour tous, par sa présence dans les commissions et son vote à l’Assemblée Nationale.
Je m’engage à faire et à soutenir des propositions de loi constructives :
--> pour la jeunesse et son insertion dans la vie professionnelle,
--> pour la réindustrialisation de notre pays,
--> pour l’emploi, pour la formation, contre les délocalisations
--> pour la sécurisation des PME face aux prédateurs de la spéculation financière et à la concurrence déloyale
--> pour une fiscalité juste et sans privilège
--> pour toutes les générations, une solidarité active d’accompagnement et non d’assistanat,
--> pour la sécurité qui privilégie la fermeté républicaine, sans angélisme ni brutalité
--> pour le maintien des services publics en milieu rural (école, Poste, gendarmerie, tribunaux, sous-préfecture…)
--> pour que l’exigence et la fermeté soient au service de la transmission des connaissances dans le monde éducatif
--> pour favoriser l’accession au logement,
--> pour la révision des contrats d’eau, de gaz, d’électricité et de téléphone qui défavorisent les plus faibles par des coûts excessifs de location de compteur et d’abonnement
--> pour que l’acquisition de la nationalité ne soit pas une simple formalité mais un engagement
--> pour la promotion du meilleur de notre droit local à l’échelle nationale
5. Une vision pour le territoire
Avec une mère ludovicienne, un grand-père bibliothécaire, un oncle conducteur de tram, un autre imprimeur, une tante employée de mairie, tous quatre à Saint-Louis, avec un père et un grand-père commerçants à Altkirch, c’est toute mon histoire personnelle qui s’inscrit dans cette nouvelle circonscription.
Par mon expérience, je mobiliserai tous les acteurs pour améliorer le fonctionnement de notre territoire :
--> promouvoir la diversité des atouts de la nouvelle circonscription
--> sécuriser et améliorer le réseau routier
--> améliorer les transports en commun et le co-voiturage
--> favoriser une agriculture et une économie de proximité
--> ne jamais perdre de vue le respect de l’environnement
--> créer des réserves foncières pour les activités industrielles
--> insérer toute la circonscription dans la Regio
--> sortir du flou et sécuriser par la loi le travail des frontaliers
Les leçons de l’Histoire
Les leçons de l’Histoire
Alors que l’Histoire disparaît tout simplement et si scandaleusement du programme obligatoire de terminale S, alors aussi que des lois mémorielles tendent à l’instrumentaliser en établissant un point de vue officiel sur des événements historiques, posons-nous quelques questions de fond pour éclairer le débat. Pouvons-nous véritablement apprendre quelque chose de l’Histoire ? Nous donne-t-elle des leçons ? Sommes-nous condamnés à répéter les erreurs du passé ? Ou bien la matière historique étant irréductiblement singulière, est-il impossible d’en extraire quelque chose d’utile ? Plus largement, à quoi sert-il de se tourner vers le passé ? Petit retour en arrière.
Le philosophe Nietzsche débute ainsi sa Deuxième considération intempestive : « Contemple le troupeau qui passe devant toi en broutant. Il ne sait pas ce qu’était hier, ni ce qu’était aujourd’hui : il court de-ci de-là, mange, se repose et se remet à courir, et ainsi du matin jusqu’au soir, jour après jour, quel que soit son plaisir ou son déplaisir. Attaché au piquet du moment, il n’en témoigne ni mélancolie ni ennui. » Si donc l’homme est un "animal doué de langage et de raison", il est aussi un animal historique. Comme le souligne Régis Debray, l'homme est « le seul animal à savoir quelque chose de son grand-père ». Nous, humains, nous inscrivons dans le temps, dans la filiation, dans la transmission, un pied dans le passé, l’autre dans le futur, à cheval sur un présent qui n’en finit pas de passer.
Commençons par distinguer les différents sens possibles du mot.
1/ L’histoire, c’est tout d’abord l’enchaînement des événements humains qui s’écoulent à travers le temps, c’est la matière historique, depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui. Nos moyens d’y accéder ? Les témoignages, les écrits (sur papier, parchemin, papyrus, bois, argile, pierre…), les objets (notamment funéraires), les différentes traces d’activité ou d’habitat…
2/ Plus spécifiquement, on associe la naissance de l’Histoire, comme fin de la Pré-histoire, à l’invention de l’écriture (il y a 5000 ans pour les Mésopotamiens, beaucoup plus récemment pour « nos ancêtres les Gaulois »). Autrement dit, le début de l’histoire, c’est lorsque l’on commence à avoir des écrits permettant de reconstituer pensées et événements qui ont animé la vie de nos prédécesseurs.
3/ Mais l’histoire, c’est aussi le discours que l’on tient sur cet enchaînement : la discipline historique consistant à raconter les événements a posteriori.
Les enjeux de l’histoire
Or, justement, comme il n’est pas possible de tout raconter, un choix doit nécessairement être fait entre ce qui est retenu et ce qui ne l’est pas. Entre ce qui doit être retenu et ce qui ne doit pas l'être. On saisit immédiatement les enjeux du débat et sa portée polémique. Pourquoi donc ceci plutôt que cela ? C’est tout l’enjeu de l’histoire comme discipline, un enjeu politique et même civilisationnel. Rédiger des programmes scolaires n’est ainsi jamais neutre. Il faut choisir, entre ce qui doit être enseigné et ce qui ne le sera pas, entre ce qu’il faut retenir et ce que l’on choisit d’oublier. C’est sans doute le plus grand et le plus difficile des choix. Les anciens ne s’y étaient pas trompés.
L’histoire monumentale
Faisons donc un détour par l’histoire de l’Histoire.
Si l’on remonte à ses origines, et avant même que le mot n’apparaisse, l’histoire se confond avec la poésie épique : épopée de Gilgamesh en Mésopotamie, Mahābhārata en Inde, Odyssée d’Ulysse… Avec un objectif majeur : la célébration de la grandeur, la consignation par la mémoire (d’abord orale puis écrite) de ce qui est digne d’éloge. L’aède, ce poète chanteur, est celui qui discrimine entre d’une part ce qui est voué à l’oubli et d’autre part ce qui mérite d’être mémorisé et transmis. Avec la part d’amplification, de transformation et d’exagération qu’entraîne une telle transmission à travers la succession des générations. Homère écrivait : « La Muse poussa alors l’aède à chanter les faits renommés des hommes ». Le poète, inspiré par les Muses, en racontant des histoires, confère l’immortalité à ce que l’époque considère comme la vertu. C’est ainsi que naissent les mythes et les héros, ces demi-dieux, et peut-être les dieux eux-mêmes.
D’emblée, la fonction de l’histoire, que l’on peut appeler monumentale (c’est-à-dire celle qui dresse des monuments par écrit) est donc de donner des leçons à ceux qui l’écoutent. Elle en-registre (met en registre) les records, au sens olympique du terme (et « record », en anglais, cela signifie précisément enregistrer).
L’historien, un enquêteur
L’histoire, telle que nous la connaissons aujourd’hui, vient donc de l’épopée mais elle en est sortie, elle s’en est séparée en s’y confrontant. Lorsque le mot historia apparaît en grec, avec Hérodote, il y a 2500 ans, il désigne avant tout un état d’esprit, une démarche intellectuelle : la démarche de celui qui se met en quête, qui va enquêter, voir par lui-même pour recueillir des témoignages et donner des garanties de la véracité de ce qui se raconte (histôr, c’est d’abord le témoin mais aussi le garant). C’est celui qui va comparer les différentes versions, les analyser, les classer en fonction de leur degré de vraisemblance. Ce n’est donc plus la Muse divine qui inspire et parle à travers le poète, mais la Raison humaine qui s’exprime à la première personne (Hérodote dit ‘je’) et se met ainsi à la portée de tous, y compris aux feux du doute et de la critique. Et il ne s’agit plus que des seuls hommes, de ce qu’ils ont fait de grand.
S’interrogeant sur les raisons de l’effondrement de l’empire athénien, Thucydide, l’autre grand historien grec, attribue une finalité pédagogique à l’histoire : il s’agit de tirer ces fameuses leçons de l’histoire, en faisant la supposition que les même causes qui ont entraîné un effondrement pourraient bien en entraîner un autre.
Quelques siècles plus tard, avec Polybe ou Diodore de Sicile, on entre dans une nouvelle ère, plus ambitieuse encore : celle de l’histoire universelle. Le but à atteindre serait de trouver les clefs de compréhension de la totalité de l’histoire du monde : tout ce qui s’est passé, tout ce que les hommes ont fait doit être saisi dans son architecture, il s’agit d’en dégager la logique globale à l’échelle de l’humanité. Alors les lignes du futur apparaîtront peut-être. Et ce sera la plus grande des leçons.
Toutes les hypothèses sont faites par les Grecs. Régression vers l’âge de fer depuis un âge d’or qui suscite de la nostalgie; progrès vers un accomplissement de l’histoire dans laquelle une rationalité immanente est à l’œuvre; théorie du cataclysme périodique dans le cadre d’une histoire cyclique; ou encore désordre le plus complet. Aucune de ces visions de l’histoire n’est neutre. Et l’on ne tirera pas les mêmes leçons selon la perspective dans laquelle on se situe.
L’histoire, une science humaine
Si l’histoire pouvait avoir le statut d’une science rigoureuse, alors ses leçons en seraient claires et indubitables. Au fondement de la science, il existe un principe, le principe de causalité : que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. C’est ce qui permet de prévoir des éclipses, tout comme les effets d’une transformation chimique, etc. Mais justement les leçons de l’histoire ne sont pas comme celles de la physique expérimentale, l’histoire des hommes est un tissu d’événements, toujours singuliers, dont les causes sont si variées et entremêlées qu’il est impossible à la raison humaine d’en faire une science dure. Et les leçons de l’histoire resteront toujours sujettes à caution et au débat.
Mais ce n’est pas parce qu’elle n’est pas une science dure qu’elle perd tout caractère scientifique. Devenir historien, et pas simple lecteur d’histoire, c’est mettre en œuvre une méthode de recherche et une rigueur dans l’expression. Si l’histoire ne peut pas être une science du fait de son objet, sa démarche doit être scientifique, notamment dans le traitement des sources et de leur recoupement. Le but de l’historien ne doit pas être de donner des leçons, il est de tendre au maximum à l’objectivité des faits, même si choisir des événements, c’est déjà juger.
Les leçons de l’histoire n’existent donc que par l’activité du lecteur. C’est à ce dernier d’en tirer profit pour sa compréhension du monde et pour son action.
A quoi sert l’histoire ?
En résumé, si l’histoire ne donne pas de leçons irréfutables, quels sont ses avantages ? Que nous apporte-t-elle si nous nous y plongeons ?
1/ Elle procède d’une volonté méthodique de classer les événements pour tenter d’en dégager les structures sous-jacentes. Quand bien même ce serait vain, la discipline historique reste une exigence de la raison de mettre de l’ordre dans le désordre des phénomènes. C’est ni plus ni moins l’un des fondements de la civilisation.
2/ L’histoire est un voyage, non dans l’espace, mais dans le temps. C’est une expérience de vie. En allant voir ce qui s’est fait ailleurs, il y a longtemps, nous relativisons notre position, nos conceptions. C’est un gage d’ouverture d’esprit. C’est aussi une condition de la connaissance de soi qui ne peut exister sans que l’on ne commence d’abord par sortir de soi pour découvrir l’Autre : qu’il soit grec ancien, romain de l’Empire, égyptien du temps des pharaons…
3/ L’étude de notre histoire nous permet aussi de savoir d’où l’on vient, de connaître les causes qui nous déterminent collectivement à être ce que nous sommes, et donc, là aussi, de mieux nous comprendre nous-mêmes et de mieux pouvoir nous corriger.
4/ L’apprentissage scolaire de l’histoire a pour but de donner des références identiques à tous et donc en ce sens « identitaires ». Il a aussi pour objectif de donner les repères chronologiques qui doivent permettre à chacun de se repérer dans le « tumulte des événements ». Quand nous avons en tête des dates comme 732, 1515, 1610 ou 1789 (ce qui n’est plus véritablement le cas des générations actuelles, parole de prof), j’ai non seulement une culture commune avec mon voisin, mais aussi de quoi ne pas situer la destruction de la ville romaine de Pompéi au XVIIIème siècle.
5/ La connaissance de l’histoire entraîne aussi une sérieuse augmentation du champ des possibles, donc des possibilités d’action au présent. Le même Nietzsche, dans sa considération intempestive sur l’utilité et les inconvénients des études historiques, écrivait que sa formation de philologue classique lui permettait « d’agir d’une façon inactuelle, c’est-à-dire contre le temps, et par-là même sur le temps, en faveur d’un temps à venir ».
L’anachronisme créateur
Car les plus grands anachronismes sont souvent les plus créateurs. C’est même paradoxalement quand l’histoire perd de sa scientificité qu’elle devient créatrice, lorsque deux époques se rencontrent, voire s’entrechoquent. C’est le cas de toutes les époques révolutionnaires : Renaissance, Révolution de 1789 ou encore celle de 1917. Et tous les grands révolutionnaires ont commencé par avoir les deux pieds dans le passé. C’est d’ailleurs cet ancrage historique qui leur a permis de porter une nouveauté à contre-temps. Les grands hommes ont toujours agi contre l’histoire. Tout contre, comme Sacha Guitry le disait des femmes. Et c’est justement comme cela qu’ils sont entrés dans l’Histoire.
Il faut donc les deux : la rigueur, la méthode scientifique de l’historien dont la (noble) mission est de mettre à disposition du matériel toujours neuf, toujours plus précis. Et c’est de la responsabilité des citoyens de s’en emparer pour analyser, critiquer ou bouleverser…
Pour en finir provisoirement
Tournons-nous à nouveau vers les leçons d’histoire, celles que les professeurs du même nom donnent à leurs élèves : que sont-elles devenues ? que deviendront-elles ? Les débats font rage. Sans doute à raison.
Depuis 2008, par exemple, Louis XIV et Napoléon Bonaparte ont été réduits à la portion plus que congrue dans les nouveaux programmes de collège, au profit de « l'ouverture aux autres civilisations de notre monde » et notamment au royaume médiéval du Monomotapa, dans l’actuel Zimbabwe. Quand bien même ce qui est proposé est très intéressant (tout comme le seraient la civilisation inca, l’Égypte antique ou le Moyen-Age japonais), est-ce bien judicieux de supprimer des fondamentaux de l’histoire de France ? Ou alors, augmentons la dotation horaire de la discipline !
Autre exemple, plus inquiétant encore : à la rentrée prochaine, en septembre 2012, les élèves des classes scientifiques (50% des élèves des sections générales) n’auront plus d’enseignement obligatoire d’histoire et de géographie en terminale. On exigera en outre des professeurs et de leurs élèves de faire en une année de première ce qui se faisait en deux. Conséquence de cette aberration : la chronologie disparaît, et l’on prétend ainsi enseigner la seconde guerre mondiale avant d’aborder la montée d’Hitler et le national-socialisme.
S’il y a bien une leçon de l’histoire à retenir, c’est que lorsqu’une société tourne le dos à l’histoire, c’est parce qu’elle se replie sur elle, c’est qu’elle ne vit plus qu’au présent, l’éternel présent du narcissisme. Et l’on sait ce qui est arrivé à Narcisse, à force de contempler sa propre image dans le reflet de l’eau. Il s’est noyé.
Thorium vs Uranium
Thorium vs Uranium
Un autre nucléaire est possible
Il y a un an déjà, les bonnes consciences clamaient haut et fort qu’il y aurait résolument « un avant et un après Fukushima », que la campagne présidentielle ne pourrait faire l’impasse sur la question nucléaire, question qui deviendrait peut-être même la principale question clivante du débat politique. Mais, malgré la semi-effervescence médiatique au moment de la date anniversaire de la catastrophe, le 11 mars dernier, force est de constater que les éléments de la réflexion n’ont pas encore véritablement été mis sur la table. Et lorsque le mensuel Sciences&Vie publiait récemment un gros dossier intitulé « Nucléaire : sans uranium, c’est possible », on aurait d’ailleurs pu s’attendre à davantage de réactions. D’autant plus que les propositions avancées sortent largement des sentiers battus et sont particulièrement réalistes. La solution pourtant déjà ancienne du nucléaire au thorium pourrait en effet préfigurer l’énergie nucléaire du futur, plus sûre, moins chère, plus efficace, moins proliférante, à condition qu’une volonté politique réoriente la recherche dans cette direction en y apportant les moyens financiers suffisants. Or, précisément, si les sentiers sont si profondément creusés dans le paysage politique actuel, c’est qu’il est bien difficile de faire évoluer les positions des uns et des autres, pro ou anti-nucléaire, arc-boutés sur leurs convictions dogmatiques. Faisons donc tomber les œillères et débattons enfin sérieusement.
Problèmes et reproches faits aux réacteurs classiques à eau préssurisée
Les principaux reproches faits aux centrales nucléaires de type REP (réacteur à eau pressurisée), utilisant de l’uranium comme combustible, sont :
- leur dangerosité en cas d’accident technique, d’attaque terroriste ou de catastrophe naturelle ;
- la manipulation, le traitement, le transport et le stockage de déchets radioactifs, dangereux sur des périodes très longues ;
- la limitation des ressources en uranium et notre dépendance à l’égard des filières d’approvisionnement, contrairement au mythe de l’indépendance énergétique par le nucléaire ;
- la complexité et le coût du démantèlement des centrales les plus anciennes dans les décennies à venir ;
- la prolifération du nucléaire militaire grâce à l’enrichissement de l’uranium.
Le thorium et les réacteurs à sels fondus
Or, contrairement aux apparences, cette technologie nucléaire à l’uranium n’est pas la seule solution envisageable.
Un autre nucléaire est possible : il a même déjà été développé il y a plus de 50 ans, et l’une des options potentielles a sérieusement été testée entre 1965 et 1969 par le Laboratoire National Américain de Oak Ridge, cœur du projet Manhattan ayant abouti à la conception et à la production des premières bombes atomiques dans les années 40. Il s’agit d’une technologie de réacteurs dits « à sels fondus » utilisant un autre actinide*, le thorium, en lieu et place de l’uranium.
*Actinides : terme générique qui désigne la série d’éléments possédant un numéro atomique entre 89 et 103 dans le tableau périodique des éléments : l’uranium et le plutonium en sont les plus connus.
Outre des ressources très abondantes, un procédé d’extraction moins polluant pour un minerai beaucoup moins dangereux, les réacteurs à sels fondus utilisant le thorium sont aussi plus rentables. Avec des risques très limités d’accident, de pollution et de prolifération nucléaire, aucune des trois catastrophes nucléaires majeures (Three Miles Island, Tchernobyl et Fukushima) ne serait arrivée, tout au moins avec des conséquences si dramatiques.
Pourquoi n’a-t-on pas fait ce choix dès les années 50 ?
A l’origine, les centrales actuelles n’ont été sélectionnées ni sur des critères de rendement, ni sur des critères de sûreté, ni sur des critères de sobriété en déchet, mais sur des critères militaires (production de plutonium). La solution au thorium n’aurait pas permis au nucléaire militaire de continuer à se développer. Or, en pleine guerre froide, la course aux armements battait son plein. L’uranium permettait de combiner nucléaire civil et militaire, ou plutôt de donner un prolongement civil au nucléaire militaire dont l’objectif reste la fabrication de bombes A puis H, mais aussi la propulsion nucléaire, notamment celle des sous-marins où la compacité dicte ses règles. Les scientifiques ont commencé à montrer la supériorité de l’option au thorium lorsque les premiers réacteurs à uranium entraient sur le marché, celle-ci n’a donc eu aucune chance de remporter l’adhésion. Les deux prototypes construits et testés à Oak Ridge sont d’ailleurs arrêtés en 1973 avec l’assèchement des crédits, faute d’intérêt militaire suffisant, au regard des possibilités de l’uranium dans ce domaine.
Pourquoi cet autre nucléaire n’est-il pas davantage médiatisé ?
La portée médiatique d’une telle solution est réduite à la portion congrue, c’est un fait.
Pourtant le CEA (commissariat à l’énergie atomique), l’IPN (institut de physique nucléaire), ainsi que le CNRS (centre nationale de recherche scientifique) travaillent sur le sujet depuis des années.
Le Club ’’Génération IV’’ regroupant les pays possédant la technologie nucléaire travaille sur la mise au point des réacteurs de 4ème génération. La France, plus en pointe sur les technologies ADS (réacteur piloté par accélérateur de particules) et l’amélioration des moyens de refroidissement des REP en utilisant le sodium liquide, a moins investi dans la recherche sur les centrales au thorium.
Quoiqu’il en soit, aucun parti politique, aucun candidat à la présidentielle ne mise sur cette solution, alors que l’on avait affirmé, après le 11 mars 2011 à Fukushima, que le nucléaire s’était invité dans la campagne présidentielle de façon inexpugnable.
Pourquoi un tel silence politique ?
- Le lobby nucléaire n'entend pas faire des investissements massifs sur un autre procédé, même s'il fonctionne... puisque ce qui existe fonctionne, même s’il est plus instable et plus dangereux.
- Par dogmatisme, les anti-nucléaires n'arrivent pas à parler positivement du nucléaire et à envisager un autre nucléaire.
- Le lobby des énergies dites renouvelables n'a pas intérêt à en parler et risquer de se couper l’herbe sous les pieds (l’un ne devrait pourtant pas empêcher l’autre).
Il est donc temps de faire bouger les lignes.
Quels avantages à développer des centrales au thorium ?
- Le thorium est un élément plus stable dont le procédé d’extraction est moins polluant que celui de l’uranium.
- Les ressources en thorium sont immenses (estimées à 4,4 millions de tonnes facilement exploitables) et nous en avons en France. Le thorium est un sous-produit inexploité de la monazite, elle-même sous-produit du minerai de titane.
- Le minerai de thorium est entièrement utilisable, alors que l’uranium 235 des réacteurs actuels représente seulement 0,7% de l’uranium extrait dans les mines.
- Les déchets sont beaucoup moins nombreux, moins dangereux et pour la plupart retraitables sur place, à l’échelle de la vie humaine. Le thorium produit jusqu’à 10 000 fois moins de ces éléments « transuraniens » dont la dangerosité dépasse les 100 000 ans. Après 500 ans, les autres déchets peuvent être traités comme les cendres issues de la combustion du charbon.
- Un réacteur au thorium permet de recycler une grande partie des déchets et même ceux des centrales actuelles.
- Le système est plus simple à gérer : il n’y a pas besoin de le garder sous pression, contrairement aux centrales actuelles (à 155 bars), la pression ambiante suffit.
- Le cœur ne peut pas s’emballer, la quantité de combustible étant ajustée au fur et à mesure des besoins, à l’inverse d’un cœur classique qui concentre 100t de matière fissile.
- La question du refroidissement en cas de panne est résolue : en cas d’arrêt d’urgence, le combustible est automatiquement vidangé par gravité dans des réservoirs pour évacuer la chaleur, grâce à un système de bouchons en sels solidifiés. Le cœur ne peut entrer en fusion et les drames de Fukushima, Three Mile Island ou Tchernobyl auraient été circonscrits.
- Le rendement d’une centrale au thorium est plus élevé, de 40% contre 35% actuellement.
- La technologie a déjà été validée dans les années 60, à l’inverse des ADS (Accelerator Driven System) qui n’ont encore jamais été construits, ou encore de la fusion nucléaire qui en est encore au stade de la recherche fondamentale.
- Des centrales nucléaires plus sûres entraînent logiquement une diminution du risque d’être prises comme cibles stratégiques.
- Le risque de prolifération militaire est très amoindri, les déchets étant beaucoup moins pratiques et plus dangereux pour l’usage militaire (dont la technologie est déjà difficile à maîtriser aujourd’hui).
- Il n’y aurait donc moins d'ambiguïté entre nucléaire civil et nucléaire militaire, ce qui priverait d’arguments les gouvernements qui jouent double jeu : un programme nucléaire civil aura du mal à justifier l’emploi de l’uranium si la filière thorium est opérationnelle, sans immédiatement dévoiler ses arrière-pensées.
- De telles centrales sont possibles à l’horizon 2025 ou 2030, si une ferme volonté politique se manifeste.
- La France conserverait une marge d’innovation en matière nucléaire, mais le temps presse, nombreux sont les pays qui ont déjà entamé le processus de développement des centrales au thorium (notamment l’Inde et la Chine).
- Les coûts de construction seraient sans doute moins élevés puisque les systèmes de sécurité seront moins nombreux et l’entretien plus facile. Il est d’ailleurs aussi possible de construire de petits réacteurs, sur une surface au sol très réduite.
- Comme pour les centrales actuelles, il n’y a aucune production de gaz à effet de serre.
Quels sont les obstacles au développement de cette technologie ?
Si le principe de fonctionnement en est acté et des essais sont déjà réalisés, il manque encore des éléments permettant de donner à cette technologie des gages sur le long terme, notamment par la conception de cuves résistantes à l’importante corrosion de la solution de sels fondus.
Il reste aussi des problèmes de radioprotection dans les centres de production du combustible, qui peuvent être aujourd’hui résolus par la robotique et la télé-manipulation.
Il faut encore mener des études de sécurité qui ne laisseraient rien au hasard, même si les enjeux sécuritaires sont différents.
Bref, rien d’insurmontable sur le plan technique, même si c’est tout le spectre des scénarios d’accident qui doit être redéfini, ce qui ne se fera pas en un clin d’œil.
Mais ce qui manque surtout, c’est la volonté politique, donc le pilotage et le financement d’un tel projet, au-delà des lobbies institués, sachant que de telles centrales pourraient commencer à remplacer notre parc nucléaire actuel à l’horizon 2025 – 2030.
Déjà le Japon, les Etats-Unis, et plus particulièrement l’Inde richement dotée en minerai (un quart des réserves mondiales) ou encore la Chine (l’académie de Shanghai vient de lancer il y a un an un vaste programme de 250 millions de dollars sur ce concept), se penchent sérieusement sur cette solution, avec des projets de mise en œuvre dans les vingt prochaines années.
Notre maîtrise du nucléaire est une force à l’échelle de la planète. C’est aussi, de ce fait, une grande faiblesse si, par une colossale inertie, elle nous enferme dans des dogmes qui, un jour ou l’autre, finiront par être éculés.
Nous devons donc réagir rapidement si nous ne voulons pas être distancés dans l’un des secteurs d’excellence de notre pays.
Conclusion
A l’heure de Fukushima et du réchauffement climatique, à l’heure aussi du réveil de nouvelles puissances émergeantes ou émergées, à l’heure encore du traité de non-prolifération nucléaire, les centrales au thorium sont une réponse sérieuse et argumentée à la problématique de l’énergie.
Lorsqu’en 1670, s’élevant au-dessus des intérêts particuliers, Jean-Baptiste Colbert faisait réaménager la fameuse forêt de Tronçay en futaie de chênes pour fournir à l’industrie navale de quoi doter la France de la plus puissante marine d’Europe, il savait bien que, du fait de la lente croissance de l’arbre, il ne verrait pas, de son vivant, le fruit de sa décision.
C’est là le modèle même de l’homme d’Etat, stratège de l’avenir, capable de se projeter dans le long terme, au service de l’intérêt général.
C’est d’une telle décision dont nous avons besoin aujourd’hui dans le domaine du nucléaire.
L’intendance suivra.
Pour aller plus loin
Science&Vie (novembre 2011) – « Nucléaire. Sans uranium, c’est possible », pp.60 à 79
CNRS, « Sels fondus et thorium : avenir du nucléaire ? »
CNRS, Programme sur l’aval du cycle électronucléaire (PACE)
Commissariat à l’Energie Atomique, Nucléaire du futur. Les autres voies. Le cycle thorium.
Institut de Physique Nucléaire d’Orsay, Etudes de systèmes innovants pour le nucléaire du futur
« Nucléaire : arrêtons Iter, ce réacteur hors de prix et inutilisable », tribune de Georges CHARPAK, prix Nobel de physique, Jacques TREINER, professeur émérite à l’université Pierre-et-Marie-Curie de Paris, Sébastien BALIBAR, directeur de recherche au CNRS
« Vers le thorium », entretien avec Daniel Heuer, physicien nucléaire
« L’atome vert. Le thorium, un nucléaire pour le développement durable » de Jean-Christophe de Mestral, éditions Favre - novembre 2011
« L’avantage essentiel, c’est la sûreté. C’est le seul type de réacteur régénérateur dont tous les coefficients de contre-réaction sont négatifs, c’est-à-dire que, quelle que soit la situation, il va forcément se retrouver dans une situation stable. Si vraiment il y a un problème, il va s’arrêter de lui-même ». Denis Heuer, physicien nucléaire, responsable du groupe physique des réacteurs nucléaires au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie de Grenoble (mars 2011).
« Le réacteur à sels fondus au thorium coche toutes les cases de garanties de sûreté ». Victor Ignatiev, physicien à l’Institut Kurchatov de Moscou
« Il me semble que l’industrie nucléaire a cessé de réfléchir depuis longtemps ». Jacques Repusard, directeur de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)
« L’inertie du système est telle qu’il faudra trouver une avantage décisif pour dévier notre paquebot de sa trajectoire ». Bertrand Barré, conseiller scientifique d’Aréva
Déséquilibre européen
L'Europe, l'Europe, l'Europe ?
C'est qui l'Europe ? C’est quoi l’Europe ? L'Europe des Commissaires non élus ? L'Europe des lobbies et de l’oligarchie mondialisée ? L'Europe du libre-échange dogmatique ? L’Europe qui dit « oui quand même » lorsque les peuples disent « non » ? L’Europe de la mise sous tutelle financière de régimes démocratiques ? L'Europe Goldman Sachs ? Cette Europe-là, on commence à la connaître. Et de près, de trop près… A qui et à quoi sert l’Europe aujourd’hui ? Y a-t-il une autre Europe possible ? Ou bien le « rêve européen » a-t-il pour fonction de nous faire accepter une réalité espérée comme transitoire, infiniment transitoire ? Les questions tourbillonnent dans la tête. Elles obligent à la réflexion et au bilan. En forme de coup de gueule.
Une entité politique ne peut réellement peser que lorsqu’elle est portée par une foi collective. Mais, dans l’Union européenne, le collectif n’est manifestement pas là, et pas près d’être là. Quant à la foi, c’est comme en bourse, quand il y a des doutes, tout s’effondre… Nous en sommes là. Et ce déficit, à la fois démocratique (gouvernement du peuple) et républicain (exigence de l’intérêt général) de l’Union européenne, est un des facteurs de sa marginalisation et de sa décrépitude actuelles.
Le risque de l’affrontement s’accroît. Les grands ressorts se tendent. On nous avait promis la prospérité, voici la crise. On nous avait promis la justice, voici l’oligarchie. On nous avait promis la paix, et voici que s’amoncellent les nuages noirs de la guerre (financière, économique, sociale, ethnique, civile…). Qu’il est loin le temps de la belle promesse d’un avenir radieux, de joie et d’allégresse. Et qu’il est triste aussi de voir que les mêmes causes produisent les mêmes effets : les dérèglements économiques qui ont conduit au krach de 1929 ont été suivis du pire. Les déréglementations des quarante dernières années nous ont méticuleusement préparé les conditions de la crise actuelle, chacun le sait ou le pressent, et le pire est sans doute à venir. Sauf sursaut citoyen et politique de grande ampleur.
Tentation post-démocratique
Quand un diplomate modéré comme Hubert Védrine martèle sur les antennes que la « tentation post-démocratique » en Europe n’a jamais été aussi grande et que nous en sommes à « l'extrême point de rupture entre le vote du citoyen et ce qui se décide en son nom », cela doit être pris au sérieux. Quand Jean-Pierre Jouyet, le président de l’Autorité française des Marchés Financiers met en garde contre la « dictature de fait des marchés financiers », il faut l’entendre et le digérer. Quand, dans les coulisses technocratiques, de hauts responsables européens se prononcent pour un « saut fédéral européen » par le biais d’un « despotisme éclairé », il faut surtout entendre « despotisme », c’est-à-dire abandon de la démocratie. Et cela fait froid dans le dos. « Eclairé » signifiant simplement que les citoyens imbéciles doivent maintenant se contenter de travailler, consommer, se divertir, et laisser place à ceux qui « savent »… Mais que savent-ils vraiment ? Savent-ils qu’ils ne savent pas ? Et qu’ont-ils appris de l’Histoire ? Tttttttt… Faut pas jouer les riches quand on n’a pas le sou...
Le rêve européen
A quand donc l'Europe des Peuples libres ? A quand l'Europe des projets industriels, l'Europe de l'investissement productif, l'Europe puissance, riche de sa diversité ? N’est-elle plus qu’une lointaine illusion, cette Europe de la coopération entre nations souveraines ? Colocation et intégration à marche forcée sont lourdes du pire. Notamment de la susdite marginalisation : non seulement marginalisation géopolitique, au profit de la zone Pacifique sur laquelle semblent dorénavant miser les Etats-Unis et la Chine, mais aussi, plus spécifiquement, marginalisation de notre modèle républicain (égalité devant la loi, identique pour tous ; laïcité ; services publics ; modèle social ; code du travail…) au sein de l'Europe et du monde, ce qui est au moins aussi grave.
Nous, Français, sommes en effet coupables de ces renoncements par esprit de faiblesse, par repentance permanente et auto-flagellation systématique. Nous avons pourtant un héritage millénaire, chargé du meilleur comme du pire, et c’est une responsabilité au regard de l’Histoire et de nous-mêmes. Mais nous n’en sommes actuellement pas à la hauteur.
Politisation croissante sur fond de méfiance
Du moins, nos « zélites », censées représenter l’intérêt général, sont-elles en plein décrochage politique. Selon le dernier baromètre Cevipof, alors qu’environ trois Français sur quatre considèrent que les responsables ne « s’occupent pas d’eux », qu’ils sont « plutôt corrompus » et que les notions de droite et de gauche sont devenues secondaires (parce que le véritable clivage est ailleurs), la politisation augmente paradoxalement : 60% des sondés disent « s’intéresser assez ou beaucoup à la politique », une augmentation de 5% sur deux ans. N’est-ce pas là le signe qu’il existe un boulevard politique pour qui saurait sortir des gonds de la pensée unique et présenter une véritable alternative, sérieuse et cohérente (tant sur le plan programmatique que sur le plan organisationnel) ?
Il y a besoin d’un rassemblement de forces aujourd’hui disparates mais qui défendent l’essentiel : le Peuple, la Démocratie, la République. Comme en 40, des querelles auparavant cruciales doivent être mises en veilleuse ou sur la touche. Pour ressortir après la tempête, logiquement et légitimement, car la vision irénique de la politique comme une grande ronde de Schtroumpfs dansant tous ensemble autour du feu reste une illusion porteuse de catastrophes.
Il ne suffira toutefois pas de jouer simplement la partition de la « grande coalition », c’est-à-dire du rassemblement de ceux qui nous ont menés au bord du gouffre et qui voudraient naïvement se sauver en sauvant l’organisation actuelle (notamment dans les domaines de la finance, de la monnaie, du commerce). Une telle alliance (comme on les voit poindre en Grèce, en Italie, bientôt ailleurs, sous l’œil sévère de la Troïka FMI, BCE, UE) aurait tout de même le mérite de nous prouver définitivement que l’opposition des « grands partis » est dorénavant factice. Les débauchages à « gauche » de Nicolas Sarkozy en 2007 l’avaient d’ailleurs déjà montré, tout comme auparavant la signature commune de Jacques Chirac et Lionel Jospin en bas des accords de Barcelone en mars 2002, programmant la vente à l’encan de ce qui nous restait de services publics, et donnant sérieusement pour objectif à l'UE de « devenir la région économique la plus compétitive, la plus dynamique et la plus prospère du monde et ce jusqu'en 2010 ».
La guerre économique
Et donc, l’Europe ? Eh bien justement, nous devons impérativement réveiller la France pour rééquilibrer l’Europe. Réveiller la France, mais comment ? Commençons d’abord par cesser de nous bercer, doucereusement et inutilement, au son des sirènes allemandes. Avant tout, parce que c'est humiliant de s’entendre asséner tous les jours que les autres sont les meilleurs et que nous sommes les moins bons, et parce qu’un peuple humilié finit toujours par se gonfler d'orgueil… Mais surtout parce que c’est contre-productif. Derrière les apparences (économiques), il y a une réalité (politique) dont les perspectives sont bien moins reluisantes. N’en déplaise aux nouveaux partisans du culte de la puissance matérielle.
A cet égard, il est intéressant de décortiquer la tonalité des positions officielles de la France et de l’Allemagne entre 1997 et 1998 quant à l’élargissement. On y observe une France qui émet des réserves institutionnelles et livre en filigrane la crainte que l’on aille un peu vite en besogne, par la bouche de Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères. Mais une France qui justifie tout de même l’extension vers l’Est au nom d’une formidable Europe politique et sociale (encore et toujours) à venir à travers un discours aussi généreux que creux et naïf : il y aurait « un impératif moral, une nécessité historique » à la réunification d’une grande « famille » (Jacques Chirac), l’Europe a besoin de vous, pays de l’Est, tout comme vous avez besoin d’elle (Lionel Jospin)... En revanche, de l’autre côté du Rhin, on est bien plus concret : il s’agit d’une « chance », d’une « opportunité », d’un « enjeu économique important pour l’Allemagne », « au vu de sa position géographique centrale », étant « le pays qui a le plus profité des bouleversements en Europe centrale et orientale » (Klaus Kinkel, ministre des affaires étrangères), c’est un processus naturel et inévitable « à compléter le plus vite possible » (Helmut Kohl).
La « réussite » allemande actuelle est en effet largement fondée sur ce choix : l’élargissement (à 27) de la zone de libre-échange européenne vers l'est, hors zone euro avec des monnaies faibles, et en même temps sur une zone euro (à 15) avec monnaie chère, dans laquelle l’Allemagne réalise plus de 80% de ses exportations. Autrement dit, le made in Germany est majoritairement du made in PECO à bas coût, importé d’usines délocalisées ou construites à l’Est, dont seul l’assemblage est réalisé en Allemagne avant d’être vendu en zone euro, garantissant une substantielle plus-value. Une belle opération. Mais qui n’est pas un modèle, ni pour l’Europe ni pour le monde. C’est plutôt un problème pour l’Europe. Tout comme le système grec est un autre problème européen (marché noir, corruption, maquillage des comptes, mais ça on le savait déjà quand la Grèce a adopté l’euro).
Or, comme la somme des imports-exports à l’échelle de la planète est nécessairement nulle, les pays excédentaires le sont obligatoirement sur le dos des pays déficitaires. Ce que l’on entend donc vanter est une logique aveugle de guerre économique de tous contre tous. Entre citoyens d’abord : pauvreté et précarité grandissante, absence de salaire minimum en Allemagne, etc. Entre Etats ensuite, y compris européens, par un système de prédation par l'exportation. C’est un modèle de conquête par les marchés qui déstabilise inévitablement ses voisins, entraînant toujours à plus ou moins long terme un inévitable retour de manivelle : en effet, à qui pouvez-vous encore vendre lorsque vos « clients » sont exsangues ? Sans compter que l’on a toujours raison de miser sur la stabilité de ses voisins pour vivre soi-même plus en sécurité.
La politique de l’équilibre, vocation de la France
En 1948, après les dérèglements du premier libéralisme dogmatique dont le krach de 1929 a été la cerise explosive, la Charte de la Havane a manqué de donner naissance à une Organisation Internationale du Commerce, exigeant de ses membres qu’ils « évitent de mettre en difficulté la balance des paiements d'autres pays ». Hélas, le Congrès américain n’en a pas voulu, comme il n’avait pas voulu de la SDN en 1919. C’était pourtant une bonne idée, qui reste toujours sur la table.
La compétition de tous contre tous est une des formes de la guerre. Ce n’est pas, ou en tout cas ce ne doit pas être le but de la politique. Car une politique digne de ce noble nom, ce n’est ni la guerre, ni l’économie qui n’est en ce sens que la guerre (de l’état de Nature ?) prolongée par d’autres moyens, plus retors mais moins sanglants. La politique, c’est au contraire la modération des passions, le cadrage des excès, quels qu’ils soient. La seule politique qui compte, la grande politique, est donc politique de l’équilibre, dans tous les sens du terme. Et il n’y a pas besoin d’avoir, dans un accès de virilité mal placée, ni la plus grande armée, ni la plus grande quantité de billets en circulation, ni la plus belle bourse, ni même le plus grand pays pour peser sur le cours du monde. Après 1940, avec de l’audace doublée d’une volonté à toute épreuve, De Gaulle a gagné d’incroyables bras de fer contre Roosevelt, Churchill ou Staline, et incarné avec efficience la grandeur de la France, n’ayant avec lui, en tout et pour tout, que quelques milliers d’hommes et de femmes convaincus et combatifs. Et nous ne serions plus capables d’en faire autant ?
L’équilibre, ce fut la vocation séculaire de la France, cela doit le rester. L'Allemagne est aujourd'hui notre amie, et nous devons, au nom justement de cette franche amitié, lui rappeler pourquoi la guerre, y compris économique, en poursuivant le modèle impérialiste de la conquête à l’extérieur, ne peut mener qu’au pire. Et la leçon est bien plus universelle. Elle vaut pour tous nos dirigeants, tentés par le culte de la puissance matérielle, et oublieux de la puissance symbolique, la seule respectable qui soit. Elle vaut aussi pour tous les citoyens qui pourraient croire que la compétitivité serait le stade ultime du bonheur.
Etre républicain, c’est justement vouloir l’équilibre et la modération, c’est vouloir l’intérêt général qui ne se superpose pas avec la somme des intérêts particuliers (puisqu’il doit être capable d’aller à l’encontre d’un intérêt immédiat, si puissant soit-il, au nom d’un intérêt supérieur et du long terme). Etre républicain, c’est vouloir l’unité de la nation et du peuple en prônant le pacte entre classes sociales, contre la tentation, récurrente au cours de l’histoire, du pacte oligarchique entre des élites plus ou moins mondialisées. Dans le dos des Peuples.
Europa, choisis ton camp.
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Front républicain
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Explosion des inégalités, chômage de masse, désindustrialisation, panne de l’ascenseur social, émiettement de l’école… Au-delà même de ses aspects financiers et économiques, la crise que nous traversons actuellement est aussi, et peut-être avant tout, morale et politique.
Divorce grandissant entre un peuple, qui oscille entre indifférence, abstention, vote protestataire, fatalisme, dégoût ou cynisme, et des élites ayant perdu le sens de l’intérêt général, et qui appartiennent désormais à une nouvelle oligarchie mondialisée et apatride.
Affaissement de la politique, devenue simple gestion des conséquences de ce que l’on appelle la mondialisation (et qui n’est finalement rien d’autre que la forme de nos renoncements successifs), sans faire l’effort d’en remonter jusqu’aux causes (par pure idéologie ou par impossibilité de se renier).
Crise de confiance des citoyens à l’égard de leurs élus, de droite comme de gauche… Car, si beaucoup restent encore sentimentalement (voire viscéralement) attachés à un clivage devenu largement fictif, force est de constater que les véritables questions clivantes de notre société dépassent de loin les actuelles chapelles politiciennes. Loin de vouloir effacer toute opposition (et nous transformer tous en petits êtres bleus, dansant et chantant au coin du feu, main dans la main…), les lignes de partage doivent être redéfinies, en bousculant sérieusement la configuration actuelle de l’échiquier politique. C'est à cette condition seulement que nous y verrons plus clair. Comme au 19ème siècle, lorsque les monarchistes étaient encore légions et que la solution républicaine faisait encore débat, la question d’aujourd’hui est à nouveau institutionnelle et gouvernementale. Quelle place pour la France dans le monde et dans l’Europe ? Quelle place pour la décision politique à l’heure du laisser-faire généralisé ? Quel avenir pour la République ?
Il est plus que temps de réagir. C’est à un front républicain, seule chance pour la France, seule réelle alternative à la politique d’alternance stérile, qu’il faut travailler, afin de rassembler les républicains au-delà des appartenances partisanes, rapprocher les tendances parallèles, mais aussi faire venir des citoyens qui se sont soit détournés de la politique, soit qui n’y sont jamais venus jusqu’à présent.
Il est nécessaire de tendre la main autour de soi, sur la base d’un consensus républicain à définir plus précisément, dans l’objectif général d’arrêter le démantèlement de l’Etat social et républicain hérité notamment de la Révolution de 1789, du Conseil National de la Résistance et de la Constitution de la Vème République.
– Principes –
- Défense de la République indivisible, laïque, démocratique et sociale (art. 1 de la Constitution de 1958), de ses valeurs, Liberté, Egalité, Fraternité (Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789) mais aussi de son modèle juridique qui fait prédominer la Constitution et la Loi sur la Jurisprudence.
- Réaffirmation de la Nationcomme communauté de citoyens indépendamment des origines, des appartenances religieuses et philosophiques (héritage de 1789 - art. 1 de la Constitution de 1958)
- Défense d’un modèle social (programme du CNR), qui malgré ses rigidités, voire grâce à elles, demeure un amortisseur social en période de crise et un garant d’équité entre les citoyens.
- Défense de services publics au plus proche des usagers (programme du CNR)
- Indépendancede la France qui, loin d’être devenue marginale, doit prendre la mondialisation à bras le corps, reprendre conscience que sa voix est attendue dans le monde, et reprendre confiance dans sa puissance symbolique (héritage gaulliste).
- Nécessité d’un Etat stratège, garant du long terme (héritage colbertiste)
- Action diplomatique en faveur d’une re-régulation de l’économie et de la finance, débridées de façon dogmatique depuis plus de 30 ans (accords de Bretton Woods de juillet 44 et Charte de la Havane de 1948). La France doit réunir autour d’elle une coalition d’Etats (en Europe et hors d’Europe, dans ses zones d’influence historiques et ailleurs).
- Œuvrer dans un esprit de justice sociale en faveur d’une répartition capital-travail plus équitable, en faisant rebasculer les 10% de PIB que le capital (principalement spéculatif) a grignoté sur le travail en une trentaine d’années (participation gaulliste) ; ce qui règlerait rapidement les problèmes d’équilibre de la sécurité sociale, de la retraite, et à terme de la dette, en s’appuyant en parallèle sur une fiscalité plus juste.
- Promotion du tissu industriel français par des mesures ciblées de protection contre la libéralisation débridée des échanges internationaux, en particulier avec les pays à bas coût de main d’œuvre (Charte de la Havane…). Ne pas rater le train du numérique. Création d'une dynamique PME-PMI autour de grands pôles publics ; participation des grands groupes privés à cette dynamique.
- Respect de la souveraineté nationale et populaire (héritage de 1789 – article 3 de la Constitution), au lieu de s’en couper, au service des nouvelles « puissances de l’Argent », de l’oligarchie mondialisée coupée des réalités populaires, dans une Europe de plus en plus technocratique, fondée non plus sur l’intérêt général mais sur une logique matérialiste dans laquelle prédomine le lobbying.
- Recentrage de l’Education Nationale sur ses missions de base après des années de réformite aiguë et de saucissonnage : l’instruction des esprits, la transmission des connaissances et des savoir-faire, bref la formation du citoyen. (héritage de 1789 et de la IIIème République)
- Refus du communautarisme qui dissout la notion de citoyen et met à mal celle de laïcité. (héritage de 1789 et de la IIIème République)
- Refus d’une régionalisation aux relents de féodalisme, qui ne fait que masquer les reculs de l’Etat. (héritage capétien)
- Refus de la concentration des organes de presse au service de lobbies, industriels ou bancaires.
- Défense d’une écologie non dogmatique, qui soit au service de l’Homme.
Etat des lieux politique 2002-2011
Un divorce grandissant
entre le peuple et ses "élites"
(actualisé en septembre 2011)
Pour repartir du bon pied, il faut d'abord faire un état des lieux, établir un bon diagnostic politique de la situation, en partant des faits électoraux. Si le divorce est grandissant entre le peuple et ses "élites" (en fait une nouvelle oligarchie mondialisée et apatride, comme ce fut déjà le cas à l'époque hellénistique après l'effritement de la démocratie athénienne; ou encore à l'époque romaine, lorsque la vieille République a mué en Empire), une insurrection électorale est toujours possible. Pour peu que l’on sache tirer les leçons du passé. Car ce n'est pas le Peuple qui manque. Ce sont des représentants dignes de ce nom. Rappelons-nous.
21 avril et 5 mai 2002 – ELECTION PRESIDENTIELLE. Présentée pendant des mois comme se résumant au duel Chirac-Jospin, cette élection s’est soldée par l’accès au second tour de l’épouvantail Le Pen. Ce scrutin n’a été une victoire que pour l’abstention (atteignant presque 30%, du jamais vu à une élection présidentielle) et le vote protestataire (19% pour l’extrême droite, 14% pour l’extrême gauche, soit un tiers des suffrages exprimés). Les scores des candidats au premier tour étant ridicules au regard de l’échéance : Chirac : 13,75% des inscrits – Le Pen : 11,66 % – Jospin : 11,19%. La situation politique est bloquée : alors que la grogne n'a jamais été aussi forte, c'est le président sortant qui rafle la mise. Et l'autocritique (attendue) des politiques, des médias, des élites en général, n'a pas été au rendez-vous. Au contraire, ce sont les citoyens français qui furent sommés d'avoir "honte" de leur vote. Mais à qui la honte ?
6 juillet 2003 – REFERENDUM sur le statut de la Corse. 51% des électeurs se sont prononcés contre l’aventure institutionnelle, malgré l’appel insistant à voter "oui" lancé par la quasi-totalité de la presse et des partis politiques. Il s’agissait en outre de la première mise en œuvre de la LOI organique n° 2003-705 du 1er août 2003 relative au référendum local, qui avec l’aide de la LOI constitutionnelle n° 2003-276 du 28 mars 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République contrevient au sage principe d’indivisibilité de la nation, qui énonce que la loi doit être la même pour tous (A l'article 1er de notre Constitution qui affirme que "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale", il a en effet été ajouté : "son organisation est décentralisée", ce qui soit dit en passant ne veut pas dire grand chose, si ce n'est peut-être un désir sous-jacent inavoué).
7 décembre 2003 – REFERENDUM sur la GUADELOUPE et de la MARTINIQUE. Après ceux de Corse, nos concitoyens des Antilles, refusent à leur tour des statuts qui dérogent à la loi commune de la République. Contrairement aux attentes des maîtres censeurs, 73% des Guadeloupéens et 51% des Martiniquais rejettent la suppression des départements et leur régionalisation.
21 et 28 mars 2004 – ELECTIONS REGIONALES et CANTONALES. Deux ans à peine après avoir été quasiment "contraints" de voter massivement pour J. Chirac (82 % !), les citoyens corrigent la donne et laissent 20 régions métropolitaines sur 22 au PS. Ce vote de rejet sanctionne une « majorité » très peu légitime, sortie des urnes par la force en 2002, et les politiques de son gouvernement (l’UMP n’atteint que 6,8% des inscrits ! Les six ministres UMP-UDF en tête de liste sont battus). On observe la même tendance lors des élections cantonales : la « gauche » obtient 10 départements supplémentaires.
13 juin 2004 – ELECTIONS EUROPEENNES. Plus que jamais, c’est l’abstention qui sort vainqueur du scrutin avec 57,5%, taux jamais égalé pour un scrutin national de la 5ème République (sauf referendums sur la nouvelle Calédonie en 1988 : 63% et sur le quinquennat en 2000 : 70%). Dans ce scrutin régionalisé pour la première fois, pas moins de 41 listes très hétéroclites se sont présentées devant le suffrage. Certains se sont autorisés à croire que les Français se normalisaient enfin dans la post-démocratie européenne (abstention massive et rejet de la politique comme lot commun et inéluctable). Erreur.
26 septembre 2004 – ELECTIONS SENATORIALES. Malgré l'union des droites et du centre avec la création de l'UMP le 23 avril 2002 (congrès fondateur, le 17 novembre 2002, avec la dissolution officielle du RPR et de Démocratie Libérale), la droite perd la majorité absolue dans une chambre qui la lui accordait pourtant depuis le début de la Vème République. Le PS passe de 83 à 97 sièges.
29 mai 2005 – REFERENDUM SUR LE TRAITE CONSTITUTIONNEL EUROPEEN. Le plus grand signe du divorce entre la nation et ses élites était pourtant à venir : le 28 février 2005, par 730 voix pour, 66 contre, 96 abstentions, soit 92% des parlementaires (députés et sénateurs), nos représentants ont voté "oui" au traité constitutionnel. Avec les principaux partis politiques, les médias (presse, radio, télévision) dans leur presque unanimité ont continué de mener une campagne invraisemblable pour le "oui" en diabolisant, culpabilisant, faisant même un chantage à la catastrophe. Rien n’y fit, après un débat profond qui a touché toutes les chaumières, le 29 mai les Français ont voté "non" à 55%, avec un taux de participation de 70% qui n’a laissé aucun doute sur leur détermination.
22 avril et 6 mai 2007 – ELECTION PRESIDENTIELLE. Avec un taux de participation record, digne des démocraties où le vote est obligatoire, les Français ont montré ce qu’ils attendaient : que la politique joue pleinement son rôle. Déjà durant la campagne, le taux d’audimat des émissions politiques avait été doublé. Les trois principaux candidats n’ont pu faire campagne qu’en prenant la posture de la « rupture », quand bien même cela ne correspondait pas à la réalité. Nicolas Sarkozy a ainsi été élu sur des questions sociales, et sur une demande de protection de la France contre la globalisation. Peu de temps a été nécessaire pour mesurer l’écart entre ce qui a été promis et les actes. Dès l’entre deux tours, sur le problème de l’indépendance de la Banque centrale européenne, il s’est renié. De plus, le fort score de François Bayrou a montré à quel point les Français ne se reconnaissent plus dans le clivage apparent entre libéralisme social et social libéralisme. Paradoxalement, car le candidat centriste incarne précisément cette même idéologie libérale, d’acquiescement à la mondialisation.
(Compléments 2007-2012)
Comme lors du précédent cycle, les votes des citoyens ont à chaque fois été des votes d’opposition plutôt que des votes d’adhésion. Deux élections consécutives et significatives n’ont jamais été gagnées par un même camp, les Français assénant des coups de bambou à droite et à gauche. Même l’élection présidentielle de 2007 a été un vote de d’opposition, le candidat UMP ayant été obligé, pour gagner, de se présenter comme « la rupture » à l’égard du président issu pourtant de son propre camp. Ce sera sans doute la même problématique en 2012.
Février 2008 – RATIFICATION PARLEMENTAIRE DU TRAITE DE LISBONNE (TME). Alors que le vote de 2005 avait été clair, la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne n’a pas fini de produire ses effets pernicieux. Fondé sur une série de mensonges au sommet (un traité non simplifié mais complexifié, sous le nom de Traité Modificatif Européen ; non un traité nouveau mais une copie remaquillée du TCE de 2005 ; non une initiative de Sarkozy mais le fruit du groupe de travail Amato ; un traité non simplement fonctionnel mais bel et bien constitutionnel), noyé sous une chape de plomb médiatique, loin de « mettre un terme à des années de polémiques », ce traité illégitime confine purement et simplement à un coup d’Etat oligarchique dont la démocratie ne se remettra pas facilement. Les stigmates resteront longtemps profondes.
9 et 16 mars 2008 – ELECTIONS MUNICIPALES et CANTONALES. Lors de ces élections, 42 % des inscrits ne se sont pas exprimés (vote blanc, nul ou abstention). Une majorité de grandes villes ont été acquises à la « gauche », qui est pour autant restée au coude à coude en voix cumulées. Après un début de présidence particulièrement « bling bling », le capital crédit de Nicolas Sarkozy est déjà fortement érodé. L’état de grâce n’a pas tenu. La rupture attendue par l’opinion se révèle désastreuse, encore pire que l’inaction. C’est la République et l’esprit des Institutions qui sont atteints. La déception chez les couches laborieuses, mais aussi dans une certaine droite morale et gaulliste, est à la hauteur des espérances passées (cf. les discours ouvriéristes de la campagne, le volontarisme affiché, les fondamentaux de la République mis en avant dans les discours écrits par Guaino…). Aux cantonales, la gauche gagne 6 départements supplémentaires (51 présidents appartiennent au PS et 30 à l’UMP).
21 septembre 2008 – ELECTIONS SENATORIALES. Les sénateurs sont désormais élus pour 6 ans. Ces élections ont connu un succès plus fort qu'attendu pour la gauche qui gagne 21 sièges. A droite, à l’inverse, on a connu des reculs plus importants que ceux qui avaient été pronostiqués.
Mars-avril 2009 – RETOUR DANS LE COMMANDEMENT INTREGRE DE L’OTAN. Ce retour a marqué une rupture dans la politique étrangère de la France. Les sondages ayant montré une opposition massive, de nombreux membres de la majorité étant aussi gênés aux entournures, le gouvernement a dû engager sa responsabilité, montrant sa volonté de passage en force. Les quelques maigres avantages (deux ou trois gradés de plus sous commandement américain pour agir dans une logique de minorité influente) ne font pas le poids face aux inconvénients. Ce fut un geste éminemment symbolique d’allégeance aux Etats-Unis, et surtout d’alignement de la France dans une logique de conflit des civilisations que le refus de 2003 avait pourtant heureusement désamorcé. Ce geste s’inscrit de plus dans une série d’abandons néfastes pour notre politique internationale, pourtant mère de toutes les autres politiques si nous voulons être capables de nous attaquer aux causes globales de nos problèmes (liés à l'idéologie de la mondialisation néo-libérale) et pas simplement à leurs conséquences locales (les "problèmes concrets des Français", certes réels, mais dans lesquels la nouvelle oligarchie souhaite enfermer le débat politique).
7 juin 2009 – ELECTIONS EUROPENNES. Avec 27,88 % des suffrages exprimés (contre 16,4% en 2004), l’UMP, le Nouveau Centre et la Gauche Moderne, obtiennent la majorité relative des sièges français (29 députés sur 72). Nouveau message des Français, le PS, qui se croyait le vent en poupe depuis les élections de 2008, recule très fortement (de 28,9% en 2004 à 16,5% en 2009), de même que le MoDem (UDF : 12% en 2004 contre 8,5% en 2009). Les écologistes obtiennent quant à eux un score important (16,3 % pour Europe Écologie et 3,6 % pour l'Alliance écologiste indépendante). Mais l’abstention bat un nouveau record avec 59,4%, la moyenne en Europe étant de 57%, avec toutefois trois pays où le vote est obligatoire (Belgique, Grèce, Luxembourg). Il faut tirer les leçons de ce désintérêt, au lieu de poursuivre la non-politique de l'autruche. Cela ne se fera pas sans grandes réformes européennes.
10 et 24 janvier 2010 – REFERENDUMS sur l'évolution institutionnelle de la MARTINIQUE et de la GUYANE . La consultation du 10 janvier proposait une autonomie accrue de la Martinique et de la Guyane, en remplaçant le statut du département et de la région par celui de Collectivité d'Outre-Mer. Malgré l'abstention de près de la moitité des électeurs, 79% des Martiniquais et 70% des Guyanais ont voté "Non" à cette question que visiblement ils ne se posaient pas. C'est dire combien l'idéologie de l'autonomie des régions (car c'est bien de cela qu'il s'agit dans ces "zones test") trouve son origine dans l'oligarchie actuelle qui, tout en donnant l'impression de rapprocher le pouvoir des "gens" sous le vocable trompeur de la "démocratie locale", a besoin de diviser, de différencier, pour régner (oligarchie à laquelle il convient d'ajouter toutes les cohortes d'"idiots utiles", ces Don Quichotte qui provoquent toujours pire que ce contre quoi ils prétendent lutter, au nom de la pureté de leur idéal de Justice et de Liberté).
Le 24 janvier, seuls 25% des citoyens se sont déplacés pour donner leur avis sur la création d'une entité territoriale cumulant les prérogatives des départements et des régions. Le "oui" l'a emporté avec 68 et 57% des suffrages exprimés. C'est toujours ça de pris pour un gouvernement qui souhaite à terme la disparition des départements.
Prochaine étape de l'aventure institutionnelle (dont la possibilité a été ouverte par la loi de 2003 sur le referendum local) : ce qui a raté en 2003 avec la Corse, la Guadeloupe et la Martinique, puis en 2010 avec la Martinique et la Guyane, il faudra le retenter en Alsace. C'est en ce sens que Philippe Richert, président du Conseil Régional d'Alsace, deviendra ministre chargé des collectivités territoriales en novembre 2010, mettant immédiatement sur la table un projet de fusion des deux départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, soufflant quoi qu'il en dise sur des particularismes locaux hérités d'une Histoire sinueuse et douloureuse. Mais le résultat est loin d'être acquis, malgré la surenchère régionaliste d'une très grande partie de la classe politique alsacienne, gauche-droite confondues.
14 et 21 mars 2010 – ELECTIONS REGIONALES. En mars 2010, 53,6% des électeurs se sont abstenus, un record pulvérisé, pour une élection régionale. En 2004, au 1er tour, l'abstention avait été de 39,1%. Le précédent record avait été établi en 1998, quand le scrutin régional n'était qu'à un seul tour, avec 42,3%. Un recul de participation à analyser comme un discrédit grandissant du politique et un indice de la déception après la forte mobilisation et les nombreux débats de 2007, entre autres. On a parlé pour ces élections de « vague » rose et verte, c’est donc à relativiser puisqu’il n’y a pas de quoi pavoiser. A noter que les Verts, dans le cadre élargi d’Europe Ecologie, ont confirmé leurs alliances fédéralistes, régionalistes et autonomistes (acceptées par le PS dans le cadre des alliances du second tour). Le Modem s’est effondré, avec 4,2% des suffrages exprimés au premier tour, la barre des 5% n’étant pas atteinte, contrairement au Front de Gauche qui dépasse légèrement ce seuil. Au niveau national, la majorité essuie le plus cinglant revers de son histoire (avec 26,18% des suffrages), largement devancé par le PS. Très symbolique, les huit ministres ou secrétaires d'Etat têtes de liste ont été battus : Darcos, Pécresse, Joyandet, Novelli, Marleix, Bussereau, Létard et Le Maire. 22 des 25 régions seront dirigées par l’alliance PS-écologistes. Seules l’Alsace, la Guyane et la Réunion restent dans l’escarcelle UMP. C’est presque un grand Chelem pour le PS, mais là encore, à part les intéressés qui se cachent derrière leurs œillères, qui peut vraiment croire qu’il s’agit d’un vote d’adhésion idéologique ?
20 et 27 mars 2011 – ELECTIONS CANTONALES. Au premier tour, abstention record, accentuée par un scrutin découplé de tout autre vote : 55%, contre 35% aux cantonales de 2008 et 36% en 2004, soit 20% de plus. Poussée du Front National de Marine Le Pen (qui a pris la succession de son père le 16 janvier 2011) à 15,2% : 394 candidats FN présents au 2nd tour (204 duels avec le PS, 89 avec l’UMP, 37 avec le PCF). Le score moyen du FN dans les 1426 cantons dans lesquels il se présentait (sur 2026) est de plus de 20% (12% en 2004, deux ans après que Jean-Marie Le Pen soit qualifié pour le second tour). Sanction forte contre l’UMP, dont l’étiquette a été boudée par les candidats qui ont préféré se présenter sans aucune étiquette ou sous une variante (800 listes ont refusé l’étiquette UMP, par ex. la « Majorité Alsacienne »). Avec environ 17% des voix à l’échelle nationale, le plus mauvais score tous scrutins confondus, on peut parler de déroute, moins d’un an après la réforme des retraites passée en force et après plusieurs débats dont la fonction était de ramener l’électorat frontiste dans l’escarcelle présidentielle. Preuve que la peur de l’immigration n’est pas principalement ce qui dope le vote FN, mais bien plutôt la question nationale dont le Front s’est emparé sur fond de crise européenne, depuis la trahison du vote de 2005. A 8,5%, les écologistes confirment leur repositionnement sous les 10% après l’envolée de 2009. Le Front de Gauche capitalise quelques points en plus à 9%. Le PS plafonne à 25% malgré la fenêtre de tir ouverte par la déception des électeurs de Nicolas Sarkozy.
Même taux d’abstention au second tour : la crise politique est profonde. Avec 18%, l’UMP perd 8 points par rapport à 2008 et le PS 3 points à 36%. Avec 11,1%, le FN dépasse les moins de 1% de 2004. Par la voix de M. Copé, l’UMP s’enfonce dans la surdité en en déduisant que les Français plébiscitent la réforme territoriale de 2014 et son scrutin « simplifié », mais aussi qu’il faut dorénavant regrouper départements et régions. François Hollande pense aussi à regrouper les scrutins… Pourtant, plus que de l’indifférence, c’est un rejet pur et simple qui est manifesté. L’UMP s’effondre, le PS ne rafle pas la mise qu’il espérait. Le FN obtient quelques élus, beaucoup moins que « prévu ». Le « Front républicain » a fonctionné une nouvelle fois, avec des scores de république bananière pour les candidats PS ou UMP en duel avec le parti de Marine Le Pen, preuve que le vote FN, en plus d’être un danger pour le pacte social (division profonde du pays, déchaînement des haines et des ressentiments), est aussi une impasse, puisqu’il ne fera que permettre plus longtemps une reconduction des partis dominants en salissant de véritables thématiques d’opposition. Sa percée est le fait, non du discours sécuritaire et anti-immigration (puisque Guéant et Sarkozy ont tenu un discours similaire), mais de la lutte contre la réalité de la mondialisation et de l’Europe des marchés, avec leurs lots de délocalisations, de licenciements, de dumping social, salarial, politique. Nouveautés dans la donne politique : des syndicalistes CGT ou CFDT ont porté les couleurs du FN. Les effets désastreux du Traité de Lisbonne et de la gifle donnée aux Français qui avaient refusé le TCE en 2005 n’ont pas fini de produire leurs effets. La cartouche du remaniement a déjà été tirée deux fois en moins d’un an, et le premier ministre est tout autant évanescent.
25 septembre 2011 – ELECTIONS SENATORIALES. Victoire historique (en trompe l'oeil) de « la » gauche qui remporte la majorité absolue au Sénat (avec toutefois seulement 177 sièges sur 348), pour la première fois depuis le début de la 5ème République (si l'on excepte la présidence de Gaston Monnerville entre 1947 et 1968, tout de même). Réciproquement, très cuisant échec pour la majorité présidentielle, une nouvelle fois désavouée, cette fois-ci par les élus locaux, dont beaucoup ont été largement échaudés par le désordre et l'impéritie des réformes menées par le gouvernement : nombreux transferts de charges financières sur les collectivités territoriales sous couvert de décentralisation, suppression à l’aveugle de la taxe professionnelle, progressive désertification des territoires ruraux par les services de l’Etat et par ce qu’il reste des anciens services publics, intercommunalité à marche forcée sous la férule préfectorale, réforme territoriale qui menace les départements, etc. Certes la défaite avait été pressentie, mais pas aussi lourde (cas symboliques : défaite du ministre de la Ville Maurice Leroy, liste UMP devancée par la gauche dans les Hauts-de-Seine, victoire du dissident Pierre Charon à Paris). A noter aussi une forte poussée du vote protestataire, notamment pour le Front National qui, sans obtenir de sénateur, voit le nombre de ses voix multiplié par 3 ou 4 par rapport aux précédents scrutins.
Les "vainqueurs" d’un soir auraient donc tort de pavoiser : ce vote est à nouveau un « non » avant d’être un « oui ». Grâce à la persistance de ces 36 000 communes de France que l’oligarchie souhaiterait davantage corseter et museler, en les vidant de leur substance au profit d’une intercommunalité abstraite et bien plus lointaine, la moitié environ des « grands électeurs » qui ont eu à s’exprimer sont des représentants de petites communes de moins de 3500 habitants (près de 90% des Communes), dont beaucoup sont apolitiques ou dépolitisés. Encore une fois, derrière ce vote, il faut entendre l’amplification de la grogne populaire et l’attachement des Français à leurs institutions séculaires : Commune, Département, Etat. C’est un nouveau cri contre l’imposition à la France, par le fait d'élites de plus en plus déconnectées, d’un modèle qui ne correspond ni à son esprit ni à son expérience historique plus que millénaire. Un cri dont il n'est vraiment pas sûr que ladite gauche sache l'entendre...
A venir : présidentielles (22 avril - 6 mai 2012), législatives (10 et 17 juin 2012), consultation référendaire sur les institutions en Alsace (automne 2012?), territoriales (2014), municipales (2014), européennes (2014)...
De l’humour noir au fait divers
De l’humour noir au fait divers
A l’heure où, entre autres faits divers, un contrôleur de la SNCF s’est fait poignarder dans un train par un individu présentant, selon l’expert psychiatre mandaté par la justice, « des défauts de contrôle de ses pulsions et de ses actes » mais dont l’état reste « compatible avec la garde à vue et une éventuelle incarcération », il est utile de se poser à nouveau la question de la représentation de la violence, notamment à l’école. Jusqu’où peut-on aller ? Avec quelles conséquences ?
Tout le monde ne connaît pas Max Aub (1903-1972). En tout cas, tel qu’il est présenté dans un manuel de français publié par Nathan Technique, dans le cadre des nouveaux programmes de CAP, on le découvre écrivain espagnol « ami de Picasso, de Salvador Dali ou encore d’André Malraux ». Auteur notamment d’un livre intitulé « Crimes exemplaires » (1957), dans lequel « différents narrateurs racontent comment, dans des circonstances précises, ils ont été poussés à tuer leur semblable, qui les avait poussés à bout ». Bref, de parfaites victimes…
Certes, il s’agit là d’un livre couronné en France du « grand prix de l’humour noir », une forme d’humour qui, selon le dictionnaire, « souligne avec cruauté, amertume, parfois désespoir l’absurdité du monde ». Que ce genre de littérature existe, cela ne pose évidemment pas problème. Il y a d’ailleurs bien pire, bien plus polémique. Et que l’on puisse y prendre plaisir, c’est assurément une affaire de goût. Mais l’on ne peut que s’interroger sur le bien fondé d’en publier de larges extraits (six sur quatre pages) dans un ouvrage scolaire, dans un chapitre sur « la mise en scène et la résolution du conflit », lui-même inscrit dans l’un des quatre objectifs majeur de la formation : « s’insérer dans le groupe ». Et, qui plus est, à destination d’élèves de CAP, de plus ou moins 16 ans, dont certains ont parfois un parcours déjà cahoteux et chaotique, et dont la maîtrise des pulsions n’est, pour le moins, pas toujours optimale.
Règne de l’impulsivité
Premier “agresseur” présenté aux élèves : un voisin de table souriant qui remue bruyamment son café au lait à la petite cuillère. « L’homme continuait à remuer, à remuer, immobile, et souriait en me regardant. En moi, quelque chose se souleva. (…) Et il continuait de me regarder en souriant. Alors j’ai sorti mon revolver et j’ai tiré ». Point final. Il n’avait qu’à pas.
Autre malotru, parmi d’autres : l’automobiliste maladroit. Texte intégral : « Il m’avait éclaboussé de haut en bas, ceci passe encore. Mais il avait surtout entièrement trempé mes chaussettes, et ça, je ne puis pas le supporter, je n’y résiste pas. Pour une fois qu’un piéton tue un malheureux chauffeur, on ne va pas ameuter la terre entière. »
Evoquons aussi le dentiste étranglé pour avoir nettoyé des caries douloureuses, ou encore cette dactylo impulsive et sûre d’elle qui exécute froidement le chef de bureau trop exigeant qui lui avait fait recommencer plusieurs fois son travail…
Manquent à l’appel de ces petites scénettes le professeur rendant une mauvaise note à un pauvre élève victime de la société ou encore le contrôleur SNCF qui oserait demander un titre de transport à un voyageur « poussé à bout »... Ils ne feraient pas tache.
Cathartique ou toc ?
Sans doute faut-il ici ressortir l’antique débat sur la « catharsis », cette purgation des émotions mauvaises qu’Aristote met au crédit du théâtre tragique, sans que l’on ne s’accorde aujourd’hui encore sur les modalités de ladite purification. La mise en scène de la violence nous permet-elle de la mettre à distance, de mettre des mots dessus et donc de l’évacuer, ou tout au moins de la circonscrire ? Ou bien la fréquentation de la violence induit-elle la complaisance à son égard et donc sa banalisation ?
C’est évidemment la responsabilité d’un enseignant que de faire ressentir la nuance et le second degré d’un texte, mais quel est ici l’objectif ? Que veut-on faire dire ou faire comprendre aux élèves ? Car ce qui laisse encore plus perplexe dans cette histoire, c’est la teneur des questions qui accompagnent ces extraits. Florilège : « Montrez, en prenant des exemples dans le texte, que l’énervement du narrateur est évident ». « Que pensez-vous des motifs invoqués par le chef de bureau [celui qui a le tort d’être perfectionniste] ? » « Quels sont les arguments invoqués ici pour justifier le meurtre ? » « L’assassinat est-il représenté ? Quel effet cela produit-il selon vous ? » « Que nous montrent [ces histoires] sur les implications du conflit ? » Que répondre ? On peut légitimement être saisi par le doute.
Reste alors un malaise. D’autant plus grand que le décalage prérequis par l’humour noir semble passablement se réduire lorsque la réalité rattrape la fiction. Au travers d’un fait divers glaçant. Ou tout simplement dans le quotidien de tant d'acteurs de l'éducation qui constatent de visu la montée des comportements impulsifs (et donc violents) au sein des établissements.
Alors, humour noir formateur ou banalisation de la violence et de l’impulsivité ? Les deux sans doute. Mais le contexte et l’actualité font résolument pencher la balance du côté obscur.
Chevènement 2002
Une échappée ratée…
Le 4 septembre 2001, date symbolique s’il en est (proclamation de la IIIème République par Léon Gambetta le 4 septembre 1870 – proclamation de la Vème par Charles de Gaulle le 4 septembre 1958), Jean-Pierre Chevènement fait partie des premiers candidats à se déclarer officiellement pour les présidentielles de 2002. Une campagne qui va l’opposer au président sortant Jacques Chirac et à son premier ministre de cohabitation Lionel Jospin. Une candidature justifiée par l’intéressé du fait de l’absence de souffle et de vision stratégique dans les programmes des partis du système. Pendant plusieurs mois, Chevènement a fait figure de troisième homme, celui que l’on n’attendait pas, allant même jusqu’à tutoyer « Chirospin » dans les sondages, avant de s’effondrer dans la dernière ligne droite, au profit de l’abstention et du vote protestataire. Qu’on l’ait soutenu (comme moi) ou non, de près (comme moi) ou non, il paraît indispensable d’en tirer les leçons pour parvenir à s’affranchir des illusions paralysantes de l’UMPS. Que l’on ait été d’accord ou non (comme moi) avec lui, le même travail est à réaliser pour « Bayrou 2007 », parvenu à concrétiser 19% au premier tour, sans arriver à détrôner les deux « grands » candidats (dont les scores ont toutefois été « petits » au regard de l’abstention).
Les atouts du « Che » – Un très bon programme de gouvernement qui a souvent convaincu (le plus argumenté, et qui conserve toujours son actualité, confirmé par les plus ou moins récentes crises financières, économiques, sociales et politiques), de très bonnes analyses circonstancielles enracinées dans une vision cohérente de l’Histoire, la solide expérience d’un candidat plusieurs fois ministres, les faits d’arme précédents (courageuse opposition au tournant de la rigueur en 1983, à la première guerre du golfe en 1991, à la négociation avec les autonomistes minoritaires de Corse en 1999), une bonne stratégie appelant à un « Pôle Républicain » (« au-delà de la droite et de la gauche, il y a la République », discours fondateur de Vincennes du 9 septembre 2001) permettant de se poser en rassembleur, au-delà du seul MDC (le Mouvement des Citoyens, fondé par Chevènement en 1993, après la rupture définitive avec le PS de Mitterrand).
MAIS CELA N’A PAS SUFFI. POURQUOI ?
Des obstacles médiatiques – Démarrée publiquement en septembre 2001, la campagne a été dure. Il est difficile en quelques mois de convaincre des électeurs et en même temps de réorganiser un parti. La seule solution était de créer une dynamique de nature à faire « turbuler le système » et les repères (courant d’air, appel d’air…).
En face, deux grosses machines de guerres électorales, rodées aux enjeux présidentiels, et surtout dotées de financements conséquents : le PS et le RPR. Durant la moitié de la campagne, le phénomène « JPC » a fait couler beaucoup d’encre, et s’est affiché sur de nombreuses « Unes ». Quand il s’est approché des 20% des deux autres mastodontes, quand il a donc réellement commencé à inquiéter l’oligarchie en place, les attaques se sont faites très dures, la calomnie a déroulé son tapis. C’eût été le moment critique où donner une nouvelle charge offensive, poser de nouvelles cartes. Le temps de parole médiatique s’est toutefois réduit comme peau de chagrin au fur et à mesure de l’entrée en lice des candidats UMP-PS qui ont fini par accaparer la majeure partie de l’espace médiatique (malgré les règles officielles qui laissent tout de même une marge de manœuvre non négligeable aux candidats hors système bipartisan, contrairement à des pays comme les Etats-Unis où il est purement et simplement impossible de faire campagne sans être estampillé par l’ « establishment »).
Néanmoins, si les raisons externes objectives de l’échec ne manquent pas, les plus grands obstacles sont venus du candidat et de son entourage.
Des freins internes – Partout en France, les comités locaux, tenus par des membres du MDC « canal historique », ont souvent été des freins à la campagne : difficultés à accepter l’ouverture au-delà de la gauche / difficultés à accepter l’arrivée de nombreuses têtes nouvelles (jeunes et moins jeunes), venues d’horizons différents (y compris de nombreuses personnes jamais politisées jusque-là) / aussi, paradoxalement, peur de gagner, avec le risque de se retrouver avec des responsabilités plus sérieuses, là où les bonnes consciences républicaines se contentaient d’une cotisation en pointant de temps en temps à une réunion où l’on refaisait le monde et où l’on gémissait ensemble, avec parfois de rares actions de terrain (tractage dans un quartier sensible, histoire de vivre quelques émotions fortes). On a ainsi pu voir sur tout le territoire de vieux militants, n’acceptant pas que de fraîches recrues viennent comme leur « manger le pain sur la tête », freiner des quatre fers et plus ou moins saboter des initiatives locales.
Une solitude au sommet – JPC, ayant eu du mal à déléguer ou à trouver des seconds couteaux à envoyer au « front », a fini par apparaître seul dans les médias, et sur tous les fronts en même temps. D’où un épuisement du candidat, un essoufflement de la campagne, mais aussi et surtout une perte de crédibilité face aux électeurs. Apparaissant comme n’ayant pas les moyens humains de ce qu’il annonce, le « Che » est devenu un simple candidat protestataire. Or pour protester, et donner un coup de pied dans la fourmilière, il y avait bien mieux (l’épouvantail Le Pen pour ne pas le nommer).
Une stratégie de cabinet fantôme à l’anglaise aurait dû pallier à cette difficulté majeure en désignant par avance, aux médias et aux citoyens (qui ne doivent pas être pris pour des « buses » sur ce sujet), des « figures » capables de prendre en main tel ou tel dossier, pour prouver la capacité du candidat à gouverner. C’est une question de crédibilité.
Dans la même logique, la campagne des législatives aurait dû démarrer bien avant les présidentielles. Un député, ce n’est pas un élu local, c’est avant tout un élu de la Nation qui a pour mission de voter la Loi, identique pour tous d’un bout à l’autre du territoire. Sans majorité parlementaire, quelle que soit sa détermination, un président est « à poil ». Il fallait pour cela investir des candidats putatifs dont les têtes devaient commencer à apparaître sur la place publique comme les relais locaux du candidat. Certes, la présidentielle en France reste la rencontre d’un Peuple et d’un homme (ou plutôt d’un projet incarné par un homme), et ce système nous permet d’avoir l’espoir un jour de rompre avec la logique bipartisane d’un PS et d’une UMP largement essoufflés. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut s’imaginer que les législatives sont négligeables et que le souffle de la présidentielle suffira à faire émerger des têtes… Quand on connaît la propension de certains pontes établis à virer de bord en fonction du vent, il y a toujours le (gros) risque de repartir avec les mêmes qui ont précisément conduit à l’échec.
L’intendance négligée – Fort de ses principes, de ses capacités théoriques (au point que nombreux sont ceux, y compris en interne, qui lui ont reproché d’avoir mené une campagne pour Bac+4), Jean-Pierre Chevènement a eu tendance à négliger la « tambouille » organisationnelle, ce qui a induit de nombreux désordres en interne et une inefficacité relative des comités locaux, mais aussi des instances nationales. Or un candidat n’est rien sans ses troupes et un parti n’est rien sans un cadre clair et cohérent et sans dynamique interne. Un candidat à la présidentielle est bon gré mal gré comptable de sa capacité à structurer personnellement son mouvement, qui renvoie une image de ses capacités à gérer un gouvernement, et plus largement la France. Une élection se fait sur trois niveaux : la politique (les idées, le programme…) ; le pouvoir (les relations humaines, les coups tordus, les anticipations…) ; l’intendance (la structure, l’organisation, la dynamique collective…) qui ne fait pas que suivre spontanément.
Un positionnement ambigu – La campagne de JPC est restée entachée d’ambiguïté, du fait d’une double stratégie qui s’est révélée (on ne peut plus textuellement) dans les bilans d’après campagne. En même temps que le candidat soutenait qu’« au-dessus de la droite et de la gauche, il y a la République » et renvoyait dos à dos les deux principaux candidats « Jorac et Chirospin » dans le blanc bonnet de l’UMPS, il envisageait parallèlement en cas d’échec de devenir la deuxième force de la gauche plurielle derrière le PS. La rupture avec le PS n’a donc jamais été définitive, et derrière la posture publique du candidat, s’annonçait le retour au bercail supputé par de très nombreux citoyens durant la campagne.
Il est vrai qu’en cas de second tour JPC/Jospin ou JPC/Chirac, le candidat du Pôle Républicain avait toutes les chances de l’emporter. Il est vrai aussi que, de fait, le Pôle Républicain, avec 5,3% des voix (on est loin des sondages à 19%) s’est finalement placé derrière le PS, mais devant les Communistes ainsi que devant les Ecologistes (tout juste). L’hypothèse basse (mais non dite et contradictoire avec la posture de campagne) était atteinte… Sauf que… sauf que le candidat Jospin a explosé en vol et c’est le trublion Le Pen qui s’est retrouvé au second tour. A qui la honte ?
Le retour au « bercail » et la neutralisation de l’opération – Au final, le retour précipité au bercail, exprimé le soir du premier tour sur un plateau de TV aux côtés de Martine Aubry (pour tenter de sauver par une alliance avec le PS les quelques députés MDC qui ont fait chauffer le téléphone de leur poulain dès lors que cela sentait le roussi, juste avant l’annonce officielle des résultats), a tué dans l’œuf toute possibilité de retour en 2007. Retour qui aurait été crédible si Chevènement avait accepté l’idée d’une « traversée du désert », durant laquelle il aurait capitalisé la haute teneur de son programme.
Réponse négative (et éminemment prévisible) du PS à cet appel de pied, ce qui a fini de couler le Pôle Républicain (scores calamiteux aux législatives, certes dans l’ombre de la présidentielle depuis cette réforme du quinquennat qui a grandement dénaturé et déséquilibré les institutions de la Vème). Cerise sur la pâtisserie (à la crème de mauvaise foi… mais de bonne guerre) : les déclarations du PS qui ont mis sur le dos de JPC la responsabilité de l’échec de Jospin. Comme si le meilleur ennemi de Jospin n’avait pas été Jospin lui-même (sa politique et sa campagne).
Aboutissement de l’affaire : JPC, à la tête du MRC (Mouvement Républicain et Citoyen, un nouveau MDC), a retrouvé la ligne politique qu’il avait suivi depuis la rupture de 1991 : celle de la stratégie de la minorité influente, aux côtés des éléphants du PS dont il cherche toujours à réorienter le discours dans le sens des valeurs républicaines (et il n’a pas été pour peu dans un certain nombre de discours de la candidate Ségolène Royal en 2006-2007).
Les acquis – Aujourd’hui le sénateur Chevènement mérite toujours autant d’être écouté dans ses analyses (notamment son dernier ouvrage : La France est-elle finie ?). Son Think tank à la française (la fondation Res publica) est une source d’informations et d’analyses de haute tenue pour tout candidat républicain digne de ce nom. Le discours de Vincennes, le programme du Pôle Républicain de 2001-2002, sont autant de matrices dont il faut continuer à s’inspirer dans le cadre du front républicain toujours à construire, tout comme d’autres personnalités qui dénotent, où qu'elles soient sur l'échiquier, plutôt à gauche comme Hubert Védrine, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon, ou à droite comme Dominique de Villepin ou Nicolas Dupont-Aignan.
Contre le déclin
Sortir le nez du guidon
La politique étrangère est mère de toutes les politiques.
A l'inverse de ce que l’on nous serine quotidiennement, ce n’est en effet pas en nous focalisant sur les supposées « préoccupations concrètes » des Français que nous pourrons redresser la France. Ce discours n'est qu'un écran de fumée jetant un voile sur les véritables causes de nos problèmes, faisant passer pour solutions de simples mesurettes qui ne sont que cataplasmes sur jambes de bois.
Nous devons impérativement relever le nez du guidon pour redonner un cap à notre navire, redonner du sens à la politique. Les difficultés (bien réelles) des Français sont indissociables de leurs causes géopolitiques : les dérégulations monétaire, financière, commerciale depuis plus d'une trentaine d'années ; les rapports de force internationaux ; etc.
Voilà donc un élément véritablement clivant dans le paysage politique français, bien au-delà de la droite et de la gauche actuelles qui ne sont plus véritablement (ou suffisamment) représentatives des enjeux de notre époque. Si, au XIXème, la question institutionnelle a permis de trancher entre Monarchie, Empire et République, avant de voir la question sociale monter sur le devant de la scène sur fond de révolution industrielle, aujourd’hui (sans que la précédente soit résolue, mais le sera-t-elle jamais définitivement ?) une nouvelle question institutionnelle devient prédominante et brouille durablement l’échiquier : celle de la place de la France dans la mondialisation et en Europe.
Que voulons-nous ?
Faut-il continuer la France ? Doit-on lui donner les moyens de peser davantage sur le cours du monde ? Ou bien devons-nous nous résigner à « passer entre les gouttes », comme le disait Mitterrand, ou encore à suivre les puissants du moment (USA, Chine, Allemagne ou qui que ce soit d'autre), comme le pratique Nicolas Sarkozy ?
Autrement dit, nos représentants doivent-ils devenir (ou rester) de simples gestionnaires des conséquences économiques et sociales de la mondialisation, satrapes d’une nouvelle impuissance féodale ? Ou bien faut-il réaffirmer la politique comme moyen de peser sur le cours des choses, en donnant une stratégie sur le long terme, en protégeant les citoyens contre les dérives (délires) de la nouvelle oligarchie mondialisée ?
En politique étrangère, ne sommes-nous pas en train de dégrader les outils de notre diplomatie ? Il y a un risque que, sous couvert d'Union Européenne et notamment d'intégration diplomatique, la politique étrangère de la France perde de vue les rives de la Méditerranée. Et, plus largement, se perde tout court.
Car, on peut le regretter mais c’est ainsi, nous n'avons pas, en Europe, les mêmes traditions diplomatiques, nous n'avons pas les mêmes tropismes (en caricaturant un peu : vers l'Est pour l'Allemagne, vers l'Ouest pour l'Angleterre, vers le Sud et plus largement la francophonie pour la France). La France (et son héritage républicain) ne doit surtout pas perdre en influence au prétexte d'une illusoire politique étrangère commune (sous parapluie OTAN, autrement dit américain).
La France, une grande puissance
Ce n'est d'ailleurs pas la taille d'un pays qui fait son importance historique, ce n'est pas non plus son hyper-puissance économique ou militaire (cela, ce sont de tous temps les outils des régimes impérialistes, et l’on sait bien que ce ne sont pas les Etats-Nations qui ont provoqué les guerres mais toujours les Empires, dont la principale caractéristique est de vouloir dominer sur autre que soi). Ce qui fait tout autant sinon plus la force d’un pays, c'est la force de sa voix, la justesse de ses analyses, la richesse de son héritage, sa capacité d’influence. Or la France est un symbole, elle est une idée, selon le mot du Général de Gaulle, lui qui luttait déjà contre des nuées de déclinologues professionnels et de catastrophistes prophétisants. Nombreux sont ceux qui attendent sa voix à l'échelle de la planète.
Cela ne veut certes pas dire qu’il faille jouer en solo, bien au contraire, mais bel et bien affirmer nos positions lorsque nous ne sommes pas d’accord. C’est ce que le France a fait en 2003 en refusant la guerre impérialiste d’Irak. C’est ce que nous ne faisons plus sous la présidence chaotique de Nicolas Sarkozy. Mais cela serait-il seulement possible dans le cadre d’un service diplomatique intégré à l’échelle de l’Union européenne ?
C’est sans doute le trop d’Europe qui va inéluctablement tuer l’Europe et semer le désordre parmi nous, européens. Le processus a déjà commencé autour des affaires « grecques ».
Alors soyons plus raisonnables, plus mesurés, plus apolliniens... Ayons les idées claires et distinctes. Ne nous laissons pas emporter par de fumeux idéaux. Ne soyons pas des Don Quichotte qui, au nom de la pureté de leur idéal délirant, déconnectés du réel, provoquent toujours pire que ce contre quoi ils prétendent lutter. Renforçons plutôt les coopérations, les échanges, sans perdre ni notre identité, ni surtout les outils institutionnels que nous possédons.
Y aurait-il encore un sens à voter pour un président qui n’aurait plus les moyens d’exercer la « souveraineté nationale et populaire » (article 3 de notre constitution, héritage de 1789, qui a fait que le sujet du roi est devenu un citoyen) qu’il a pour mission d’incarner temporairement ?
Ne nous laissons pas intimider par tous ces idiots utiles qui, au final, bloquent le système en collant à tout-va des étiquettes péjoratives (« souverainistes, réactionnaires, populistes, nationalistes, passéistes… ») à celles et ceux qui ont le souci de la responsabilité et de l’intérêt général. Ne laissons pas le Front National transformer l’or en plomb, en noyant les principes républicains dans une bouillie ethniciste et racialiste que les Français refuseront toujours.
Mais quand la politique est bloquée, quand les débats sont stériles, il y a toujours la tentation pour une politique du pire, avec l’espoir d’une renaissance après consomption. C’est hélas dangereux, très dangereux. Espérons que nous n’irons pas jusque-là, même si nous en sommes déjà sur le chemin (abstention, vote protestataire, vote extrême…).
La France n’est pas "en retard", contrairement à ce que le ronronnement décliniste répère inlassablement. Nous avons été et sommes toujours à la pointe sur le plan des principes, même si la réalité politicienne du moment en est à un stade déplorable.
La Laïcité est à la pointe, la République universaliste est un régime politique trop peu répandu à l'échelle de la planète, le Citoyen est une notion si neuve et si révolutionnaire...
Nous sommes assis sur un trésor (politique, institutionnel, symbolique, social, historique...), et nous ne le voyons pas. Pire, nous ne nous en servons pas.
Ouvrons les yeux, pendant qu’il en est encore temps. Soyons digne de notre héritage. Et agissons.
Rabelais et l’éducation
Rabelais et l’éducation
Bel exemple que celui de Rabelais pour saisir le dossier de l’école à bras le corps.
Car, bien avant Nietzsche, l’auteur de Pantagruel et de Gargantua met en exergue, de façon érudite et truculente à la fois, ce qu’il peut et doit y avoir de gai dans le savoir, affirmant la nécessaire cohabitation des plaisirs du corps avec ceux de l’esprit.
Soif de savoir, gloutonnerie intellectuelle, les livres de Rabelais sont une mise en scène, voire une mise en pratique, du plaisir grandiose de la connaissance. Ils mêlent subtilement une érudition profonde à une bouffonnerie grotesque, une jubilation sensorielle à un esprit de sérieux. L’un ne pouvant d'ailleurs aller sans l’autre, sans dénaturer l'Homme qui est un être de Culture.
Rabelais, c’est le rire thérapeutique qui élève l’âme de l’Homme au lieu de l’avilir.
Et aujourd’hui, l'on peut effectivement regretter le rôle néfaste de trop nombreux programmes télévisuels dans la construction des jeunes esprits, mais aussi de la démagogie très « terre-à-terre » des récentes réformes éducatives. Comme si l'on ne pouvait être intéressé que par ce qui nous est proche et ce que nous croyons connaître. Comme si le Ciel et la Terre ne devaient pas s'enrichir l'un l'autre.
Si le personnage de Gargantua n’est pas une invention de Rabelais (c’est avant tout un géant issu de la mythologie qui a laissé de nombreuses traces dans la toponymie française, divinité sans doute préceltique souvent liée à la pierre et à l’eau et qui aurait façonné le paysage), la manière rabelaisienne de se l’approprier est proprement géniale. Une belle leçon pour aujourd’hui, dans un mouvement parfaitement dialectique.
1/ Car le jeune Gargantua commence tout d’abord par expérimenter l’éducation « libérale-libertaire » : l’absence de limites, la démesure pulsionnelle, l’affirmation égocentrée du moi, l’anarchie du comportement… sous le regard énamouré de ses parents qui s’extasient devant la vivacité (destructrice) de leur fiston… Avant d’en voir les limites.
2/ C’est ensuite maître Thubal Holoferne, un théologien pédant, caricature de l'éducation médiévale, qui va prendre en charge sa formation, mais qui lui gâte rapidement l’esprit par une érudition caractérisée par son excès de formalisme (notamment l’apprentissage par cœur de l’alphabet, à l’endroit et à l’envers s’il vous plaît…). Au point que, en quelques années, le jeune géant en devient ahuri, niais, fou et radoteur.
3/ Arrive alors le bon Ponocratès qui saura trouver le juste milieu, en commençant par lui faire entreprendre un voyage initiatique loin de ses parents (en l’occurrence à Paris) : après un temps pour l’observation et pour le diagnostic (Rabelais était aussi médecin, rappelons-le), le nouveau précepteur lui donnera enfin un cadre rationnel et des règles pour la direction de l'esprit, un rythme de vie plus mesuré pour son corps et une ouverture des savoirs sur le monde réel.
Une belle leçon de civilisation... qui sera notamment mise en pratique dès la deuxième moitié du roman, lors des fameuses guerres picrocholines qui montrent, au travers des personnages de Gargantua, de son père Grandgousier et de son ami Frère Jean des Entommeures, ce que doivent être les attitudes de l'homme éduqué et institué - bref de l'homme civilisé - face au barbare, impulsif et impérialiste (en la figure du roi Picrochole III) qui, n'ayant pour seul référence que la nature et la force, se moque des Lois et des Traités...
Il faut lire et relire Rabelais car il nous donne l’envie de nous secouer les neurones, tout en nous remplissant la panse et en nous secouant les zygomatiques.
« Vous avez la vie entière pour rigoler et toute la mort pour vous reposer ».
« Enivrons-nous donc de vin, de science et de philosophie ! »
L'école en perte de repères
Chaque année, la liesse des résultats du baccalauréat, si chargée en émotion soit-elle, cache une misère grandissante d'un système éducatif qui peine à accomplir ses missions que sont l'instruction, l'éducation et la formation.
Plus largement encore que le baccalauréat, le système éducatif doit devenir l’un des sujets centraux de la prochaine présidentielle. Les Français attendent un candidat qui aura enfin la hauteur de vue pour en comprendre les enjeux et, effectivement, lui « redonner du sens ». Car l’Ecole aussi a perdu sa boussole, sous les assauts répétés de la réformite aiguë, alors que c’est sans doute de « refondation » dont elle a besoin.
Nous ne pouvons que regretter la légèreté avec laquelle ont été menées les récentes politiques éducatives. La réforme pour la réforme : on fait une réforme (sans programmes définis, sans manuels, sans consultation ou après pseudo-consultation) et on en impose le contenu après, dans l’amateurisme de plus complet, compromettant par là-même les possibilités d’évaluations du fait de la modification simultanée de trop nombreux paramètres. Spectacle affligeant quand il s’agit de nos enfants et de futurs citoyens.
Alors, quelle école, c’est-à-dire quelle société voulons-nous ? Nous ne savons plus où nous en sommes et nous ne le saurons pas sans un solide état des lieux et une vision claire des enjeux.
Si l’on compare les systèmes éducatifs européens (et il le faut si l’on ne veut pas se contenter d’incantations contre-productives), tant sur le plan de l’organisation de l’enseignement à l’échelon national que sur celui du fonctionnement interne des établissements, on peut constater de grandes divergences et dégager à gros traits deux grandes tendances théoriques. Il va de soi que, dans la pratique, les cas particuliers sont plus nuancés, penchant plutôt d'un côté ou plutôt de l'autre, selon les paramètres choisis.
1/ L'approche "spontanéiste" présupposant une "bonne nature" qui demande à ne pas être entravée :
L’enfant est « au centre » du système et le professeur un accompagnateur de son "développement" et de son "épanouissement" ; peu ou pas d’évaluation chiffrée ; évaluation réalisée en cours de formation ou en contrôle continu ; pas de redoublement ; une évaluation des professeurs faite par les parents et les élèves ; une mise en avant du choix des élèves concernant la construction de leur cursus ; une décentralisation du système mis en œuvre à l’échelon local ; des apprentissages fondés sur des méthodes majoritairement inductives, partant de situations ultra concrètes, sans ordre chronologique et plus largement sans organisation pré-établie (par exemple : la "progression spiralaire") ; un accent mis sur les compétences ; une scolarisation plus tardive ; une vision utilitariste de l’école conçue comme un simple tremplin vers l’emploi, évacuant ainsi la plus-value humaniste de la Culture.
2/ L'approche "institutionnaliste" considérant que l'Homme est naturellement "un loup pour l'Homme" (y compris et peut-être avant tout pour soi-même) et que l'on ne devient véritablement humain qu'en se dépassant et en s'arrachant à la nature :
L’élève est le récepteur d’une transmission institutionnelle : existence d’examens nationaux avec des épreuves identiques d’un bout à l’autre du territoire et mis en scène sur le mode du rite initiatique ; un accent mis sur les connaissances académiques définies par un programme centralisé, structuré en catégories et de façon chronologique ; une école pensée comme autonome par rapport à la société (ce qui ne signifie pas détachée), obligeant l’élève à sortir de lui-même et de son milieu « naturel » ; l’idée d’une autorité exercée par un professeur recruté et missionné par l’Etat ; une scolarisation précoce dans un cadre programmatif...
Une différence soulignée par Régis Debray dans un magistral essai intitulé Démocratie et République, dans lequel il établit ce diagnostic limpide : « En République, la société doit ressembler à l’école, dont la mission première est de former des citoyens aptes à juger de tout par leur seule lumière naturelle. En Démocratie, c’est l’école qui doit ressembler à la société, sa mission première étant de former des producteurs adaptés au marché de l’emploi. On réclamera en ce cas une école « ouverte sur la vie », comme s’appelle la société marchande, avec ses passions et ses urgences, ou encore une « éducation à la carte » selon les besoins des entreprises. En République, l’école ne peut être qu’un lieu fermé, clos derrière des murs et des règlements propres, sans quoi elle perdrait son indépendance (synonyme de laïcité) à l’égard des forces sociales, politiques, économiques ou religieuses qui la tirent à hue et à dia. Car ce n’est pas la même école, qui se destine l’une à libérer l’homme de son milieu et l’autre à mieux l’y insérer. La première vise à l’instruction des esprits, qui n’est pas la direction des consciences. La seconde confond éducation et « bonne éducation », qui fabrique des enfants conformes (à leurs parents) ».
Dans les réformes récentes, toujours présentées comme une nécessaire "modernisation", en insistant sur le soi-disant « retard français » (cette tarte à la crème indigeste dont la nouvelle oligarchie nous rebat les oreilles en permanence), le premier courant tend à remplacer le second, sans qu’il y ait véritablement adhésion de la majorité des citoyens, y compris des acteurs de l’éducation. Il n’est même pas sûr que chacun ait bien compris les enjeux de ces réformes successives, guidées par des "objectifs européens d’harmonisation". Comme si les questions éducatives, pourtant crucialement divergentes du nord au sud de l'Europe, devaient elles aussi échapper aux Peuples, ces ignares qui ne comprennent rien, qui ne votent pas comme il faut et qui n'ont pas conscience de ce que les technocrates "éclairés" font pour eux, dans un pur esprit d'abnégation... Comme si transformer l'éducation en un grand marché, régi par les "lois" de l'offre et de la demande, n'était pas un enjeu pour de puissants lobbies.
On peut même supposer que les méthodes employées par les responsables politiques (de droite comme de gauche, avec des intentions différentes et une naïveté plus ou moins confondante) pour parvenir à cette "harmonisation" européenne finissent par produire le contraire de ce qu’elles visent : à savoir des réactions « nationalistes », par opposition à ce mouvement idéologique d’abrasion des différences.
Il est urgent de trouver une approche plus respectueuse des traditions et des réalités nationales, de s’enrichir de nos différences plutôt que de vouloir les nier, afin d’éviter de violentes réactions à l’avenir. Et pour ce qui nous concerne de sauvegarder ce qui reste encore d'un modèle républicain, indépassé et peut-être même indépassable. Cela implique d'être exigeant et de ne pas lâcher.
La question européenne
Il est urgent que la France pèse de tout son poids pour réformer le cadre institutionnel européen, mais ce ne sera pas facile, ne nous le cachons pas. En attendant, il faut au moins veiller à ce que nous ne nous enfoncions pas plus dans le gouffre.
Il nous faut trouver une solution honorable et modérée à la fuite en avant actuelle, et remplacer la finalité de l’intégration fédérale par celle des coopérations renforcées, sans caractère obligatoire. Cela induirait que les orientations des différents pays reprendront du sens à être mises sur la place publique, à être débattues dans les campagnes électorales, etc.
La course en avant vers plus d’"intégration" et l’"harmonisation" par le bas à marche forcée sont lourdes de déséquilibres pour l’avenir. Elles provoqueront paradoxalement, et à plus ou moins long terme, la résurgence de nationalismes et de populismes de la pire espèce, nous en voyons déjà le spectre. Et l’abstentionnisme grandissant n’en est qu’un des signes précurseurs.
Le sentiment majoritaire est dorénavant celui d’une UE au service de nouvelles « puissances de l’Argent », d’une oligarchie mondialisée coupée des réalités populaires, à travers une machinerie alambiquée de plus en plus technocratique et bureaucratique, fondée non pas sur l’intérêt général mais sur une logique matérialiste, dans laquelle prédomine le lobbying (qui n'est pas dans notre culture, et c'est tant mieux, quand bien même cela nous handicape actuellement).
La question n’est plus de savoir s’il faut continuer ou non (l’élargissement qui est allé trop vite, l’intégration qui est allée trop loin), mais plutôt de savoir COMMENT réorienter sensiblement ce modèle qui a fait long feu (depuis le referendum de 2005 et les crises financière, économique, monétaire et sociale, dont nous sommes loin d’être sortis), en partant de l’existant. Et donc aussi du souhait démocratique du peuple français et des peuples voisins, qui peuvent évoluer au fil des scrutins, ce qui est la règle même de la démocratie. L'Europe au forceps, cela suffit !
C’est sans doute être visionnaire que de partir de ces postulats.
Quelques propositions
Et puisqu'il ne faut jamais être seulement critique, voici donc quelques propositions pour l'Europe du futur, glanées ça et là :
1. Rédiger et proposer à la ratification, par référendum, un nouveau traité de coopération en Europe, qui sera la véritable réponse au rejet du TCE en 2005 (et non sa copie complexifiée comme l’a été le traité de Lisbonne), en comblant la carence démocratique actuelle. Le nouveau traité doit impulser une profonde réforme des institutions européennes :
- Le Conseil européen doit définir les orientations stratégiques de l’Europe.
- Le Conseil des ministres doit devenir une instance de propositions concrètes, relayant le Conseil européen dans le processus de décision. C’est pourquoi il doit affirmer son autorité sur la Commission, en détenant le droit d’initiative. Ce droit pourrait être partagé avec la Commission, mais le Conseil doit rester seul juge de la recevabilité des propositions. Pour intéresser les citoyens aux enjeux européens, il faut organiser la publicité des délibérations et des votes au Conseil des ministres. Chacun doit connaître les positions des gouvernements, et ceux-ci doivent répondre de leur attitude devant leurs Parlements. C’est un moyen de forger l’espace public de débat qui manque à l’Europe.
- La Commission doit devenir un organe administratif, être transformée en agence de développement, subordonnée aux Conseils.
- La nouvelle bureaucratie qui, depuis de longues années, a pris l’habitude d’imposer sa vision contre la volonté des peuples, doit être remise à sa place en supprimant les privilèges d’extra-territorialité : les fonctionnaires européens doivent être détachés temporairement par leurs pays d’origine, dont ils restent les serviteurs ; leur mandat doit être limité.
- L’élection du Parlement européen se borne à juxtaposer des scrutins nationaux. Faute d’une langue et de visée communes, la capacité de délibérer de cette assemblée émiettée (et soumise aux lobbies qui ont pignon sur rue à Bruxelles) est très réduite. Une deuxième Chambre, représentative des Parlements nationaux, permettrait de resserrer le lien avec les peuples. Sa fonction serait le contrôle permanent du respect du partage entre ce qui doit être fait par l’Union et ce qui doit être laissé aux États.
- Les statuts de la Banque centrale européenne doivent être modifiés pour en finir avec son apparente indépendance (à l’égard du politique) et sa réelle soumission (aux lobbies de la finance mondialisée). Il convient d’instaurer la primauté du pouvoir politique et de rééquilibrer la mission de la BCE qui doit veiller non seulement au niveau de l’inflation, mais aussi au niveau de l’activité économique et de l’emploi (comme la Fed). Quant à l’euro, il ne sera viable que s’il est géré correctement. C’est au Conseil de l’euro qu’il doit incomber de définir les orientations de la politique monétaire et de change, afin de favoriser la croissance et le co-développement à l’échelle européenne, pendant qu'il en est encore temps. Si besoin, il ne doit pas être tabou d'envisager d'en finir avec la monnaie unique pour la remplacer par une monnaie commune. Par ailleurs, les billets de 500 euros doivent être retirés de la circulation, comme ils l'ont été en Grande Bretagne : billets parmi les plus imprimés par la BCE, ils sont aussi utilisés à 90% par les circuits occultes (blanchiment, trafic de stupéfiants, travail dissimulé, proxénétisme, abus de biens sociaux, etc.), ne passant quasiment jamais dans les mains des citoyens.
- La Cour de Justice de l’Union européenne dépossède les Parlements nationaux de leur substance. Par exemple dans le cas de l’adoption pour les couples homosexuels : que l’on soit pour ou contre, toutes les institutions françaises en ont refusé la légalité en l’état actuel de la loi, jusqu’au Conseil d’Etat. La plainte déposée au niveau européen tend à rendre caduque le droit français, contrairement aussi à la promesse de campagne de l’actuel locataire de l’Elysée, ce qui pose problème quant à la consistance de nos Institutions républicaines. Il conviendrait de respecter la hiérarchie des normes qui caractérise une Confédération. La primauté du droit européen sur les lois nationales en vigueur au moment de la signature des traités ne doit pas s’exercer sur les Constitutions nationales. Les conflits entre la Cour de Justice de Luxembourg et les Cours constitutionnelles nationales devraient être tranchés politiquement. A l’inverse du Conseil constitutionnel français, la cour constitutionnelle de Karlsruhe n’a pas hésité à placer le droit européen au-dessous des principes constitutionnels allemands. C’est donc une question de choix politique.
Plus largement, le modèle juridique français fait prédominer la Constitution et la Loi sur la Jurisprudence. Le modèle européen, inspiré de l’expérience anglo-saxonne, en est l’antithèse en donnant la préséance à la Jurisprudence. Il faut donc poser clairement les éléments du débat sur la table.
2. Il faut permettre des coopérations multiformes entre Etats volontaires (comme par exemple celles qui ont rendu possible Airbus, paradoxalement impossibles aujourd’hui, en l’état actuel de l’Union).
3. Proposer aux Etats européens de mettre en œuvre des politiques de grands travaux ciblés, notamment pour les infrastructures (transports fluviaux, ferroviaires et maritimes, tunnels, mises à grand gabarit…) ou pour les énergies du futur. La volonté de grands projets européens achoppe régulièrement depuis le sommet d’Essen en 1994. Jacques Chirac les avait déjà qualifiés de « monstre du Loch Ness » en 1996 : on en parle beaucoup, on ne les voit jamais... Il est temps d’agir. Et, si la lenteur du mode décisionnel et toutes les difficultés de procédure dénoncées par J. Chirac, n’ont fait que redoubler avec le passage d’une « CEE à 12 » à une « UE à 27 », il est d’autant plus nécessaire de monter des projets « à la carte ».
Les "solutions" à la grecque sont les pires qui soient. La cure d'austérité ressemble à la saignée du malade imaginaire. Cela fait trois fois qu'on vous saigne et vous êtes toujours tout pâle, c'est incroyable... La vente à l'encan de la sphère publique rapportera bien quelques pièpièces à court terme, mais cela ne fera que retarder de peu l'implosion du système.
4. Remettre sur la table le dogme de la « concurrence libre et non faussée », omniprésent dans les traités, qui fait de l’UE le seul « régime » politique après l’Union soviétique à constitutionnaliser des choix économiques. Il est par ailleurs paradoxal de décrire une Europe barricadée. L’UE est la zone économique la plus « ouverte » au monde, avec les mesures de protection les plus faibles à l’égard de ses concitoyens. Ce n’est plus acceptable.
5. La richesse de l’Europe, au sens historique du terme, c’est la diversité des peuples qui la composent, la diversité des langues, des histoires, des institutions, des cultures, des traditions... Il faut miser sur tout ce qui favorise les rencontres, les échanges, en luttant contre toute abrasion de ces différences. C'est de cela que la politique doit être au service.
Plus que jamais, il faut être visionnaire (donc gaulliste en ce sens) et républicain sur les questions européennes et sur la "mondialisation" (dont l'Europe est hélas un marchepied), en sortant du consensus mou. Sinon nous ne ferons que mettre des sparadraps sur des jambes de bois (c'est toujours mieux que de l'huile sur le feu... mais d'autres s'en chargent déjà).
Après Fukushima ?
Sur fond de crise nucléaire japonaise,
Aréva prépare son entrée en bourse
Depuis les sommets européens de Lisbonne (2000) et de Barcelone (2002), un processus de libéralisation de toute la filière énergétique est à l'oeuvre, approuvé à l'époque par le président Jacques Chirac et son premier ministre Lionel Jospin. Une libéralisation qui s’inscrit aujourd'hui dans le cadre de la loi NOME (ou Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité), adoptée en novembre 2010 par le Parlement français, mais surréaliste et décalée lorsqu'elle concerne la filière nucléaire à l’heure de la catastrophe de Fukushima. Il est urgent d’ouvrir le débat et d'exiger un referendum sur le statut d'EDF.
Cette nouvelle étape de l’ouverture des marchés de l’électricité à la concurrence, exigée par la Commission européenne et l’ensemble des traités européens depuis celui de Maastricht (adopté en 1992 sous Mitterrand), devrait entrer en application au courant de cette année, avec pour conséquence une nouvelle hausse des tarifs, à laquelle on tente de préparer les esprits depuis un moment.
C’est dans cette logique que le conseil de surveillance d’Aréva vient d’approuver, ce lundi 28 mars 2011, l’entrée en bourse du groupe. Un choix à rebours de l'histoire quand tout démontre que, dans un tel secteur stratégique, dérégulation et sécurité nucléaire sont inconciliables, les objectifs de court terme de la Bourse étant incompatibles avec les investissements indispensables.
Une centrale mal entretenue
Tokyo Electric Power (Tepco), dont le capital est très majoritairement privé (environ 37% d’actionnaires particuliers, 37% d’institutions bancaires, 22% d’entreprises japonaises ou étrangères et seulement 3% pour l’Etat et les collectivités locales), l’a déjà largement prouvé. La société privée japonaise s’est ainsi fait remarquer pour avoir sciemment faussé les données des registres de contrôle de ses centrales, qui plus est de façon récurrente ces dernières années. Plus largement, Tepco ne prévoyait à Fukushima que des incidents mineurs, avec un téléphone satellitaire et un seul brancard, d'après les informations du Wall Street Journal. Lors de la catastrophe, le site de la centrale japonaise de Fukushima n’était d’ailleurs plus assuré depuis août 2010 : une couverture jugée trop chère par l’opérateur…
Le Japon, qui n'est pourtant pas un pays sous-développé, avait pourtant été alerté à plusieurs reprises de ces irrégularités à Fukushima. Or depuis 2000, les régulateurs ont notamment ignoré un rapport concernant des craquelures dans l'enceinte de confinement. Le tsunami l'aurait certes endommagé de toute façon mais l'ensemble des réacteurs était vétuste dans cette centrale dont les premiers éléments ont été construits il y a 40 ans. Preuve s'il en est besoin qu'il ne s'agit pas ici d'un problème de richesse mais seulement du choix de sa répartition.
Pas de robot au pays des robots
Une centrale nucléaire ne devrait pas avoir le droit de fonctionner sans des systèmes automatisés capables d'empêcher la fusion du réacteur, de transmettre des images, d’injecter de l’eau à haute pression ou de manipuler des vannes, commandés à distance, sans risquer directement la santé des agents. La technologie existe mais nous avons beau être au pays des robots, Tepco n'en possédait pas. Un investissement trop onéreux pour une catastrophe seulement potentielle… Un principe de précaution nucléaire pourrait être formulé ainsi : pas de robot, pas de centrale. Voilà du grain à moudre pour une future Organisation mondiale de la sécurité nucléaire (OMSN) qui doit être mise sur pied. Car, comme chacun sait, les nuages de particules radioactives ne s’arrêtent pas toujours aux frontières.
La décision d’Aréva (et donc du gouvernement français) de faire un pas supplémentaire vers le modèle « japonais » intervient donc à un moment particulièrement mauvais. Cela s’explique par le fait que la société ne maîtrise pas son calendrier sur le sujet : un fonds souverain du Koweït, récemment entré au capital d'Aréva, a en effet donné à l'Etat jusqu'à la fin du mois de juin pour coter en Bourse la valeur de la société, sous peine de se retirer. Nouveau signal négatif de dépossession quant à une industrie stratégique déjà mise à mal par l’obligation européenne de faire des appels d’offres internationaux (les générateurs de vapeur de nos centrales sont d’ores et déjà fabriqués à Kobé au Japon).
Un référendum sur le statut d’EDF
Il y a aujourd’hui une hypocrisie qui consiste à s'offusquer du manque de normes internationales sur le nucléaire tout en négociant en parallèle la vente de deux réacteurs dans une zone hautement sismique en Inde. Il y en a une autre qui consiste à faire le procès du nucléaire tout en approuvant par ailleurs les libéralisations successives du secteur énergétique. Le débat sur le nucléaire, qui doit absolument être mené en France (et ailleurs), devra impérativement poser la question du modèle économique et institutionnel que nous voulons.
Exigeons un referendum quant au statut d’EDF et notamment de nos centrales nucléaires. Ce serait la première fois que l’on demanderait l’avis du Peuple français sur les privatisations et libéralisations des dernières décennies : alors que pas un seul programme politique ne les a explicitement annoncées, ni à droite, ni à gauche, et aucun élu n’a jamais eu un mandat pour cela. Et pourtant…
L’ouverture généralisée à la concurrence du marché de l’énergie a toutes les chances d’être une monumentale erreur, porteuse de risques incommensurables pour nos enfants et leur descendance. Or, le rôle des hommes politiques, c’est d’avoir une vision stratégique sur le long terme à opposer aux intérêts financiers particuliers dont l’horizon ne dépasse pas, au mieux, l’année comptable.
C’est aussi cela l’esprit de la République.
(publié sur le blog du Cercle Républicain 68)
A l'horizon de la réforme territoriale
A l'occasion des élections cantonales, le Cercle Républicain 68 a posé une série de questions relatives à la réforme territoriale programmée pour 2014, notamment sur la place des communes et des départements ainsi que sur le rôle de l'Etat, des questions essentielles qui dépassent largement le cadre du Haut-Rhin.
En voici le contenu :
"L'un des objectifs de la réforme territoriale, approuvée par nos parlementaires en novembre dernier et qui programme la disparition des conseillers généraux en 2014, est de simplifier le « mille-feuilles institutionnel », qui résulte de plusieurs décennies de décentralisation et de complexification.
Nous craignons que le remède ne soit pire que le mal et souhaitons connaître vos positions, afin d'éclairer notre vote. Il nous a donc paru nécessaire de poser quelques questions aux candidats sur la nature de l’organisation politique de notre Nation.
Bien évidemment, fidèle à ses principes fondateurs, le CR68 en rendra publiques les réponses, dans un esprit constructif, afin d’ouvrir le champ au débat dont nous avons jusqu’à présent été privés.
1/ La place de la Commune
Le CR68 est attaché à la Commune comme brique de base de la démocratie et dont l'acte de naissance politique remonte à 1789. Plus de 500 000 élus bénévoles par mandature, et sur plusieurs générations, des millions de citoyens qui se sont frottés au suffrage universel, et si l'on y ajoute encore les conjoints et les proches, ce sont bien plus de 10 millions de personnes qui ont côtoyé de près ou de loin la réalité politique (cérémonies officielles, relation avec les administrations, eau potable, assainissement, ordures ménagères, voirie, budget, fiscalité, investissements...).
Cette proximité irremplaçable entre élus et non-élus qui manque à bien d’autres échelons, cette liberté d'action qui n'existe quasiment pas dans d'autres pays sont des trésors politiques et comptent parmi les raisons de la vitalité de notre démocratie. Il serait insensé de dilapider cet héritage.
→ Quelle doit-être selon vous la place des communes dans notre maillage territorial ?
→ Comment éviter que l’élection au suffrage universel direct des conseillers intercommunaux n’affaiblisse l'échelon communal ?
→ Faut-il donner la préférence à la coopération dans des syndicats intercommunaux (qui doivent rester des organes techniques) ou à l'intégration obligatoire dans des communautés de communes toujours plus éloignées des citoyens, et sujettes à des dérives politiciennes ?
2/ La place du Département
Le CR68 est tout autant attaché au Département, comme structure administrative et comme collectivité territoriale. Nous nous réjouissons que le mode de scrutin des conseillers territoriaux se soit calqué sur celui des cantonales, car c'est une élection populaire à fort coefficient d'ascenseur politique.
Pour autant, l'élaboration d'un « schéma entre le conseil régional et les conseils généraux » après les élections, région par région, pour répartir les compétences, semble relever de l'amateurisme à courte vue, qui masque un manque d'ambition à l'échelle du pays. Il risque d'aboutir rapidement à un émiettement de nos institutions.
→ Que pensez-vous de ces évolutions ?
→ En Alsace, un referendum sur les collectivités a été annoncé pour l'automne, visant à « expérimenter une intercollectivité, le Congrès ou Conseil d'Alsace ». Quelles sont vos positions, sur le principe d'un tel referendum, mais aussi sur son contenu ?
→ Pensez-vous que les départements soient devenus désuets et qu'il faudrait les fusionner avec la « région Alsace » ?
3/ Le rôle de l’Etat
Aujourd'hui, nous ne pouvons que constater l’absence d’une vision globale et claire de l’aménagement du territoire.
A l’échelon national, la « Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale », cette Datar créée en 1963, a été remplacée par la « Délégation Interministérielle à l'Aménagement et à la Compétitivité des Territoires » (Diact).
Avec la réforme territoriale, des « Métropoles » pourront se voir confier des compétences qui relevaient auparavant de la Région ou du Département tout comme « de grands équipements et infrastructures » qui dépendent de l'Etat, au prétexte de leur donner un statut « susceptible d'assurer leur rayonnement à l'échelle européenne ».
→ Comment éviter que la France, considérée comme un tout à aménager dans le cadre d'une République mettant tous les citoyens sur un pied d'égalité devant la Loi, ne devienne une simple collection de régions, de départements, et bientôt de métropoles, en compétition les uns avec les autres ?
→ Quelle place souhaitez-vous accorder à l’Etat dans l'aménagement planifié du territoire, alors que la métropolisation ressemble fortement au statut féodal des « villes libres » ?
→ Quel avenir pour les services publics dans ce système de concurrence inter-régionale ?"
L'intégralité des réponses a aussi été publiée :
http://cerclerepublicain68.over-blog.com/article-elections-cantonales-2011-reponses-des-candidats-dans-le-haut-rhin-69679091.html
Compte Twitter : @CercleRep68
Total délocalise ses bénéfices
Scandale fiscal Total
L’article 13 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 proclame que « pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable » qui « doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ». Que penser alors de Total, plus grande « multinationale française » (mais c’est sans doute là une contradiction dans les termes et le nœud du problème), dont les résultats pour 2010 ont récemment été annoncés ?
Avec un chiffre d’affaires plus important que jamais et des bénéfices qui dépassent les 10 milliards d’euros, l’entreprise n’aura, pour la deuxième année consécutive, aucun centime à débourser au Trésor public français.
Par quel miracle, se demandera-t-on ? En délocalisant ses bénéfices, en déclarant une perte de 207 millions dans l’Hexagone, par le biais de jeux comptables et de niches fiscales.
On pourra rétorquer qu’il est normal que les multinationales payent des impôts là où elles sont bénéficiaires, certes, mais il y a fort à parier que des paradis fiscaux apparaissent rapidement sur la liste.
Qui plus est, dans cette affaire, l’essentiel est d’ordre symbolique. Et l’on sait qu’en politique le symbole compte, notamment lorsqu’il contribue à augmenter l’exaspération populaire devant des politiciens préférant organiser leur impuissance en se cachant derrière les sacro-saintes règles de la concurrence mondialisée plutôt que de prendre leurs responsabilités. Autrement dit en se positionnant comme gestionnaires des conséquences de la mondialisation plutôt que comme Hommes d’Etat dignes de ce nom, au service de l’intérêt général.
Exigeons pour commencer que Total communique les montants d’impôts payés, pays par pays, dans les Etats où ses filiales réalisent des bénéfices. L’on y verra sans doute plus clair.
Jacqueline de Romilly, porte-flambeau des Humanités
C’est avec grande émotion que je viens d'apprendre le décès de l’académicienne Jacqueline de Romilly, ce 18 décembre 2010, à l’âge vénérable de 97 ans. Femme au grand cœur, au sens que lui donnaient les grecs anciens, c’est-à-dire femme de courage et de conviction, elle a porté haut, très haut, et avec ténacité, le flambeau des Humanités (les classiques, le latin, le grec ancien surtout) en un siècle qui a pourtant vu leur lente décrépitude tout en tenant hypocritement le discours pavlovien du progrès.
Hommage républicain
Considérant que la République ne serait pas ce qu’elle est, voire ne serait tout simplement pas, si ses principes et ses partisans ne s’étaient nourris et forgés en fréquentant l’esprit des grandes civilisations antiques, c’est en tant que républicains qu’il nous faut aujourd’hui lui rendre hommage, sans aucune considération politicienne.
Car la République n’aurait pas été si ambitieuse, et ainsi infiniment perfectible, sans ces braises d’antiquité conservées et recopiées dans les monastères lors des époques les plus obscures, ni sans ces passages de flambeau entre Anciens et Modernes, lors de Renaissances successives : celle, au début du IXème siècle, de la Maison de la Sagesse à Bagdad (dont l’équivalent contemporain a été détruit lors de l’invasion de 2003) ; celle du XIIème siècle chrétien qui vit la naissance des Universités (non utilitariste et non entachées par une vision comptable et donc rabougrie du savoir) ; ou celle évidemment du XVème siècle, amplifiée par l’invention de l’imprimerie et de la caravelle.
Avec sa rigueur intellectuelle et sa sensibilité d’écrivain,
Jacqueline de Romilly a été jusqu’au bout une de ces mémoires vivantes de la Culture universelle, celles qui font perdurer à travers les générations les pépites de l’intelligence humaine,
et dont nous avons tant besoin pour comprendre d’où nous venons, qui nous
sommes et où nous allons.
En un temps où l’on semble parfois avoir perdu le sens des
mots, y compris au sommet de l’Etat, en un temps où ce qui nous manque de plus en plus
cruellement, c’est la maîtrise de ce « logos »
qui signifie en grec à la fois « parole », « discours »,
« langage » mais aussi « rationalité » et « raison » (celle-là même qui nous
procure un incommensurable pouvoir d’adaptation, une relative maîtrise de soi
et du monde, et qui permet de canaliser la violence inhérente à l’animal humain), son amour du verbe – et
du beau verbe –, son esprit de distinction nous resteront comme éminemment précieux.
En un temps aussi où les savoirs, et au-delà d’eux l’Humain lui-même, sont réduits à des considérations purement utilitaristes, matérialistes et mercantiles, sa défense hardie et ardente du patrimoine de la Grèce ancienne, son engagement en faveur de l’enseignement littéraire en général, sont autant d’actes de résistance contre les visions à court terme des dirigeants du moment.
« Je suis un drapeau, l'emblème du grec ancien », a-t-elle encore récemment affirmé à une journaliste venue lui dresser son portrait.
Alors certes, aujourd’hui, le drapeau des Humanités est en berne. Gageons qu’il trouvera encore et toujours de fidèles porte-étendards qui, indéfiniment, le feront claquer au vent. Mais aussi les troupes qui devraient aller avec.
Aujourd’hui, ce sont ses livres, nombreux et féconds, qu’elle nous lègue en héritage. Il nous faut les lire, les ruminer, les prolonger et les perpétuer, chacun à sa manière. Par exemple en les offrant autour de nous, dès maintenant, sous l’arbre de Noël, pour nous soumettre humblement à l’impératif moral de transmission entre les générations.
Merci encore grand-mère.
Le cas Europe Ecologie
Europe Ecologie
ou la tentation ethnique
S’il est maintenant très probable que la majeure partie des conseils régionaux sera pilotée par des majorités roses-vertes, il est nécessaire de mettre en lumière une importante zone d’ombre d’Europe Ecologie : la promotion du régionalisme le plus rétrograde que l’on puisse imaginer. Nombreux sans doute ont été les électeurs ayant accordé leur suffrage à ce rassemblement en toute bonne foi, en toute ignorance de ce point obscur, aux antipodes de l’article premier de notre Constitution qui institue la République comme une et indivisible. Cet article, qui n'a d'autre but que de clarifier le débat, le leur fera peut-être regretter.
Europe Ecologie est le nom donné, lors des élections européennes de 2009, à des listes de rassemblement impulsées par Daniel Cohn-Bendit, dont les deux principales composantes sont les Verts et la Fédération Régions et Peuples Solidaires.
« Les nations sans Etat »
Pour qui aurait fait quelques recherches sur cette « fédération des partis politiques régionalistes et autonomistes » dont le logo apparaît clairement sur toutes les affiches de campagne aux côtés de celui des Verts, il n’aurait pas été difficile de trouver quelques idées à faire froid dans le dos. RPS prétend ainsi défendre les « nations sans Etat », comme le seraient l’Alsace, le Pays Basque, la Bretagne, la Savoie, l’Occitanie, la Catalogne ou encore la Corse.
C’est un fait avéré que les Verts pratiquent depuis longtemps des alliances régionalistes, particulièrement depuis 1999 à l’échelle européenne, avec l’Alliance Libre Européenne qui regroupe des partis « fédéralistes, autonomistes ou indépendantistes », Daniel Cohn-Bendit étant co-président du groupe Verts-ALE au parlement européen depuis 2002. Rien n’est donc caché pour qui sait chercher. Ce qui peut étonner, c’est le silence assourdissant des médias sur cette question, c’est aussi le peu de réactivité des autres acteurs de la politique française.
Or le scrutin de dimanche prochain est en passe de donner à cette mouvance de nombreux élus régionaux, sous l’étiquette écologiste. Ce sera autant de leviers politiques, de tribunes publiques et de réseaux opérationnels accordés à des organisations qui mettent en péril la République, en prônant la dissolution du Peuple français au profit d’une multitude de « nations » ethnico-linguistiques.
« Les Peuples de l’Hexagone »
La liste est longue des signes précurseurs de ce qui pourrait arriver si nous n’y prenons garde.
Ici et là, Europe Ecologie défend l’idée de Parlements régionaux, avec capacités législatives, comme par exemple en Alsace, dont les deux départements devraient fusionner. François Alfonsi, membre du Parti de la Nation Corse, récemment élu député européen en deuxième position sur la liste Europe Ecologie du sud-est, a ainsi pu affirmer, lors d’une récente conférence de presse tenue symboliquement sur les lieux du Parlement d’Alsace avant 1918, sous régime allemand : « Il y a un mouvement général d'autonomie régionale en Europe dans lequel la France est totalement isolée. Avec les Verts, on renversera le mur jacobin ! ».
Grâce à son alliance avec les écologistes, l’Union Démocratique Bretonne, qui prône un « nationalisme progressiste » à l’échelle de la Bretagne, table par exemple sur un minimum de quatre élus régionaux, même sans accord avec le PS.
De son côté, Philippe Meirieu, le Pédagogue, tête de liste E.E. dans la région Rhône-Alpes, s’est prononcé pour une région Savoie autonome, qui ferait sécession avec le reste de la collectivité territoriale, le Mouvement Région Savoie ayant réussi à obtenir au premier tour la 4ème position dans le département de Haute-Savoie.
Et la fédération RPS de proclamer encore sur son site : « pour la première fois de l’histoire, une formation autonomiste occitane est en capacité de faire élire des représentants dans la quasi-totalité des régions du Pays d’Oc. » « Pour les Peuples de l’Hexagone, ces élections peuvent devenir historiques », claironnent ces promoteurs du régionalisme intégral, qui se sentent pousser des ailes, debout sur le marchepied écolo.
Le démembrement de la France
Édifiante aussi, la page d’accueil du site internet de la Fédération RPS qui met en avant, depuis plusieurs années, une étonnante carte démembrant l’Europe, et tout particulièrement la France, en de multiples morceaux selon des critères ethniques et linguistiques, rappelant les pires pages de notre histoire (voir ci-dessus). On pourra aussi consulter avec autant de profit une autre carte du même acabit qui trouve sa place sur la façade de l’Alliance Libre Européenne.
Si les électeurs n’ont pas forcément conscience de ces enjeux lorsqu’ils mettent dans l’urne un petit bulletin vert, il serait toutefois irresponsable de la part de pontes socialistes négociant des accords de ne pas le savoir. Ou bien ce serait de l’ordre de la faute politique, avec circonstances aggravantes.
Pourquoi les voix qui s’élèvent habituellement pour dénoncer les dispositions antirépublicaines du Front National n’en feraient-elles pas autant, sinon plus, pour Europe Ecologie, en un sens bien plus dangereux puisqu’en passe de se retrouver dans le camp majoritaire ?
La République française est une construction politique éminemment originale et précieuse, mais c’est aussi un tissage séculaire extrêmement délicat. Et lorsque l’Etat faiblit, c’est-à-dire quand il ne répond plus aux aspirations des citoyens, quand il renonce à la spécificité de l’expérience historique qui est la sienne – en voulant, bon an mal an, appliquer au pays un modèle qui ne lui correspond pas –, lorsque la Constitution elle-même devient comme un brouillon que l’on peut raturer à tout vent, alors l’esprit féodal se réveille, les institutions s’effritent, le pacte social s’érode, et c’est tout l’édifice qui tremble. Et tous les moulinets sur l’identité nationale ne feront jamais que brasser de l’air pour masquer l’essentiel.
Rien n’est évidemment perdu, loin de là. Il ne s'agit pas de faire du catastrophisme, mais il est temps d’ouvrir les yeux sur les enjeux profonds d’une époque où l’on a malheureusement souvent l’impression que tout est vain.
Mathieu Lavarenne
Président du Cercle Républicain 68 Edouard Boeglin
Lancement du blog du Cercle républicain 68
Le blog du Cercle républicain Edouard Boeglin
Fondé en 2003, le Cercle Républicain 68 porte désormais le nom de son fondateur, le journaliste, écrivain et historien « Edouard Boeglin ».
C’est un club politique, comme il y en avait à l'époque révolutionnaire - ceux des jacobins, cordeliers et autres feuillants -, dont la vocation est d’éclairer le débat civique, de diffuser et de défendre les principes de la République une et indivisible, laïque, démocratique et sociale (art. 1 de la Constitution) qui vit actuellement des heures sombres.
Sans préjuger des appartenances particulières de chacun de ses membres, l’association rassemble des citoyens engagés dans la vie publique à des degrés divers.
Le CR68 souhaite, entre autres actions politiques, proposer à ses adhérents ainsi qu’aux citoyens en général, des conférences et débats aux thématiques variées, veillant à solliciter des intervenants de qualité, au regard de l’actualité politique nationale, internationale ou locale.
Opération « Père Fouettard » à la Poste
Billet d’humeur
Opération « Père Fouettard » à la Poste
En ce début du mois de décembre, une Poste fraîchement « relookée » présente son nouveau visage à ses usagers, ou plutôt à ses "clients". Ils sont en effet nombreux ceux d’entre eux qui ont reçu un bien surprenant courrier, émanant de la « plateforme de distribution du courrier d’Altkirch ». Une lettre ayant pour objectif la mise aux normes dans l’emplacement des boîtes aux lettres, à installer en limite de propriété. Demande légitime, on en convient sur le fond. Mais, quelle forme exécrable !
Si, en faisant un gros effort, l’on peut négliger le fait que ledit courrier ne comportait aucune formule de politesse, pourtant toujours en usage, le plus dur à avaler était l’ultimatum lancé par cette missive exigeant le retour de « la demande de raccordement (sic !) pour le 18 décembre ». « Après cette date, votre facteur ne pourra plus distribuer votre boîte aux lettres sur son emplacement actuel et votre courrier sera alors disponible dans votre bureau de poste ». A savoir, non plus les bureaux de proximité, mais la plateforme d’Altkirch, parfois située à une vingtaine de kilomètres de distance. Pour un courrier daté du premier décembre (c’est le cas de celui que j’ai pu lire), c’est fort en café !
Ultimatum
Voici donc un bureaucrate (« responsable qualité et organisation ») que vous n’avez jamais vu, jamais entendu, sans doute fraîchement sorti d’une nouvelle école de "Manadjmennt’", qui ne connaît sans doute pas ou peu le village dans lequel vous habitez, et qui tout d’un coup vous met en demeure, sans aucune information, ni incitation, ni sommation préalables : vous avez deux semaines, ni plus ni moins, quelle que soit votre situation, pour vous mettre en conformité, sinon… plus de courrier à domicile !
Et peu importe que votre boîte aux lettres soit installée le long de votre maison depuis fort longtemps (en tout cas bien avant la création d’un poste de responsable ès qualité et organisation, et sans doute même avant la naissance de celui qui occupe le poste aujourd’hui). Peu importe aussi si vous avez déjà fait, certes sans vous presser, le projet de cette mise aux normes. Le temps de la rentabilité n’est manifestement pas celui de l’humanité. Comme des petits lapins blancs du pays d’Alice, il vous faut courir. Et vite.
Allô, y’a quelqu’un ?
Pour celui qui s’étranglerait de rage en lisant cet insolent courrier et qui désirerait en joindre le signataire, c’est quasi peine perdue. Les nouvelles tours de marbres de cette nouvelle espèce de « DRH qui s’en lavent les mains » étant bien hautes et inaccessibles. Car le numéro de téléphone indiqué au bas de la missive (le fameux 36-31) permet tout juste de tomber sur une innocente opératrice (pas indonésienne pour le moment, renseignement pris) qui ne connaît rien ni à votre dossier ni même au Sundgau, cette terre où la politesse et les civilités sont encore prisées.
Et si vous vous décidiez à grogner un peu plus fermement, on vous « transférerait » rapidement vers un « responsable » conciliant, opinant à tout ce que vous dites (après avoir apparemment réécouté l’enregistrement de votre conversation avec l’opératrice), trouvant inadmissible ce que vous trouvez inadmissible, impoli ce que vous jugez impoli, et vous promettant de morigéner le coupable (dont il vous fera scrupuleusement épeler le nom, avec des trémolos dans la voix) afin de l’obliger à vous rappeler dès le lendemain. Mais, plus d’une semaine plus tard et après une nouvelle tentative, force est de constater que les promesses n’engagent visiblement que ceux qui y croient… le Père Noël sera sans doute là avant.
La seconde possibilité suggérée par le courrier (tout aussi inefficace) serait alors de vous retourner vers votre facteur, celui-ci servant utilement de fusible pour essuyer l’avoinée à la place du véritable récipiendaire de votre colère. Et sinon, que faire ?
Pressage de citron
Si encore cette demande, légitime dans le fond – j’insiste – mais inadmissible dans sa forme (car on ne commence pas avec des sommations), répondait à une requête des facteurs souhaitant améliorer leurs conditions de travail, ce que sous-entend pourtant le courrier… Mais qui est dupe ? Chacun comprend bien que ce qui est visé là est une accélération de la cadence, une élimination du temps parasite (un facteur qui sort de sa voiture et discute avec les gens n’est pas assez rentable). Autrement dit le pressage du citron. Et tant pis pour l’humain, et tant pis pour la politesse, et tant pis pour la civilisation !
Monsieur la Poste, quand vous voulez, vous êtes le bienvenu chez moi. On me trouve aussi dans l’annuaire. Nous pourrions alors discuter de tout cela, autour d’un petit canon. En hiver, cela réchauffe les cœurs.
Mathieu Lavarenne – décembre 2009








