Le Blog de Mathieu Lavarenne

Vous trouverez dans ce blog des analyses politiques, des réactions à l’actualité, des prises de position.

28 mai 2009

Elections européennes 2009

Europes2009, une initiative politique essentielle

Face à tous les sondages "sur l’Europe" qui fleurissent à l’occasion des européennes et ne laissent aux sondés que le choix d’opiner en faveur de réponses qui sont toutes inscrites dans la seule perspective de continuer ou de surenchérir l’Union (traités de Rome, Maastricht, Lisbonne), il était nécessaire de proposer un questionnaire qui offre un spectre de réponses couvrant une vraie pluralité de possibilités.

« Europes2009.net » c’est quoi ? Un portail pour débattre des questions européennes, conçu sur la base d’un questionnaire (anonyme, les internautes n’ont pas à dire qui ils sont, et ne le peuvent d’ailleurs pas), un questionnaire dont les réponses sont exploitées par un module d’analyse qui produit une synthèse ainsi que des diagrammes qui rendent plus intelligible la position de l’internaute. Puis, le portail est complété d’un forum pour débattre et d’un site pour publier des analyses et des documents de référence.

Qui en est l’auteur ? Le RCR, Rassemblement des Citoyens pour la République, un parti politique de taille modeste, mais qui mériterait bien de devenir beaucoup plus gros (allez jeter un oeil).

Quand ? Le site a été conçu à l’occasion des élections européennes du 7 juin 2009, mais il continuera d’exister après.

Pourquoi ? Pour faire connaître les politiques et les idées du RCR et plus particulièrement sa façon de poser les lignes de clivage qui traversent selon lui les questions européennes, lignes de clivage qui sont bien loin de se réduire aux navrants « pour l’Europe » et « anti-européen » dont on nous rebat les oreilles. Le paradigme du RCR se compose de 4 pôles distincts : « cette Europe », « l’autre Europe », « quitter immédiatement », « indépendance coopérations ».

Comment le site fonctionne-t-il ? Il faut d’abord remplir le questionnaire (on peut le refaire autant de fois qu’on le souhaite), puis on peut examiner et comparer ses réponses dans le module conçu à cet effet. Celui-ci permet de visualiser les réponses dans plusieurs diagrammes. Ces diagnostics qui sont présentés aux internautes servent à déclencher le débat qui se poursuit sur le forum du site.

C’est où ? Sur l’internet, à cette adresse : www.europes2009.net

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19 novembre 2008

Retour sur les législatives de 2007

bretton_woods_signDe la nécessité de nouveaux traités internationaux


Alors que la crise financière, économique, bientôt sociale, est en train de secouer le monde, il me paraît judicieux de republier les principaux extraits de la lettre de campagne distribuée lors des législatives en juin 2007.

Je n’en retire pas un mot, bien au contraire. Et force est de constater que bien peu de candidats avaient à ce point mis en avant le problème de la finance mondialisée et dérégulée. Il faudrait sans doute relire l'ensemble des professions de foi pour se rendre compte combien la majorité des partis politiques ne partait pas d'un diagnostic pertinent.

Lorsque nous évoquions explicitement Keynes, les accords de Bretton Woods et la nécessité de nouveaux traités internationaux, y compris européen, combien de sourires condescendants ou indifférents ?

Aujourd’hui tout semble avoir changé. Du moins dans le discours. Or il est peu probable que ceux-là mêmes qui durant de longues années, voire des décennies, ont prôné haut et fort les bienfaits de la « mondialisation heureuse », modifient maintenant en profondeur leur logiciel intellectuel.

Un citoyen averti en vaut deux. Ne soyons pas naïfs, demeurons exigeants.

 

Lettre de campagne du 21 mai 2007 :

« On a bien pu voir [ces dernières années] quelques mesurettes sociales d’un côté, économiques de l’autre... mais les problèmes n’ont pas été traités à la racine : un commerce international détruisant le développement, l’instabilité monétaire, la financiarisation de l’économie, les conséquences de l’invasion de l’Irak par les USA, la destruction des ressources naturelles et la pollution de l’environnement... Ils ont été absents du débat présidentiel ou alors abordés dans leurs conséquences, par le petit bout de la lorgnette.

La France ne doit pas se résigner à une mondialisation libérale, présentée comme inéluctable. Notre pays soi-disant « en retard » sur les autres devrait s’adapter toujours plus pour devenir enfin « moderne ». Nous pensons que la politique doit donner des règles à l’économie, que l’instruction publique doit transmettre des valeurs et des savoirs, que l’éducation doit donner des cadres aux jeunes enfants.

La France doit reprendre confiance en son modèle républicain. Avec ses institutions laïques et ses services publics, le système français n’est pas ringard. L’Etat-nation, comme communauté de citoyens, indépendamment des origines ethniques, religieuses ou sociales, n’en est qu’à ses débuts dans l’histoire du monde. Notre politique étrangère, équilibrée et indépendante, doit avoir le courage de défendre une refondation des traités internationaux, sur le modèle des accords de Bretton Woods en 1944, mais aussi des traités européens, en vue d’une Europe des nations et des grands projets. Nous ne serons pas seuls ! La voix de la France est attendue dans le monde. »

Voir le programme complet que nous avions publié alors.

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27 juin 2008

Un nouvel allié objectif du système UMPS

Besancenot, le rêve de Sarkozy

J'ai fait un rêve...

Dimanche 22 avril 2012

Il est 19h59.

Après une campagne relativement morne, la tension est montée d’un cran dans les QG des différents partis politiques, quelques secondes avant le résultat du premier tour de l’élection présidentielle.

Depuis une demi-heure, les rumeurs circulent parmi les militants : un des deux « grands » candidats annoncés ne serait pas présent au second tour… comme en 2002. Sur fond de participation électorale en berne : seulement 40% de votants, du jamais vu pour une élection présidentielle, en France du moins ; sans comptabiliser les non-inscrits, de plus en plus nombreux.

Ca y est, 20h.

Sur les écrans à plasma géants apparaissent les visages de Nicolas Sarkozy et… d’Olivier Besancenot. Nouveau choc dans ce qu'il reste de notre démocratie. Avec 17% des suffrages exprimés - contre 18% pour l'UMS (Union pour une Majorité Sarkozyste) -, l’extrême gauche, incarnée par le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste, fondé en janvier 2009), bouscule le PSL (Parti Social Libéral), que sa base électorale a largement fui (seulement 15% des suffrages). Sa candidate malheureuse, Ségolène Royal, décide sur le champ de se retirer « définitivement » de la vie politique, pour se consacrer à sa vie maritale avec le nouveau “s’crétaire” général du PSL, M. Delanoë, récemment tombé sous son charme.

Aucun des dix autres partis présents dans la course ne dépasse les 10%. La confusion est à son comble.

Les quelques élus du NPA – députés européens, conseillers régionaux et généraux du Nord de la France – passent en boucle sur les ondes pour se féliciter de la « chance historique » que connaîtrait la France du fait de cette percée électorale inédite. On découvre à l’antenne les sourires épanouis du jeune postier et de sa nouvelle “associée”, Clémentine Autain, la porte-parole européenne du NPA.

La bataille pour le second tour commence. Mais ils sont peu à y croire réellement.

Dimanche 6 mai 2012

20h. Le score est écrasant : Sarkozy est réélu avec 65% des voix, alors que depuis 3 ans, sa cote de popularité était à son niveau le plus bas (encore plus bas que Chirac, c’est dire…).

Olivier Besancenot, qui a tout de même réussi à obtenir 35%, repart satisfait d’avoir fait trembler la France, sans pour autant avoir les responsabilités du pouvoir à exercer.

En attendant, la France reste coincée plus que jamais sous la chape sarkozyenne qui continue de peser au sommet de l'Etat pour 5 ans encore. Jusqu'en 2017. Si rien ne vient interférer.

Mais d'ici là, bien des choses auront changé avec la poursuite de la réforme institutionnelle. La nouvelle Confédération Française, agglomérat de petites régions dont certaines auront été refondues sur des bases communautaires et ethniques, ne s'occupera plus que des quelques prérogatives qui n'auront pas été cédées aux proconsuls européens, dans leur Palais de Verre à Aix-la-Chapelle, nouvelle capitale politique de l'UE.

Politique-fiction ubuesque ?

La “Mare aux Canards”, en page 2 du Canard Enchaîné, daté du 18 juin 2008, relate en la matière une anecdote saisissante qu'il convient de méditer et de retenir, dans les mois à venir.

En effet, quelques jours auparavant, le 7 juin, en voyage officiel au Liban, Nicolas Sarkozy avait emmené avec lui des représentants des principaux partis politiques français : François Bayrou, Marie-George Buffet ou encore François Hollande. S’adressant à ce dernier dans un langage particulièrement fleuri, le Président français tonnait : « Vous nous avez bien emmerdés avec Le Pen pendant des années, maintenant on va vous niquer avec Besancenot » [sic].

Alors, Olivier Besancenot, allié objectif du système UMPS, qu’il souhaite pourtant combattre (et il ne s'agit pas ici de lui faire un procès d'intention) ? Certainement. Tout comme l'a été Jean-Marie Le Pen (mis en avant par François Mitterrand en 1984-85 quand il s'agissait de diviser la droite, faut-il le rappeler), en 2002, lorsqu’il avait neutralisé la contestation face à un Chirac réélu avec un score de Pacha (82%).

Car l'un comme l'autre est assuré de ne jamais passer le stade du second tour, leurs programmes étant trop éloignés de l'esprit politique de la République et de la France.

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Réforme de la télévision publique

France Télévision, service de propagande pour Bruxelles ?

Mercredi 25 juin 2008, après quatre mois de travaux, Jean-François Copé, président de la commission "pour une nouvelle télévision publique", a remis à Nicolas Sarkozy un  rapport de 50 pages, suite à l’annonce de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, le 8 janvier.

Le rapport affiche crânement la « volonté de renouer avec des rendez-vous éditoriaux forts, sur des thèmes fondamentaux pour la société d’aujourd’hui et qui sont insuffisamment exposés : l’Europe, la vie politique, l’environnement, l’économie, les sciences, les arts et les spectacles ». Notons bien l’Europe en tout premier lieu… car oui, nous ne parlons pas assez d’Europe ! C’est d’ailleurs pour cela que le “non” l’a emporté lorsque le peuple a été consulté (…comme si le débat de 2005 n’a pas été un débat de fond tel que la France en a rarement connu…).

D’ailleurs, si les citoyens sont mal informés, c’est aussi parce que les questions européennes sont beaucoup trop compliquées pour eux… La preuve : les ouvriers se sont très majoritairement opposés au Traité Constitutionnel Européen de 2005, alors que les cadres supérieurs avaient plutôt voté “oui”… Et il est bien connu qu’un ouvrier, ça n’est pas très intelligent (en plus de sentir fort sous les bras). Ainsi, « de nombreux sujets sont considérés comme exigeants, et donc peu susceptibles de rencontrer une audience. » Voilà qui ne doit pas faire baisser les bras à un service public du 21ème siècle. « A titre d’exemple, la promotion de l’idéal européen [sic] ne doit en aucun cas se limiter à un grand débat ou un documentaire isolé. Il doit s’agir d’une séquence longue, mettant le propos politique ou savant en résonance avec une approche ludique reposant par exemple sur la fiction, comme le film l’auberge espagnole, des magazines, de l’information, des divertissements. » Dommage donc que le suffrage censitaire ait été aboli. Heureusement qu’il reste la propagande pour monter de grandes fictions (le terme est décidément très juste), de nature hagiographiques, sur le bel idéal européen tant malmené par les masses incultes...

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08 mai 2008

Histoire - Seconde guerre mondiale

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La résistance en Alsace

 

QUELQUES REPERES CHRONOLOGIQUES – ARRIERE PLAN HISTORIQUE

 

  • 1933 : Hitler parvient au pouvoir par voie démocratique. Les premiers camps de concentrations sont ouverts d’abord pour y emprisonner les opposants politiques. Ensuite, Hitler enchaîne les provocations.
  • 1934-1935 : l’Allemagne se remilitarise, en violation du traité de Versailles signé en 1919 (navires de guerre, service militaire, augmentation des effectifs…, avec le partenariat de grandes compagnies américaines comme Ford...)
  • 1936 : Hitler réoccupe militairement la Rhénanie, sur la rive gauche du Rhin, au Nord de l’Alsace.
  • Mars 1938 : l’Autriche est annexée. Quelques protestations verbales de la France et de la Grande Bretagne.
  • Septembre 1938 : Hitler revendique les Sudètes, une partie de la Tchécoslovaquie ; les accords de Munich sont signés (Fr ; GB ; It ; All). Hitler promet en échange une paix de 1000 ans, jure qu’il n’en demandera pas plus ! L’armée tchèque qui avait commencé à mobiliser doit ranger les armes.
  • 1939 : c’est l’invasion de la Pologne, écrasée en quelques jours. La France déclare la guerre à l’Allemagne, mais la drôle de guerre commence. Les armées françaises restent à l’abri derrière la ligne Maginot construite à partir de 1930 (et dont il reste de nombreuses traces visitables en Alsace, particulièrement au nord de Haguenau). Elle fut efficace, puisque les allemands durent la contourner.
  • Dès le 2 septembre 1939, le calvaire des Alsaciens commence. En effet, le long du Rhin, sur une bande de plusieurs kms, tous les villages sont évacués préventivement. Les habitants sont déplacés vers le Sud-ouest de la France. 430 000 évacués, soit presque 1/3, par rapport à la population de l’époque. Strasbourg est vide d’habitants, mais les nazis organisent la propagande d’un soi-disant peuple acclamant l’arrivée des troupes allemandes…
  • 10 mai 1940 : les divisions blindées allemandes envahissent la France par les Ardennes, là où on ne les attendaient pas.
  • 14 mai : les ponts strasbourgeois sont dynamités. Au total, 250 ponts routiers et ferroviaires seront détruits en Alsace-Lorraine.
  • En quelques semaines l’armée française est défaite : c’est la débâcle. Le 14 juin 40, Paris est occupée.
  • Il y a eu un front alsacien, mais qui n’a été que d’une faible importance et a débuté tardivement, à la mi-juin, quand la Wehrmacht était déjà dans Paris et à Orléans. En effet, le 15 juin, une petite partie de l’armée allemande franchit le Rhin sur des bateaux en caoutchouc au niveau de Colmar et Sélestat.
  • Le 18 juin, le jour de l’appel du Général de Gaulle à la Résistance, depuis Londres, Mulhouse tombe. Le 19, le drapeau nazi flotte sur la cathédrale de Strasbourg. Le 21 juin, c’est au tour d’Altkirch.
  • Le 22 juin, l’armistice est signé, les armes sont déposées.

 

La France est alors divisée en plusieurs zones : une zone occupée au nord, une zone libre au sud dont la nouvelle capitale est Vichy et dont le nouveau chef de gouvernement est le Maréchal Pétain auquel de nombreux Français font encore confiance pour éviter le pire.

Dans la France occupée ou dans la France de Vichy, la Résistance va mettre un certain temps à s’organiser. Mais cela sera particulièrement difficile en Alsace

 

POURQUOI ? QUELLES SONT LES PARTICULARITES DE LA SITUATION ALSACIENNE ?

 

Assez vite, contrairement aux accords d’armistice, l’Alsace et la Moselle vont être considérés comme des régions annexées. Le but est la germanisation des habitants, considérés comme des allemands de race, selon les conceptions des nazis qui souhaitaient la constitution d’une grande Allemagne au cœur de l’Europe, peuplée de 250 millions de germains de pure souche.

Le 28 juin 1940 : Hitler se rend à Strasbourg et à la Cathédrale, puis au col de la Schlucht où il jure de conserver « pour toujours », dit-il, « cette belle région »...

 

Les nazis vont rapidement faire disparaître l’organisation administrative de l’Alsace et de la Moselle. Le but est la création d’une nouvelle région Alsace-Bade, appelée Région du Rhin supérieur (Oberrheingau), sous la direction du Gauleiter Robert Wagner, un ami de longue date de Hitler, chargé de germaniser l’Alsace en 10 ans. Les nazis manifestent une volonté d’effacer toute identité française mais aussi alsacienne. Le dialecte alsacien est interdit, tout comme le français, au profit du bon allemand.

Dans son discours à Strasbourg le 28 mars 1943, le Gauleiter Robert Wagner affirme : « Si un alsacien vient et me déclare : ‘je ne suis pas un allemand, mais je suis français, c’est-à-dire je me considère comme français’, je ne puis que lui répondre : ‘tu n’es pas un français, tu es un traître allemand [...] Aussi devras-tu comprendre qu’on se débarrassera rapidement de toi’ ». Le message avait le mérite d’être clair.

Les préfets sont expulsés, tout comme les fonctionnaires qui ne sont pas de « race » germanique, selon les critères nazis. Dès juillet 1940, 10000 juifs sont chassés d’Alsace. On expulse aussi des alsaciens trop ostensiblement pro-français... On compte environ 45000 expulsions d’« indésirables » entre juillet et décembre 1940 : 2 h pour se préparer et 50 kg d’affaires au maximum…

Sur les 6200 instituteurs alsaciens qui restèrent alors en place, 5000 durent aller en Allemagne pour y subir une « rééducation » à la vision du monde nazi. Pendant ce temps, 5000 Lehrer allemands les remplacèrent pour lutter contre « l’esprit français dégénéré » : la France, pays de la paresse, du mélange des races, de la domination juive... On a voulu enseigner la fidélité au sang et à la race dès l’école primaire.

Tout ce qui pouvait symboliser la France a été interdit : le port du béret, l’usage de la langue française (on pouvait être dénoncé et condamné pour un simple « merci » en français).

Le 2 juillet 40, la décision est prise de remplacer les noms de communes, les panneaux indicateurs, les noms de rue, et même les noms de famille, par des noms allemands.

Il y eut aussi des appels officiels à l’autodafé, c’est-à-dire à brûler sur la place publique, lors de jours indiqués, tous les livres français ou pro-français... toute cette « littérature pourri, moribonde, décadente » de la France, comme on pouvait le lire sur certains tracts. Le premier acte de résistance de certains alsaciens a été de cacher des livres au fond d’une armoire, sous leur plancher ou dans leur grenier.

L’oppression allemande n’a pas été seulement humaine, mais elle a aussi été matérielle et économique, par le pillage des ressources, exportées vers l’Allemagne. Les usines ont été réquisitionnées et reconverties vers l’industrie de guerre, comme par exemple l’usine Bugatti à Molsheim.

En avril 1941, c’est construction du camp du Struthof où les prisonniers connurent d’effroyables conditions de survie, voire des « expérimentations » scientifiques dans leur chair. C’est un camp sans équivalent sur le reste du territoire français. On y comptera environ 10 000 victimes. Au total, près de 15 000 Alsaciens ont été à un moment ou à un autre arrêtés par la police allemande pour une période importante : cela fait environ 1,5% de la population, soit proportionnellement 7 fois plus que sur le reste du territoire français.

 

La population alsacienne est fortement heurtée par la brutalité des méthodes nazies. Et beaucoup d’entre eux se sont lancés dans la voie de la résistance, par différents moyens.

 

QUELS ONT ETE LES MOYENS DE LA RESISTANCE ? COMMENT A-T-ON RESISTE ?

 

  • Par le mépris et la passivité.

La résistance alsacienne sera pour une grande partie une résistance passive, c’est-à-dire que de nombreux alsaciens ont « traîné des pieds » devant l’occupant. La résistance active, opérationnelle, fut extrêmement difficile en raison du contrôle permanent, du quadrillage militaire et policier.

On l’a vu, les moyens mis en œuvre par les nazis et les partis alsaciens pro-allemands pour germaniser l’Alsace ont été très importants. Mais les résultats ont été rapidement et officiellement jugés comme très décevants… Les nazis vont alors se méfier des Alsaciens.

Un officier allemand témoigne : « quand nous sommes entrés en Autriche, il y eut des gens pour nous acclamer, car nous avions déjà nos organisations là-bas. En Tchécoslovaquie, on nous a lancé des pierres, en Pologne, on nous a tiré dessus. Mais la pire réception nous attendait en Alsace, où nous fûmes partout accueillis par le silence et le mépris ».

Ainsi, le 22 juin 1941 à Colmar lors d’une visite officielle du Gauleiter Wagner, l’accueil de la population est glacial, le silence est complet sur son passage malgré l’important cortège, seuls quelques allemands, venus expressément, criaient ‘Heil Hitler’.

 

Au début de l’été 41, un résistant met en place un groupe qui lui permet de rédiger un rapport dit ‘rapport d’Alsace’ destiné au gouvernement de Vichy et au général De Gaulle. Il y est question de « l’attitude pro-française » de la population alsacienne qui, de l’aveu même des Allemands est hostile au nazisme à 90-95%. Un second rapport est publié début 1942. On y apprend que les paysans alsaciens traînent fortement les pieds devant les nazis. Ainsi, des collectes d’œufs ont été organisées par les autorités nazies. La fourniture des œufs a donné de bons résultats dans le pays de Bade, mais de très mauvais en Alsace : l’Alsace entière (tous ses arrondissements) « n’a pas fourni autant d’œufs qu’un seul arrondissement du pays de Bade », dit le rapport ! On peut peut-être imaginer que les poules alsaciennes étaient bien malades...

 

Malgré d’importants efforts, le NSDAP (le parti nazi) restera toujours un corps étranger en Alsace. Le système ne tenait qu’à cause de la terreur et du chantage. Certes, beaucoup d’alsaciens étaient inscrits dans une des différentes organisations nazies (syndicats, associations, etc.), mais rares sont ceux qui l’ont fait volontairement. L’Alsace comportait environ 1 million d’habitants en 194, mais seulement 30 000 membres volontaires du NSDAP c’est-à-dire 3% de la population, malgré les fortes pressions et les réelles menaces souvent exécutées, alors qu’en Allemagne, c’était bel et bien un parti de masse.

 

  • Par des actes isolés et spontanés.

De jeunes lycéens. En novembre 1940, le drapeau nazi flottait à un mat de la cour du lycée Bartholdi de Colmar. Une nuit, il fut arraché par des élèves qui l’ont remplacé par une pancarte où il était inscrit : « vous avez vu ce drapeau pour la dernière fois. Le mât peut encore servir pour pendre Hitler. Vive la France ! ». Les mêmes lycéens revinrent quelques jours plus tard pour mettre des drapeaux français sur des portes du lycée et pour y inscrire « Vive la France ». Mais, sans doute trahis, ils étaient attendus par la Gestapo. Quatre d’entre eux furent jetés en prison pendant plusieurs semaines, tabassés, et l’un d’eux a été expulsé d’Alsace, loin de sa famille.

 

A l’école, il suffisait d’un mot de travers, d’un mauvais comportement, pour être envoyé au camp de redressement de Schirmeck, ouvert dès août 1940, et livré au sadisme de son commandant qui avait les pleins pouvoirs sur ses prisonniers. Dans le même lycée de Colmar, des élèves avaient inscrit au tableau d’une salle « A bas le directeur ! ». Celui-ci était un nazi. Il a immédiatement prévenu la Gestapo et si le coupable avait été découvert, il aurait eu droit à 3 mois de camp de redressement à Schirmeck.

 

De jeunes villageois. Pendant les années d’occupation, le 14 juillet, fête nationale française, fut régulièrement fêté en famille, où on levait le verre à l’avenir de la France... A Hochfelden, de jeunes villageois prirent la décision de fêter publiquement le 14 juillet 1941, comme avant, malgré les risques. On se disait que si tout le monde s’y mettait, les nazis ne pourraient rien faire. Ainsi, le 13 au soir, les policiers allemands furent saoûlés et enfermés ivres. Le cortège se déploie le lendemain, des couronnes de fleurs sont déposées à côté du monument 14-18 qui avait été jeté dans la carrière par les allemands. On chante la Marseillaise, Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine... Mais la Gestapo intervient et presque tous furent arrêtés : 106 jeunes gens furent envoyés en rééducation au camp de Schirmeck !

 

  • Par le refus de servir l’Allemagne.

Le 8 mai 1941, les jeunes alsaciens ont été obligés de participer au Service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst). C’est un service de 6 mois, où l’on évitait de mettre ensemble les jeunes d’un même village, qu’on mélangeait avec des allemands. Ce fut un signal pour beaucoup de jeunes, une invitation à la fuite. Dans certains villages, la moitié des jeunes disparut !

Par la suite, avec l’intensité croissante de la guerre, les nazis collèrent des affiches pour appeler à des engagements volontaires dans la Wehrmacht qui devait augmenter ses effectifs. Ce fut un échec important : seulement 3000 personnes, en grande partie des jeunes allemands venus après l’annexion, répondirent à l’appel.

D’où le décret du 25 août 1942 qui instaurait le service militaire obligatoire pour les classes d’âge 1924 à 27 (15 à 18 ans), puis étendue à 1908 (jusqu’à 34 ans) ! C’est le début de l’incorporation de force. Les premiers conscrits arrivèrent parfois avec le drapeau français, mais la répression fut féroce. De nombreux réfractaires furent envoyés au camp de Schirmeck. Les familles des jeunes étaient menacées de déplacement dans le Reich pour avoir « manqué gravement au devoir d’éducation ».

Les 12-13 février 1943, à Ballersdorf, dix-huit jeunes gens qui avaient décidé d’éviter l’incorporation furent arrêtés, puis fusillés quelques jours plus tard dans la carrière du Struthof. Leurs familles furent amenées au camp de Schirmeck avant d’être déportées en Allemagne.

En tout, 130 000 alsaciens et mosellans durent aller au front pour se battre sous le drapeau nazi. Un tiers n’en reviendra pas. Ce sont les « Malgré nous ». Les nazis les ont envoyé sur le front de l’est pour éviter qu’ils ne désertent et passent en France, car du côté russe, il y avait moins de risque de désertion. Ceux qui s’y risquaient étaient souvent emprisonnés dans les camps de prisonniers chez les soviétiques, considérés comme de simples allemands.

 

En 1942, les dirigeants nazis ne se faisaient plus d’illusion sur l’hostilité de la population alsacienne. Il y eut des menaces de régler le cas alsacien violemment : par la dispersion des alsaciens dans le Reich et la colonisation de l’Alsace par des nazis allemands, mais heureusement, les nazis n’en eurent pas le temps, la guerre devenant de plus en plus pesante.

 

  • Par des filières de passeurs, facilitant les évasions de prisonniers de guerre ou de réfractaires.

Durant la guerre, l’Alsace est une grande filière d’évasion des prisonniers de guerre. La plus célèbre étant l’évasion du général Giraud, par Liebsdorf, le 18 avril 1942, qui a été permise par des Alsaciens, au prix de leur vie. De nombreuses jeunes femmes aidèrent aussi les prisonniers à rejoindre la frontière française ou suisse, grâce à leur connaissance du terrain.

Dans le Sungdau, des centaines de jeunes, déserteurs du service militaire obligatoire, passent la frontière suisse, malgré la zone de surveillance renforcée. Les très nombreux passeurs risquaient quant à eux la prison ou l’exécution.

 

  • Par la création de réseaux de résistance.

Dès 1940, de nombreux petits réseaux organisationnels se mettent en place. Le principe en est souvent le même : on crée des cellules de 3 à 4 membres, liés par serment. Chaque cellule se constitue alors un réseau de sympathisants, non initiés à l’organisation secrète, afin de limiter les dégâts en cas de trahison. Leur objectif : contribuer à la libération de l’Alsace le moment venu ; prendre alors en main l’administration locale pour éviter les troubles jusqu’à l’arrivée des autorités françaises ; en attendant, faire de l’espionnage, de la transmission d’informations vers la France…

Il y eut d’abord quelques groupes isolés, opérant au hasard. Par exemple, près de Saverne où les berges du canal de la Marne au Rhin sautèrent plusieurs fois. Puis des réseaux plus organisés firent leur apparition :

- dans le Haut-Rhin, à Thann, la « 7ème colonne d’Alsace », un des premiers réseaux de France, est créée le 1er septembre 40.

- en septembre 1940, le jeune Marcel Weinum de Brumath (alors âgé de 16 ans seulement) constitue un réseau de résistance, « La Main Noire ». Le 8 mai 1941 à Strasbourg, avec un comparse, il jette une grenade sur la voiture de Wagner. Ils sont arrêtés peu après. L’un est abattu à bout portant en décembre 1941 au camp de Schirmeck. L’autre est exécuté le 14 avril 1942 à la prison de Stuttgart.

- à Strasbourg, le Dr Bareiss créé lui aussi un réseau en janvier 1941, le « réseau Bareiss ». C’est un mouvement gaulliste branché sur Londres. On cherche à recruter des aides efficaces dans toutes les administrations. Vers mi 41, c’est fait. Cela permet à la résistance française et au général de Gaulle d’être au courant des mesures prises par les Allemands.

- le « Front de la jeunesse alsacienne » est créé au printemps 1941 par des étudiants et des responsables de mouvements de jeunesse d’avant guerre, en particulier le scoutisme catholique. Ils contribuent à l’organisation des filières de passeurs pour les prisonniers de guerre, font aussi du renseignement dans les administrations, et fabriquent de fausses cartes d’identité.

 

Malheureusement, de très nombreux groupes sont démantelés fin 1942, lors d’une grande contre-offensive de la Gestapo. Leurs chefs sont exécutés en 1943 pour la plupart ou condamnés aux travaux forcés à perpétuité.

 

  • La Résistance des Alsaciens de l’intérieur :

La résistance alsacienne s’est aussi développée dans le sud de la France où nombre d’alsaciens étaient restés suite à l’évacuation de 1939, rejoints plus tard par les déserteurs.

Un comité directeur de la Résistance alsacienne fut ainsi constitué en 1942 dans la région de Lyon. Le Groupe Mobile d’Alsace Sud est créé autour de Périgueux, Toulouse et Limoges. Après la libération du sud de la France, il se regroupe sous le commandement d’André Malraux, l’écrivain et futur ministre de la culture de De Gaulle, et prend alors le nom de Brigade Alsace-Lorraine, intégrée au sein de la 1ère armée française du général De Lattre de Tassigny, débarquée le 15 août 44 en Provence et participa à la Libération de l’Alsace.

Enfin, la 2ème Division Blindée du général Leclerc, qui va libérer Paris ou encore Strasbourg, comptait 1000 alsaciens sur les 15000 hommes de ses effectifs.

 

LA LIBERATION

 

La résistance sous forme de maquis a été très difficile en Alsace. Il y eut toutefois quelques maquis dans les Vosges et dans le reste de l’Alsace à partir de l’été 1944, après le débarquement, lorsque le signal fut donné. Des terrains de parachutages ont alors été prévus. Les résistants actifs ont servi de forces d’appui aux armées de Libération. Mais globalement, l’entrée des troupes alliées en Alsace, en tout premier lieu dans le Sundgau le 19 novembre 1944, lors d’un hiver très rigoureux, ne fut pas propice à ce type de résistance, qui s’est plutôt constitué dans le sud du pays.

Le 23 novembre 1944, Strasbourg était libéré, et le drapeau français flottait de nouveau sur la cathédrale, respectant ainsi le serment de Koufra, fait en Libye par le colonel Leclerc à ses hommes le 2 mars 1941 : « Jurez de ne déposer les armes que le jour où nos couleurs, nos belles couleurs flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ».

Quelques semaines plus tard, Hitler lançait sa dernière contre-offensive par les Ardennes, ce qui fit décider aux américains d’abandonner l’Alsace pour concentrer à nouveau les forces vers le nord. De Gaulle et ses généraux s’y opposèrent farouchement, jurant de mourir sur place plutôt que de voir les Nazis revenir et les laisser commettre un effroyable bain de sang, en représailles, à l’égard de la très grande partie de la population qui avait accueilli chaleureusement les armées alliées…

Ce n’est qu’en mars 1945 que la fameuse « poche de Colmar » fut vidée de ses troupes allemandes. L’ensemble du territoire français était alors libéré.

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14 février 2008

Le traité européen de Lisbonne

Une ratification illégitime sur fond de désinformation

mensongesLa ratification du traité de Lisbonne par voie parlementaire a été achevée par sa publication au Journal Officiel, jeudi 14 février, jour de la saint Valentin. Or c'est plutôt d'un divorce dont il est ici question... entre le peuple et ses élites.

 

De fait, cette manoeuvre politicienne s'apparente à un véritable Coup d'Etat parlementaire qui s'est opérée dans un silence assourdissant, sans véritable analyse de fond, ni débat. Le suffrage universel a été purement et simplement trahi. Durant sa campagne, Nicolas Sarkozy avait en effet affirmé que le Traité Constitutionnel Européen de 2005 était enterré. Il proposait alors aux partenaires européens un "nouveau traité simplifié" ou "mini-traité" qui serait d'ordre "purement technique", permettant simplement de "fonctionner à 27". Il argumentait que, pour cette raison, il n'y aurait pas besoin d'un nouveau referendum. Mais dans les faits, notre Président a perdu ce combat, tout en continuant à affirmer haut et fort qu'il y a réussi.

Cette ratification s'appuie sur une série de mensonges, ce qui la rend illégitime, malgré sa légalité formelle :

 

- 1er mensonge : un traité "simplifié". Ce traité n'est pas simplifié : 256 pages, des références externes contraignantes, douze protocoles additionnels qui fonctionnent en réseau, etc. Il est plus difficile à lire que le précédent. Continuer de le présenter sous le qualificatif de "simplifié" est une contre-vérité flagrante. Il n'y a d'ailleurs qu'en France que nous parlons de traité "simplifié".

- 2ème mensonge : un traité "nouveau". Ce traité n'est qu'une copie remaquillée du TCE rejeté par les Français en 2005. Selon M. Giscard d'Estaing, « les gouvernements européens se sont mis d'accord sur des changements cosmétiques à la Constitution pour qu'elle soit plus facile à avaler ». L'ancien président de la Convention précisait encore le 23 octobre que « les propositions originelles ont simplement été dispersées dans les anciens traités sous la forme d'amendements ». Même le Conseil Constitutionnel a reconnu que c'était le même.

- 3ème mensonge : une initiative de Sarkozy. Or ce n'est pas Sarkozy qui en est à l'origine, mais le groupe "Amato" autrement nommé Comité d’action pour la démocratie européenne (ACED), un groupe de politiciens européens, financé par une multinationale. Le 4 juin 2007, le groupe a rendu public un texte en français, qui reprend l’essentiel de l’ancien TCE sous la forme d’amendements aux traités préexistants. Guilano Amato compare alors sa proposition avec celle de traité simplifié faite par Sarkozy : « La différence, c’est que notre traité a été mis par écrit ». Les 21-23 juin 2007, la proposition de Sarkozy a été refusée au sommet de Bruxelles par l'ensemble des partenaires européens : pas de traité simplifié, mais un "traité modificatif".

- 4ème mensonge : un traité "purement fonctionnel". Pourtant, les dogmes du libre-échange généralisé et de la "concurrence libre et non faussée", contre lesquels Nicolas Sarkozy s'était pourtant élevé, sont repris dans différents articles et textes additionnels (protocole 6). Alors que le candidat Sarkozy dénonçait « une banque centrale qui ne peut pas continuer à n'avoir de comptes à rendre à personne » (le 28 mars à Lille), l'indépendance de la BCE est réaffirmée. De plus, l'OTAN (sous commandement américain) reste le cadre de la politique étrangère européenne. Et le communautarisme latent de la Charte des droits fondamentaux, annexée au traité, est lourd de menaces pour notre pacte républicain.

- 5ème mensonge : ce n'est "pas une constitution". En fait, certains de nos partenaires souhaitaient conserver ce titre, mais ils y ont renoncé pour faire avaler la pilule aux Français. Or l'essentiel du contenu demeure. C'est la plus grosse délégation de souveraineté jamais faite et qui de plus donne la personnalité juridique à l'union. On a donc sciemment cherché à en minimiser l'importance.

Toute personne douée d'un ordinateur, d'internet et d'un cerveau peut vérifier tout cela. Le fait que Nicolas Sarkozy ait été élu ne justifie rien : les 31% du premier tour n’ont pas été un chèque en blanc autorisant n’importe quel reniement. Ne jouons pas le rôle de l'idiot utile. Ce que Nicolas Sarkozy a fait voter par voie parlementaire, avec la complicité de la droite comme de la gauche, ne correspond pas aux annonces de campagne. Pire, c'est une insulte à la démocratie.

Rappelons-nous l’extraordinaire débat public de 2005, tel que la France n’en avait peut-être jamais connu : partout, dans toute les chaumières, dans tous les bistrots de France et de Navarre, au boulot, dans le métro, même au dodo, on ne parlait que de ça. Le 29 mai 2005, 70% des électeurs s’étaient déplacés aux urnes, emportés par la nécessité du débat. Et 55% avaient voté "non", en âme et conscience, malgré la propagande quasi unanime des partis et des médias dominants en faveur du "oui". Cet exploit politique avait stupéfié jusqu’à nos voisins dont la presse s’étonnait de cette vivacité civique en France. Et c’est bien du TCE dont il avait été question dans les discussions, contrairement à la mythologie du "vote sanction" ou du "ils se sont trompés de vote". Il suffisait, pour se faire un avis sérieux, de lire et commenter quelques-uns des articles au contenu totalement inacceptable, sans avoir besoin de se perdre dans le labyrinthe d’une lecture intégrale. Et cela, les Français l’ont fait. C’est d’ailleurs ce que nos experts en technocratie et leurs supporters n’ont pas accepté : que de simples citoyens, des "mal-nés", des "Français d’en bas", se donnent le droit d’évaluer et de rejeter les principes et l’esprit de ce mécano institutionnel. Nombreux sont ceux qui en ont voulu à J. Chirac pour ce “coup de poignard dans le dos”. Et il faut les entendre, encore et toujours, clamer haut et fort que “le référendum était une erreur”, qu’il “a fait perdre un temps précieux à l’Europe”… Heureusement que la “voie de la sagesse” a depuis été retrouvée. Loin du "vacarme" populaire et démocratique...

Qu’avez-vous donc fait de cet immense potentiel civique qu’avaient manifesté les Français, Mesdames et Messieurs les représentants du Peuple ? De la charpie ! Avec vos procédés anti-démocratiques vous êtes une chape de plomb qui tombe sur notre République. Alors que vous aviez toutes les cartes dans vos mains pour rebondir sur cet extraordinaire élan populaire et civique, afin de réorienter l’Union européenne dans le sens de la politique et des peuples.

Honte à cette élite qui ne mérite pas le Peuple qu’elle a !

Aux votes, citoyens ! Formez vos bataillons (politiques) !

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10 février 2008

La sourde révolte contre l’adoption en catimini du Traité de Lisbonne

couvercle_europe1Un couvercle sur la marmite

Il faudra s’en souvenir. Alors que le casse démocratique du siècle se déroulait sur la place publique (Versailles, Assemblée Nationale et Sénat), c’est peu de dire que nos médias se sont montrés majoritairement timorés sur le sujet, quand ce n’était pas tout simplement inexistants, voire purement mensongers : il suffit de penser à la formule “traité simplifié” dont personne n’a remis en cause le caractère trompeur.

Prenons le cas de deux de nos plus grands quotidiens nationaux. Le lendemain du vote au Congrès permettant la ratification parlementaire, la Une de Libération titrait sur les primaires aux Etats-Unis : « Wanted candidat(e) ». Un article en page 13 (après Sylvie Vartan et le carnaval de Rio) se donnait pour titre : « Les socialistes pas fâchés de se débarrasser du traité de Lisbonne ». Comme si c’était le fond du problème... Quant à l’édition du vendredi 8 février, elle titrait sur « le plan galère de Fadela Amara » et il fallait aller en page 9 pour lire « Paris dit oui et rassure l’Europe ». Au fait, c’est qui l’Europe ?

Absolument rien dans l’édition du Monde du 5 février (publiée la veille au soir), tandis que celle du 6 février mettait en avant le scandale de l’« hormone de croissance ». Un petit encart en bas de Une indiquait « Traité européen : voie ouverte à la ratification ». Et juste à côté : une énorme publicité (9x14cm) pour le dernier livre de Nicolas Sarkozy, photo et citation à l’appui (« d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu agir »). L’édition du vendredi 8, après le débat nocturne et le vote positif de l’Assemblée Nationale ? Pas un mot. "Chut, on ratifie !"

A (maigre) décharge pour Libération, la page 5 de l’édition de vendredi, dans la rubrique « Le contre journal : l’actualité vue par les lecteurs et les libénautes », sous le titre : « Ratifier Lisbonne, une forfaiture ». Le bouillonnement du net est rapporté : « C’est par centaine que les internautes ont dénoncé, sur Libération.fr, la ratification du traité de Lisbonne par la voie parlementaire. Des blogueurs déplorent un déni de démocratie et l’absence de débat ». Et de citer 3 témoignages... sans se mouiller.

De fait, l’internet a chauffé pendant cette semaine noire pour la démocratie. Il suffisait de se promener de forums en forums sur les pages “actualités” d’innombrables sites : peu nombreux étaient les défenseurs de la cause parlementaire. Au contraire, les mots les plus violents explosaient de partout, en feu d’artifice de la contestation. Mais le couvercle a été délibérément maintenu sur la marmite bouillonnante de la révolte des citoyens.

Une chose est sûre, c’est que cette forfaiture se paiera un jour ou l’autre. Certainement très cher. Les discours se sont radicalisés. La sauce de la violence sociale est en train de monter. Il est urgent de réagir, politiquement parlant. Avant que cela ne dégénère.

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26 janvier 2008

L'industrie française en berne

Arcelor-Mittal saborde Gandrange

mittalIl y a deux ans, en janvier 2006, la société anglo-indienne Mittal-Steel lançait une OPA hostile sur Arcelor, numéro un mondial de l’acier, déjà né en 2002 de la fusion de trois sidérurgistes européens : Aceralia (Espagne), Arbed (Luxembourg) et Usinor (France).

Fin juin 2006, la création du groupe Arcelor-Mittal était annoncée. Pour se donner une image plus sociale, le groupe faisait alors visiter une des aciéries d’Arcelor, présentée comme modèle, à Gandrange en Moselle, dans laquelle il promettait d’investir. Cette “vitrine” servit à montrer aux actionnaires, aux politiques et au grand public son savoir-faire industriel et les possibles "synergies locales" avec les sites voisins d’Arcelor. Or cet établissement, à l’encontre des promesses faites, va être liquidé. Il y a une semaine en effet, le 16 janvier, lors d’un comité extraordinaire d’entreprise au siège du groupe à Luxembourg, Arcelor-Mittal annonçait la fermeture de l’aciérie électrique et du laminoir lourd. Seuls subsisteront, pour l’instant, le centre de recherche et le laminoir à fil. Près de 600 emplois sur un millier seront supprimés d’ici 2009.

Au bout d’un an et demi, Arcelor-Mittal fait donc tomber les masques. Une perte de plus de 30 millions d’euros pour 2007 est certes invoquée par la direction. Pourtant le site est viable sur le long terme, et l’expérience professionnelle des employés est réelle. Les retours sur l’investissement semblent sans doute trop peu élevés aux yeux des dirigeants et des actionnaires. C’est une catastrophe pour la ville et pour la région : Gandrange, modeste ville de 2.600 habitants, perçoit 70 % de ses revenus grâce aux taxes liées au site industriel. Sans compter le coût social et politique d’une telle manœuvre économique.

En réaction, David Martinon, porte-parole de la Présidence, annonçait jeudi 24 janvier que Nicolas Sarkozy souhaite rencontrer en début de semaine Lakshmi Mittal, le PDG du groupe, qu’il a déjà reçu officiellement par ailleurs. Mais que se permettra-t-il de dire à ce milliardaire indien, ami de François Pinault, nouveau membre du CA d’EADS et récent mécène du Musée national des Arts asiatiques à Paris, si ce n’est de négocier quelques reclassements et quelques nouvelles promesses pour l’avenir ? On perçoit évidemment les limites de cette “politique” industrielle acquise à la logique de la globalisation.

Il faut aussi dire qu’en 2004, les noces de la fille Mittal se sont déroulées en grandes pompes aux châteaux de Versailles, Saint-Cloud et Vaux-le-Vicomte, lors d’un des mariages les plus coûteux de tous les temps, avec 55 millions euros de dépenses. N’y a-t-il pas là de quoi faire rêver notre Président ? A défaut des Français…

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22 janvier 2008

La Cour européenne des droits de l’Homme casse une décision du Conseil d’Etat français

Le droit européen contre les Peuples

Conseil_d_EtatLe suffrage universel et la souveraineté des Peuples sont-ils devenus des archaïsmes désuets ? La République, en Europe, est-elle un régime dépassé ? C’est ce que l’on peut se demander à la lecture de cette information datée du 22 janvier 2008 : la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) vient de condamner la France pour « discrimination », mais surtout de casser une décision du Conseil d’Etat et d’humilier du même coup le Président de la République.

Au nom de la Convention européenne des droits de l’Homme, ratifiée en 1953 par le Conseil de l’Europe, la Cour de Strasbourg a en effet donné raison à une Française de 45 ans qui avait porté plainte parce que sa demande d’agrément pour adopter un enfant avait été rejetée « en raison de son homosexualité ». La plaignante a reçu 10.000 euros pour dommage moral. En 1998, après une fin de non-recevoir suite à l’enquête sociale, le Conseil général du Jura lui refusait effectivement cette demande, décision confirmée in fine en 2002 par un arrêt du Conseil d’Etat. Or « le Conseil d’État est l’échelon suprême de la juridiction administrative, qui juge les litiges entre les particuliers et l’administration », selon la définition même donnée par le site officiel de cette institution républicaine.

Que l’on soit pour ou contre l’adoption d’enfants par les couples homosexuels ne change rien. La modalité de cette décision est un danger pour la démocratie. Car que vaut-elle cette démocratie si la Cour européenne des droits de l’Homme peut ainsi en juge suprême, au-delà de la souveraineté des peuples, casser une décision de « la plus haute juridiction administrative en France » ?

De plus, lors de la procédure devant la Cour européenne, les associations de défenses des homosexuels ont exceptionnellement été autorisées à intervenir en qualité de tiers (l’Association des Parents et futurs Parents Gays et Lesbiens, the European Region of the International Lesbian and Gay Association, et la British Agencies for Adoption and Fostering, de même que la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme). Aussi respectables que puissent être ou non ces associations, c’est la reconnaissance officielle, dans ce contexte juridique, d’une logique proprement anglo-saxonne et anti-républicaine : le lobbying.

La République humiliée

Humiliation plus grave encore, le candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy avait fermement affirmé, à plusieurs reprises dans sa campagne, qu’il était lui-même opposé à une telle réforme. Que cette position plaise ou non, force est de constater que pour réformer notre pays il n’est apparemment plus besoin de passer par la Loi, expression du suffrage universel, et donc du Peuple. Il suffit du revirement capricieux de quelques juges “européens” (en l’occurrence 10 juges, contre 7 dont le juge français) pour dire à la France ce qu’elle doit faire. En effet, en 2002, la Cour de Strasbourg avait débouté un homosexuel français qui se plaignait de la même situation, mais la position européenne a changé entre temps, simplement parce qu’une majorité des juges représentent désormais des Etats qui ont accepté l’adoption pour les homosexuels. Sans qu’il n’y ait débat en France sur le sujet. Ni dans les médias, ni dans les chaumières, ni même dans l’hémicycle des députés français. Sans compter que personne n’a pour le moment entendu Nicolas Sarkozy réagir à ce désaveu caractérisé. Il n’est peut-être pas encore, comme sous la IIIème et la IVème République, un Président inaugurateur de chrysanthèmes dont se moquait De Gaulle, mais il y ressemble de plus en plus. En outre, si la loi de la majorité venait à tout règlementer en Europe, il ne restera bientôt plus grand chose de ce qui caractérise la République française et qui pourrait au contraire en faire un exemple.

Encore une fois, on peut être pour ou contre le principe de l’adoption pour les couples homosexuels, la question qui se pose maintenant est de savoir jusqu’où pourra-t-on imposer aux Français (qui croient encore un peu à la politique) des choix de civilisation qui ne résultent pas du suffrage universel, ni direct, ni indirect. Cette fois, c’est l’adoption, mais la prochaine fois ce sera le mariage des homosexuels (à rebours de la loi française actuelle, que cela plaise ou non), ce sera la reconnaissance des minorités ethniques, l’atteinte à la laïcité au nom de la lutte contre les discriminations religieuses. Et la boîte de Pandore de tous les communautarismes sera ouverte...

Rappelons encore que la fameuse Charte des droits fondamentaux, partie intégrante de feu le TCE, tout comme du “nouveau” Traité de Lisbonne, son corps glorieux, sera une des pierres angulaires de l’accroissement de cette dérive de l’Union européenne [1]. Une autre pierre angulaire étant le renoncement des politiques et de nombreux citoyens, toujours bercés par l’illusion d’un fédéralisme salvateur. Or cette Europe que nous avons sous les yeux s’enfonce de plus en plus dans un modèle oligarchique et anti-démocratique. L’affaire de la ratification à venir du Traité de Lisbonne, copie complexifiée du TCE rejeté par référendum par 55% des Français, en est l’exemple le plus illustre.

[1] Le préambule de la Charte des droits fondamentaux "réaffirme [...] les droits qui résultent notammentde la jurisprudence [...] de la Cour européenne des droits de l’homme". [...]

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21 janvier 2008

L’homme de la rupture des digues civilisationnelles

La laïcité bafouée par le Président Sarkozy

Sarko_AbdallahTreize. C’est le nombre de fois que Nicolas Sarkozy a cité « Dieu » dans son discours de Ryad, en Arabie Saoudite ce lundi 14 janvier, devant le roi Abdallah. Pas seulement comme un concept théorique. Mais en s’impliquant personnellement, par un acte de reconnaissance et de foi. C’est la laïcité qui en est ébranlée.

Dieu en République

En effet, ce n’est pas seulement le mot “Dieu” qui a été cité, comme nom commun ou encore dans une expression courante, mais c’est la “réalité divine” elle-même qui a été convoquée. Non par l’individu Nicolas S. dans un cadre privé, ce qui n’aurait rien eu de choquant, mais par le Président N. Sarkozy en représentation publique. Au nom de la France. Jamais avait-on vu ça en République, du moins pas depuis la loi de séparation entre les Eglises et l’Etat de 1905, que le Président ne désespère pas de « toiletter » prochainement [1].

C’était presque du Bush dans le texte… Car non content de suivre la ligne diplomatique des Etats-Unis, il fallait encore que notre Président tente d’aligner la France sur la religiosité américaine. Notons le côté cocasse de ce discours prononcé dans une monarchie pétrolière, devant les représentants d’un Islam dont l’interprétation laisse souvent à désirer. A quelques jours d’écarts seulement de la visite officielle de Georges W. Bush dans le même pays, sur fond de conflit “civilisationnel” avec l’Iran voisin.

« Sans doute, Musulmans, Juifs et Chrétiens ne croient-ils pas en Dieu de la même façon, a scandé le Président français. Sans doute n’ont-ils pas la même manière de vénérer Dieu, de le prier, de le servir. Mais au fond, qui pourrait contester que c’est bien le même Dieu auquel s’adressent leurs prières ? Que c’est bien le même besoin de croire. Que c’est le même besoin d’espérer qui leur fait tourner leurs regards et leurs mains vers le Ciel pour implorer la miséricorde de Dieu, le Dieu de la Bible, le Dieu des Evangiles et le Dieu du Coran ? Finalement, le Dieu unique des religions du Livre. Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme. Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes. Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d’humilité et d’amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect. » Et surtout, pas un mot sur la laïcité, cette invention républicaine, alors que nombreux sont ceux qui dans les pays arabes s’en revendiquent dans leurs luttes pour la liberté de conscience. Le moins qu’ils pouvaient attendre d’un Président de la France, c’est qu’il s’en fasse le héraut et le promoteur...

Le chanoine Président

Déjà le 20 décembre dernier, lors de sa “chanoinisation” à Saint-Jean de Latran, les propos qu’il avait tenus laissaient transparaître cette même transgression présidentielle. « Ceux qui ne croient pas, avait-il dit, doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. […] Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur. » Les enseignants de l’école laïque ont apprécié le message. Et tous les républicains avec eux [2].

Nicolas Sarkozy a visiblement fait un rêve. C’est que les religions fassent le travail d’intégration, de moralisation que la République n’assumerait plus dans la société civile, y compris dans les banlieues. Il faut que les gens croient. Il faut plus de curés, plus d’imams, plus de rabbins... Voilà donc son plan "sécurité", s’appuyant sur une théorie de l’utilité sociale des religions. Avec évidemment, comme sous-entendu, que l’athéisme serait une cause de déclin. C’est en fait une tentative de privatisation de l’espérance, et l’abandon officialisé de l’idéal républicain comme porteur d’une exigence de dépassement de soi (un citoyen, c’est plus qu’un individu ; la République, c’est plus que la somme de ses citoyens).

La ligne rouge de la laïcité est donc bel et bien franchie. Car Nicolas Sarkozy est maintenant Président de tous les Français et non plus l’homme privé qui écrivait en 2004 : « Je me suis toujours dit qu’il y avait de l’arrogance dans la certitude de la non-existence divine » [3]. Or un président, s’il est digne de la République, ne doit pas laisser entendre une quelconque préférence, ni entre les différents types de croyances, ni même entre un croyant, un non-croyant ou un agnostique (celui qui ne sait pas). Sauf à mettre la laïcité en danger, au nom d’une laïcité dite “positive” ou “ouverte”.

En rupture de digues

En fait, Nicolas Sarkozy confond tolérance et laïcité. La tolérance, c’est un rapport (possible et souhaitable) entre individus qui se respectent malgré leurs différences. C’est une vertu d’ordre privé (individuel ou collectif, peu importe). La laïcité, c’est un principe de base de la République qui garantit la neutralité de l’espace public. C’est l’exigence de séparation entre le public et le privé, entre le citoyen et l’individu, entre l’homme politique et l’homme privé. Nicolas Sarkozy est en train de rompre des digues séculaires, acte qui pourrait bien nous mener vers des catastrophes prochaines. Ce n’est pas un hasard que le même Sarkozy, qui mélange fonction présidentielle et frasques amoureuses, qui ouvre les vannes de la pipolisation de la politique, s’en prenne aussi la séparation entre le politique et le religieux.

Sarkozy est bien l’homme de la rupture, mais de la rupture de ces digues anthropologiques que nos ancêtres ont pourtant mis tant d’années à élaborer. Attention danger ! Car une fois que les vannes sont ouvertes, les flots qui se mettent à déferler deviennent difficiles à contrôler. Jusqu’à présent, un homme public (politicien, journaliste...) n’a pas à exposer sa croyance dans l’exercice de ses fonctions. Un député, par exemple, ne peut pas revendiquer en tant que tel son appartenance religieuse. Qui pourra l’empêcher à l’avenir dès lors que le Président lui-même montre la voie ? L’Espagne vient de reconnaître la secte de la Scientologie comme une religion. Si la République a besoin d’hommes qui espèrent, donc d’hommes qui croient, selon la logique sarkozyenne, qui pourra empêcher la même dérive en France [4] ?

“A bas tous les codes - vive l’informel - ; dehors toutes les vieilleries - vive le neuf, le clinquant (bling-bling) - ; stop à la rigidité - vive la souplesse, la flexibilité, la mobilité - du passé faisons table rase - écrivons l’avenir comme sur une ardoise vierge - ; et jouissons sans entrave, enfin décomplexés…” Voilà l’essentiel du message présidentiel depuis le début de son mandat. Cela ne sonne-t-il pas comme une vieille rengaine qui n’en finit pas de produire ses effets destructeurs sur notre bien commun, la Res Publica ?

[1] « Ce sera fait durant le quinquennat », affirme Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de l’Elysée, citée par le Canard Enchaîné du 23 janvier 2008. « Le Président a la volonté d’avancer sur les conditions d’application de la loi de 1905. Et notamment en élargissant la notion d’association cultuelle. » Les congrégations religieuses sont concernées, tout comme les sectes : Témoins de Jéhovah ou encore Eglise de Scientologie. Plus récemment, Michèle Alliot-Marie, Ministre de l’Intérieur et donc des Cultes, revenant sur les critiques concernant les positions du Président, affirmait : « certains ont une conception assez archaïque, voire sectaire, de la laïcité ». Et de préciser : « certaines modalités de la loi de 1905, qui créent des entraves à l’exercice des cultes, doivent être adaptées ». La Croix, 25 janvier 2008

[2] Y compris évidemment de nombreux croyants. Ainsi, le quotidien La Croix qui donne le titre "Excès" à un éditorial revenant sur les différents propos du Président postulant des « racines essentiellement chrétiennes de la France » ou encore qu’il n’y a de morale que religieuse : « Le christianisme fait partie de l’identité nationale, mais n’en définit pas l’essence. [...] La religion est une grande chose qui ne mérite ni cet excès d’honneur, ni cette indignité ».

[3] Dans son ouvrage, où il dialogue avec un prêtre dominicain, intitulé La République, les religions, l’espérance. Habituellement, ce sont les fanatiques de toutes les religions qui parlent de l’arrogance des infidèles, des athées ou des mécréants...

[4] Le ministre Nicolas Sarkozy s’était entretenu le lundi 30 août 2004 avec un des représentants les plus célèbres de la Scientologie, l’acteur américain Tom Cruise, dont il a affirmé admirer « l’oeuvre ».

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