22 janvier 2008
La Cour européenne des droits de l’Homme casse une décision du Conseil d’Etat français
Le droit européen contre les Peuples
Au nom
de la Convention européenne des droits de l’Homme, ratifiée en 1953 par
le Conseil de l’Europe, la Cour de Strasbourg a en effet donné raison à
une Française de 45 ans qui avait porté plainte parce que sa demande
d’agrément pour adopter un enfant avait été rejetée « en raison de son homosexualité ».
La plaignante a reçu 10.000 euros pour dommage moral. En 1998, après
une fin de non-recevoir suite à l’enquête sociale, le Conseil général
du Jura lui refusait effectivement cette demande, décision confirmée in fine en 2002 par un arrêt du Conseil d’Etat. Or « le
Conseil d’État est l’échelon suprême de la juridiction administrative,
qui juge les litiges entre les particuliers et l’administration », selon la définition même donnée par le site officiel de cette institution républicaine. Que l’on soit pour ou contre l’adoption d’enfants par
les couples homosexuels ne change rien. La modalité de cette décision
est un danger pour la démocratie. Car que vaut-elle cette démocratie si
la Cour européenne des droits de l’Homme peut ainsi en juge suprême,
au-delà de la souveraineté des peuples, casser une décision de « la plus haute juridiction administrative en France » ? De plus, lors de la procédure devant la Cour
européenne, les associations de défenses des homosexuels ont
exceptionnellement été autorisées à intervenir en qualité de tiers
(l’Association des Parents et futurs Parents Gays et Lesbiens, the
European Region of the International Lesbian and Gay Association, et la
British Agencies for Adoption and Fostering, de même que la Fédération
Internationale des ligues des Droits de l’Homme). Aussi respectables
que puissent être ou non ces associations, c’est la reconnaissance
officielle, dans ce contexte juridique, d’une logique proprement
anglo-saxonne et anti-républicaine : le lobbying. La République humiliée Humiliation plus grave encore, le candidat à la
présidentielle Nicolas Sarkozy avait fermement affirmé, à plusieurs
reprises dans sa campagne, qu’il était lui-même opposé à une telle
réforme. Que cette position plaise ou non, force est de constater que
pour réformer notre pays il n’est apparemment plus besoin de passer par
la Loi, expression du suffrage universel, et donc du Peuple. Il suffit
du revirement capricieux de quelques juges “européens” (en l’occurrence
10 juges, contre 7 dont le juge français) pour dire à la France ce
qu’elle doit faire. En effet, en 2002, la Cour de Strasbourg avait
débouté un homosexuel français qui se plaignait de la même situation,
mais la position européenne a changé entre temps, simplement parce
qu’une majorité des juges représentent désormais des Etats qui ont
accepté l’adoption pour les homosexuels. Sans qu’il n’y ait débat en
France sur le sujet. Ni dans les médias, ni dans les chaumières, ni
même dans l’hémicycle des députés français. Sans compter que personne
n’a pour le moment entendu Nicolas Sarkozy réagir à ce désaveu
caractérisé. Il n’est peut-être pas encore, comme sous la IIIème et la
IVème République, un Président inaugurateur de chrysanthèmes dont se
moquait De Gaulle, mais il y ressemble de plus en plus. En outre, si la
loi de la majorité venait à tout règlementer en Europe, il ne restera
bientôt plus grand chose de ce qui caractérise la République française
et qui pourrait au contraire en faire un exemple. Encore une fois, on peut être pour ou contre le
principe de l’adoption pour les couples homosexuels, la question qui se
pose maintenant est de savoir jusqu’où pourra-t-on imposer aux Français
(qui croient encore un peu à la politique) des choix de civilisation
qui ne résultent pas du suffrage universel, ni direct, ni indirect.
Cette fois, c’est l’adoption, mais la prochaine fois ce sera le mariage
des homosexuels (à rebours de la loi française actuelle, que cela
plaise ou non), ce sera la reconnaissance des minorités ethniques,
l’atteinte à la laïcité au nom de la lutte contre les discriminations
religieuses. Et la boîte de Pandore de tous les communautarismes sera
ouverte... Rappelons encore que la fameuse Charte des droits fondamentaux,
partie intégrante de feu le TCE, tout comme du “nouveau” Traité de
Lisbonne, son corps glorieux, sera une des pierres angulaires de
l’accroissement de cette dérive de l’Union européenne [1].
Une autre pierre angulaire étant le renoncement des politiques et de
nombreux citoyens, toujours bercés par l’illusion d’un fédéralisme
salvateur. Or cette Europe que nous avons sous les yeux s’enfonce de
plus en plus dans un modèle oligarchique et anti-démocratique.
L’affaire de la ratification à venir du Traité de Lisbonne, copie
complexifiée du TCE rejeté par référendum par 55% des Français, en est
l’exemple le plus illustre. [1] Le préambule de la Charte des droits fondamentaux "réaffirme [...] les droits qui résultent notammentde la jurisprudence [...] de la Cour européenne des droits de l’homme". [...]
Le suffrage universel et la souveraineté des
Peuples sont-ils devenus des archaïsmes désuets ? La République, en
Europe, est-elle un régime dépassé ? C’est ce que l’on peut se demander
à la lecture de cette information datée du 22 janvier 2008 : la Cour
européenne des droits de l’homme (CEDH) vient de condamner la France
pour « discrimination », mais surtout de casser une décision du Conseil d’Etat et d’humilier du même coup le Président de la République.
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