Le Blog de Mathieu Lavarenne

Vous trouverez dans ce blog des analyses politiques, des réactions à l’actualité, des prises de position.

28 mai 2009

Elections européennes 2009

Europes2009, une initiative politique essentielle

Face à tous les sondages "sur l’Europe" qui fleurissent à l’occasion des européennes et ne laissent aux sondés que le choix d’opiner en faveur de réponses qui sont toutes inscrites dans la seule perspective de continuer ou de surenchérir l’Union (traités de Rome, Maastricht, Lisbonne), il était nécessaire de proposer un questionnaire qui offre un spectre de réponses couvrant une vraie pluralité de possibilités.

« Europes2009.net » c’est quoi ? Un portail pour débattre des questions européennes, conçu sur la base d’un questionnaire (anonyme, les internautes n’ont pas à dire qui ils sont, et ne le peuvent d’ailleurs pas), un questionnaire dont les réponses sont exploitées par un module d’analyse qui produit une synthèse ainsi que des diagrammes qui rendent plus intelligible la position de l’internaute. Puis, le portail est complété d’un forum pour débattre et d’un site pour publier des analyses et des documents de référence.

Qui en est l’auteur ? Le RCR, Rassemblement des Citoyens pour la République, un parti politique de taille modeste, mais qui mériterait bien de devenir beaucoup plus gros (allez jeter un oeil).

Quand ? Le site a été conçu à l’occasion des élections européennes du 7 juin 2009, mais il continuera d’exister après.

Pourquoi ? Pour faire connaître les politiques et les idées du RCR et plus particulièrement sa façon de poser les lignes de clivage qui traversent selon lui les questions européennes, lignes de clivage qui sont bien loin de se réduire aux navrants « pour l’Europe » et « anti-européen » dont on nous rebat les oreilles. Le paradigme du RCR se compose de 4 pôles distincts : « cette Europe », « l’autre Europe », « quitter immédiatement », « indépendance coopérations ».

Comment le site fonctionne-t-il ? Il faut d’abord remplir le questionnaire (on peut le refaire autant de fois qu’on le souhaite), puis on peut examiner et comparer ses réponses dans le module conçu à cet effet. Celui-ci permet de visualiser les réponses dans plusieurs diagrammes. Ces diagnostics qui sont présentés aux internautes servent à déclencher le débat qui se poursuit sur le forum du site.

C’est où ? Sur l’internet, à cette adresse : www.europes2009.net

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14 février 2008

Le traité européen de Lisbonne

Une ratification illégitime sur fond de désinformation

mensongesLa ratification du traité de Lisbonne par voie parlementaire a été achevée par sa publication au Journal Officiel, jeudi 14 février, jour de la saint Valentin. Or c'est plutôt d'un divorce dont il est ici question... entre le peuple et ses élites.

 

De fait, cette manoeuvre politicienne s'apparente à un véritable Coup d'Etat parlementaire qui s'est opérée dans un silence assourdissant, sans véritable analyse de fond, ni débat. Le suffrage universel a été purement et simplement trahi. Durant sa campagne, Nicolas Sarkozy avait en effet affirmé que le Traité Constitutionnel Européen de 2005 était enterré. Il proposait alors aux partenaires européens un "nouveau traité simplifié" ou "mini-traité" qui serait d'ordre "purement technique", permettant simplement de "fonctionner à 27". Il argumentait que, pour cette raison, il n'y aurait pas besoin d'un nouveau referendum. Mais dans les faits, notre Président a perdu ce combat, tout en continuant à affirmer haut et fort qu'il y a réussi.

Cette ratification s'appuie sur une série de mensonges, ce qui la rend illégitime, malgré sa légalité formelle :

 

- 1er mensonge : un traité "simplifié". Ce traité n'est pas simplifié : 256 pages, des références externes contraignantes, douze protocoles additionnels qui fonctionnent en réseau, etc. Il est plus difficile à lire que le précédent. Continuer de le présenter sous le qualificatif de "simplifié" est une contre-vérité flagrante. Il n'y a d'ailleurs qu'en France que nous parlons de traité "simplifié".

- 2ème mensonge : un traité "nouveau". Ce traité n'est qu'une copie remaquillée du TCE rejeté par les Français en 2005. Selon M. Giscard d'Estaing, « les gouvernements européens se sont mis d'accord sur des changements cosmétiques à la Constitution pour qu'elle soit plus facile à avaler ». L'ancien président de la Convention précisait encore le 23 octobre que « les propositions originelles ont simplement été dispersées dans les anciens traités sous la forme d'amendements ». Même le Conseil Constitutionnel a reconnu que c'était le même.

- 3ème mensonge : une initiative de Sarkozy. Or ce n'est pas Sarkozy qui en est à l'origine, mais le groupe "Amato" autrement nommé Comité d’action pour la démocratie européenne (ACED), un groupe de politiciens européens, financé par une multinationale. Le 4 juin 2007, le groupe a rendu public un texte en français, qui reprend l’essentiel de l’ancien TCE sous la forme d’amendements aux traités préexistants. Guilano Amato compare alors sa proposition avec celle de traité simplifié faite par Sarkozy : « La différence, c’est que notre traité a été mis par écrit ». Les 21-23 juin 2007, la proposition de Sarkozy a été refusée au sommet de Bruxelles par l'ensemble des partenaires européens : pas de traité simplifié, mais un "traité modificatif".

- 4ème mensonge : un traité "purement fonctionnel". Pourtant, les dogmes du libre-échange généralisé et de la "concurrence libre et non faussée", contre lesquels Nicolas Sarkozy s'était pourtant élevé, sont repris dans différents articles et textes additionnels (protocole 6). Alors que le candidat Sarkozy dénonçait « une banque centrale qui ne peut pas continuer à n'avoir de comptes à rendre à personne » (le 28 mars à Lille), l'indépendance de la BCE est réaffirmée. De plus, l'OTAN (sous commandement américain) reste le cadre de la politique étrangère européenne. Et le communautarisme latent de la Charte des droits fondamentaux, annexée au traité, est lourd de menaces pour notre pacte républicain.

- 5ème mensonge : ce n'est "pas une constitution". En fait, certains de nos partenaires souhaitaient conserver ce titre, mais ils y ont renoncé pour faire avaler la pilule aux Français. Or l'essentiel du contenu demeure. C'est la plus grosse délégation de souveraineté jamais faite et qui de plus donne la personnalité juridique à l'union. On a donc sciemment cherché à en minimiser l'importance.

Toute personne douée d'un ordinateur, d'internet et d'un cerveau peut vérifier tout cela. Le fait que Nicolas Sarkozy ait été élu ne justifie rien : les 31% du premier tour n’ont pas été un chèque en blanc autorisant n’importe quel reniement. Ne jouons pas le rôle de l'idiot utile. Ce que Nicolas Sarkozy a fait voter par voie parlementaire, avec la complicité de la droite comme de la gauche, ne correspond pas aux annonces de campagne. Pire, c'est une insulte à la démocratie.

Rappelons-nous l’extraordinaire débat public de 2005, tel que la France n’en avait peut-être jamais connu : partout, dans toute les chaumières, dans tous les bistrots de France et de Navarre, au boulot, dans le métro, même au dodo, on ne parlait que de ça. Le 29 mai 2005, 70% des électeurs s’étaient déplacés aux urnes, emportés par la nécessité du débat. Et 55% avaient voté "non", en âme et conscience, malgré la propagande quasi unanime des partis et des médias dominants en faveur du "oui". Cet exploit politique avait stupéfié jusqu’à nos voisins dont la presse s’étonnait de cette vivacité civique en France. Et c’est bien du TCE dont il avait été question dans les discussions, contrairement à la mythologie du "vote sanction" ou du "ils se sont trompés de vote". Il suffisait, pour se faire un avis sérieux, de lire et commenter quelques-uns des articles au contenu totalement inacceptable, sans avoir besoin de se perdre dans le labyrinthe d’une lecture intégrale. Et cela, les Français l’ont fait. C’est d’ailleurs ce que nos experts en technocratie et leurs supporters n’ont pas accepté : que de simples citoyens, des "mal-nés", des "Français d’en bas", se donnent le droit d’évaluer et de rejeter les principes et l’esprit de ce mécano institutionnel. Nombreux sont ceux qui en ont voulu à J. Chirac pour ce “coup de poignard dans le dos”. Et il faut les entendre, encore et toujours, clamer haut et fort que “le référendum était une erreur”, qu’il “a fait perdre un temps précieux à l’Europe”… Heureusement que la “voie de la sagesse” a depuis été retrouvée. Loin du "vacarme" populaire et démocratique...

Qu’avez-vous donc fait de cet immense potentiel civique qu’avaient manifesté les Français, Mesdames et Messieurs les représentants du Peuple ? De la charpie ! Avec vos procédés anti-démocratiques vous êtes une chape de plomb qui tombe sur notre République. Alors que vous aviez toutes les cartes dans vos mains pour rebondir sur cet extraordinaire élan populaire et civique, afin de réorienter l’Union européenne dans le sens de la politique et des peuples.

Honte à cette élite qui ne mérite pas le Peuple qu’elle a !

Aux votes, citoyens ! Formez vos bataillons (politiques) !

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10 février 2008

La sourde révolte contre l’adoption en catimini du Traité de Lisbonne

couvercle_europe1Un couvercle sur la marmite

Il faudra s’en souvenir. Alors que le casse démocratique du siècle se déroulait sur la place publique (Versailles, Assemblée Nationale et Sénat), c’est peu de dire que nos médias se sont montrés majoritairement timorés sur le sujet, quand ce n’était pas tout simplement inexistants, voire purement mensongers : il suffit de penser à la formule “traité simplifié” dont personne n’a remis en cause le caractère trompeur.

Prenons le cas de deux de nos plus grands quotidiens nationaux. Le lendemain du vote au Congrès permettant la ratification parlementaire, la Une de Libération titrait sur les primaires aux Etats-Unis : « Wanted candidat(e) ». Un article en page 13 (après Sylvie Vartan et le carnaval de Rio) se donnait pour titre : « Les socialistes pas fâchés de se débarrasser du traité de Lisbonne ». Comme si c’était le fond du problème... Quant à l’édition du vendredi 8 février, elle titrait sur « le plan galère de Fadela Amara » et il fallait aller en page 9 pour lire « Paris dit oui et rassure l’Europe ». Au fait, c’est qui l’Europe ?

Absolument rien dans l’édition du Monde du 5 février (publiée la veille au soir), tandis que celle du 6 février mettait en avant le scandale de l’« hormone de croissance ». Un petit encart en bas de Une indiquait « Traité européen : voie ouverte à la ratification ». Et juste à côté : une énorme publicité (9x14cm) pour le dernier livre de Nicolas Sarkozy, photo et citation à l’appui (« d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu agir »). L’édition du vendredi 8, après le débat nocturne et le vote positif de l’Assemblée Nationale ? Pas un mot. "Chut, on ratifie !"

A (maigre) décharge pour Libération, la page 5 de l’édition de vendredi, dans la rubrique « Le contre journal : l’actualité vue par les lecteurs et les libénautes », sous le titre : « Ratifier Lisbonne, une forfaiture ». Le bouillonnement du net est rapporté : « C’est par centaine que les internautes ont dénoncé, sur Libération.fr, la ratification du traité de Lisbonne par la voie parlementaire. Des blogueurs déplorent un déni de démocratie et l’absence de débat ». Et de citer 3 témoignages... sans se mouiller.

De fait, l’internet a chauffé pendant cette semaine noire pour la démocratie. Il suffisait de se promener de forums en forums sur les pages “actualités” d’innombrables sites : peu nombreux étaient les défenseurs de la cause parlementaire. Au contraire, les mots les plus violents explosaient de partout, en feu d’artifice de la contestation. Mais le couvercle a été délibérément maintenu sur la marmite bouillonnante de la révolte des citoyens.

Une chose est sûre, c’est que cette forfaiture se paiera un jour ou l’autre. Certainement très cher. Les discours se sont radicalisés. La sauce de la violence sociale est en train de monter. Il est urgent de réagir, politiquement parlant. Avant que cela ne dégénère.

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22 janvier 2008

La Cour européenne des droits de l’Homme casse une décision du Conseil d’Etat français

Le droit européen contre les Peuples

Conseil_d_EtatLe suffrage universel et la souveraineté des Peuples sont-ils devenus des archaïsmes désuets ? La République, en Europe, est-elle un régime dépassé ? C’est ce que l’on peut se demander à la lecture de cette information datée du 22 janvier 2008 : la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) vient de condamner la France pour « discrimination », mais surtout de casser une décision du Conseil d’Etat et d’humilier du même coup le Président de la République.

Au nom de la Convention européenne des droits de l’Homme, ratifiée en 1953 par le Conseil de l’Europe, la Cour de Strasbourg a en effet donné raison à une Française de 45 ans qui avait porté plainte parce que sa demande d’agrément pour adopter un enfant avait été rejetée « en raison de son homosexualité ». La plaignante a reçu 10.000 euros pour dommage moral. En 1998, après une fin de non-recevoir suite à l’enquête sociale, le Conseil général du Jura lui refusait effectivement cette demande, décision confirmée in fine en 2002 par un arrêt du Conseil d’Etat. Or « le Conseil d’État est l’échelon suprême de la juridiction administrative, qui juge les litiges entre les particuliers et l’administration », selon la définition même donnée par le site officiel de cette institution républicaine.

Que l’on soit pour ou contre l’adoption d’enfants par les couples homosexuels ne change rien. La modalité de cette décision est un danger pour la démocratie. Car que vaut-elle cette démocratie si la Cour européenne des droits de l’Homme peut ainsi en juge suprême, au-delà de la souveraineté des peuples, casser une décision de « la plus haute juridiction administrative en France » ?

De plus, lors de la procédure devant la Cour européenne, les associations de défenses des homosexuels ont exceptionnellement été autorisées à intervenir en qualité de tiers (l’Association des Parents et futurs Parents Gays et Lesbiens, the European Region of the International Lesbian and Gay Association, et la British Agencies for Adoption and Fostering, de même que la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme). Aussi respectables que puissent être ou non ces associations, c’est la reconnaissance officielle, dans ce contexte juridique, d’une logique proprement anglo-saxonne et anti-républicaine : le lobbying.

La République humiliée

Humiliation plus grave encore, le candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy avait fermement affirmé, à plusieurs reprises dans sa campagne, qu’il était lui-même opposé à une telle réforme. Que cette position plaise ou non, force est de constater que pour réformer notre pays il n’est apparemment plus besoin de passer par la Loi, expression du suffrage universel, et donc du Peuple. Il suffit du revirement capricieux de quelques juges “européens” (en l’occurrence 10 juges, contre 7 dont le juge français) pour dire à la France ce qu’elle doit faire. En effet, en 2002, la Cour de Strasbourg avait débouté un homosexuel français qui se plaignait de la même situation, mais la position européenne a changé entre temps, simplement parce qu’une majorité des juges représentent désormais des Etats qui ont accepté l’adoption pour les homosexuels. Sans qu’il n’y ait débat en France sur le sujet. Ni dans les médias, ni dans les chaumières, ni même dans l’hémicycle des députés français. Sans compter que personne n’a pour le moment entendu Nicolas Sarkozy réagir à ce désaveu caractérisé. Il n’est peut-être pas encore, comme sous la IIIème et la IVème République, un Président inaugurateur de chrysanthèmes dont se moquait De Gaulle, mais il y ressemble de plus en plus. En outre, si la loi de la majorité venait à tout règlementer en Europe, il ne restera bientôt plus grand chose de ce qui caractérise la République française et qui pourrait au contraire en faire un exemple.

Encore une fois, on peut être pour ou contre le principe de l’adoption pour les couples homosexuels, la question qui se pose maintenant est de savoir jusqu’où pourra-t-on imposer aux Français (qui croient encore un peu à la politique) des choix de civilisation qui ne résultent pas du suffrage universel, ni direct, ni indirect. Cette fois, c’est l’adoption, mais la prochaine fois ce sera le mariage des homosexuels (à rebours de la loi française actuelle, que cela plaise ou non), ce sera la reconnaissance des minorités ethniques, l’atteinte à la laïcité au nom de la lutte contre les discriminations religieuses. Et la boîte de Pandore de tous les communautarismes sera ouverte...

Rappelons encore que la fameuse Charte des droits fondamentaux, partie intégrante de feu le TCE, tout comme du “nouveau” Traité de Lisbonne, son corps glorieux, sera une des pierres angulaires de l’accroissement de cette dérive de l’Union européenne [1]. Une autre pierre angulaire étant le renoncement des politiques et de nombreux citoyens, toujours bercés par l’illusion d’un fédéralisme salvateur. Or cette Europe que nous avons sous les yeux s’enfonce de plus en plus dans un modèle oligarchique et anti-démocratique. L’affaire de la ratification à venir du Traité de Lisbonne, copie complexifiée du TCE rejeté par référendum par 55% des Français, en est l’exemple le plus illustre.

[1] Le préambule de la Charte des droits fondamentaux "réaffirme [...] les droits qui résultent notammentde la jurisprudence [...] de la Cour européenne des droits de l’homme". [...]

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19 janvier 2008

Les coulisses du Traité de Lisbonne

Comment tout a été fait pour contourner le "non" des Français...

Trait__de_LisbonneNicolas Sarkozy a perdu le combat qu’il annonçait avec sa proposition de Mini-traité, tout en continuant pourtant à affirmer haut et fort qu’il a réussi. En fait, les déçus de 2005, nombreux au sein de nos élites, ont tout intérêt à laisser croire que c’est l’initiative "géniale" du président Français qui est à l’origine de cette copie complexifiée du TCE qu’est le traité de Lisbonne, afin d’amadouer les citoyens français et de profiter de l’état de grâce post-électoral de M. Sarkozy (sérieusement entamé à l’heure actuelle).

Le 8 septembre 2006, à Bruxelles, le candidat Nicolas Sarkozy proposait un « plan pour relancer l’Europe » grâce à l’élaboration d’un « mini-traité » qui se contenterait de reprendre les dispositions institutionnelles du TCE, rejeté en 2005. Le 3 mai 2007, lors de son débat avec Ségolène Royal, il affirmait que le TCE était mort et enterré, « nous n’y reviendrons plus ».

Le 21 juin, peu après son élection à la présidence de la République, il participait au Conseil européen de Bruxelles qui s’était donné pour objectif de statuer sur un nouveau projet de traité européen. Après un jour et demi de discussion, un compromis a été présenté le samedi 23 juin. A son retour, le président français a été présenté dans les médias comme le “sauveur de l’Europe” qui avait réussi à imposer son projet de mini-traité, renommé pour l’occasion Traité simplifié, pour éviter certaines connotations péjoratives. Or cette version des faits ne correspond pas à la réalité. La proposition d’un traité simplifié a été officiellement recalée au profit d’un « Traité modificatif » (Reform Treaty), ni simplifié, ni réellement nouveau.

Un “Comité d’action pour la démocratie européenne”

Après l’échec du projet constitutionnel en 2005, suite aux « non » français et hollandais, un groupe de travail informel, dit "groupe Amato", a rapidement planché sur une nouvelle mouture du TCE. Or le texte adopté en juin 2007 correspond à peu de choses près aux recommandations de ce groupe aux contours pour le moins étranges.

Impulsé officiellement sous la présidence européenne de Romano Prodi et conduit par le ministre italien de l’intérieur Giuliano Amato, ce groupe s’est donné le nom de « Comité d’action pour la démocratie européenne » (ACED - Action Committee for European Democracy). « L’unification de l’Europe est un des projets les plus excitants de notre temps », proclame le texte de présentation sur le site du groupe. « Le rêve européen » ne doit pas être « détruit par le nationalisme étriqué » (sous-entendu : les votes "non" des Peuples français et hollandais). L’Europe doit sortir de sa « paralysie politique » depuis le rejet de 2005, en lui donnant des « institutions efficaces ». Elle doit devenir « l’économie la plus compétitive au monde », « capable de parler d’une seule voix et d’agir selon une seule volonté », sous peine d’être « marginalisée » en tant que « global player ».

Dès sa création (il ne sera rendu public que plus tard, fin septembre 2006), le groupe Amato espère nourrir les discussions du sommet européen des 21 et 22 juin 2007, où les chefs d’Etat et de gouvernement doivent fixer l’essentiel d’un “nouveau” traité.

« L’Allemagne, qui exercera la présidence tournante de l’Union au premier semestre 2007, est étroitement associée à cette initiative », comme le précise Jean Quatremer dans son article de Libération "Rome au chevet de la Constitution européenne", du 23 septembre 2006. « Le moment clé, explique Michel Barnier, membre du groupe informel, c’est le Conseil européen de juin 2007 qui se réunira sous présidence allemande, en présence du nouveau chef de l’Etat français. » Nous sommes déjà bien loin d’une initiative soi-disant française.

Composition du groupe Amato

Le « Comité d’action pour la démocratie européenne » (ACED) se présente comme une « initiative privée et indépendante » de « citoyens européens » qui veulent sortir de « l’impasse actuelle de l’Union européenne après les deux votes non au TCE ».

Ses 16 membres proviennent d’origines diverses, tant sur le plan politique que national, avec 14 nationalités différentes. Tous ont évidemment été des partisans de l’ancien traité constitutionnel qu’ils souhaitent ressusciter.

On y trouve ainsi :

- Giuliano Amato, socialiste, ministre italien de l’Intérieur du gouvernement Prodi, ancien président du Conseil italien et vice-président de la Convention européenne, administrateur du "think thank" « Friends of Europe », dont les partenaires sont pour le moins variés (IBM, Coca Cola, Areva, Microsoft, Sony, Shell, Toyota, etc.) ;

- Michel Barnier, UMP, ancien ministre français des Affaires étrangères et ancien commissaire européen chargé de la politique régionale, actuel ministre de l’agriculture du gouvernement Sarkozy, administrateur de Friends of Europe ;

- Stefan Collignon, membre du SPD, ancien ministre allemand des finances, professeur d’économie politique européenne à la London School of Economics, artisan de l’union monétaire ;

- Jean-Luc Dehaene, démocrate chrétien, ancien Premier ministre de la Belgique et le vice-président de la Convention européenne pour le TCE, vice-président de Friends of Europe ;

- Danuta Hübner, parti démocrate polonais, commissaire européenne chargée de la politique régionale depuis 2004 ;

- Sandra Kalniete, ancienne ministre lettonne des Affaires étrangères, ancien membre de la convention pour le TCE, membre du "think thank" « Les amis de l’Europe » avec Giuliano Amato ;

- Wim Kok, social-démocrate, ancien Premier ministre des Pays-Bas, membre de nombreux conseils d’administration dans des lobbies, dont le Dialogue commercial transatlantique (The TransAtlantic Business Dialogue), au côté du Président d’Unilever, administrateur de Friends of Europe ;

- Paavo Lipponen, social démocrate, ancien Premier ministre de Finlande ;

- János Martonyi, ultra-fédéraliste, ancien ministre hongrois des affaires étrangères ;

- Íñigo Méndez de Vigo, député européen espagnol membre du PPE, ex-membre du bureau de la convention pour la charte des droits fondamentaux ;

- Chris Patten, lord britannique Tory et ancien commissaire européen chargé des relations extérieures dans la commission Romano Prodi ;

- Otto Schily, socialiste SPD, ancien ministre fédéral allemand de l’Intérieur ;

- Costas Simitis, parti social-démocrate PASOK, ancien Premier ministre de Grèce ;

- Dominique Strauss-Kahn, socialiste, ancien Ministre français de l’économie et des finances de Jospin, actuel directeur général du FMI ;

- António Vitorino, socialiste, ancien commissaire européen portugais chargé de la Justice et des Affaires intérieures dans la commission Romano Prodi, membre de la Convention européenne pour les droits de l’homme en tant que représentant de la Commission européenne, vice-président de Friends of Europe ;

- Margot Wallström, suédoise, social-démocrate, depuis 2004 elle est la première vice-présidente de la Commission européenne et Commissaire aux Relations institutionnelles et à la Stratégie de communication.

Financement

Selon le site internet du groupe, uniquement en anglais, « le projet a été rendu possible par le financement provenant de la fondation Robert Bosch ».

Cette fondation est actionnaire à 92% de l’entreprise allemande Robert Bosch GmbH, le plus gros équipementier automobile mondial, fabricant d’outils électriques et d’appareils électroménagers, qui emploie 251 000 employés (dont environ 45% en Allemagne, moins de 5% en France) pour un chiffre d’affaire de 42 milliards d’euros (en 2005). Son siège social est à Gerlingen, près de Stuttgart.

L’ACED a reçu le soutien technique et scientifique du « Centre d’études supérieures Robert Schuman », lui-même faisant partie de « l’Institut universitaire européen », situé à Florence. Le site web de l’ACED est d’ailleurs hébergé par le Centre Robert Schuman.

Contenu du projet Amato

La proposition de projet mis au point par ce groupe informel de politiciens conserve l’essentiel du TCE (ce qui en fait toujours une Constitution sans le nom).

Ecrit en français, il apparaît au premier abord comme particulièrement court (70 articles, 50 pages), correspondant apparemment à ce que proposait le candidat Sarkozy en reprenant les principales modifications institutionnelles du TCE (présidence stable de l’Union, création d’un poste de ministre européen des Affaires étrangères). Mais la simplicité n’est qu’apparente.

En effet, les dispositions que l’on trouvait dans la partie III du TCE sont transformées en amendements au Traité de Maastricht (1992) et au Traité de Rome (1957). Ces amendements sont introduits par le biais de deux protocoles, le premier (annexe 2A) introduisant les modifications institutionnelles, le second (annexe 2B) les dispositions politiques. Le jeu des amendements et des renvois en rend le contenu illisible et inaccessible aux citoyens [1]. Quant à elle, la Charte des droits fondamentaux (ex-partie II du TCE) est réintroduite par le biais de l’article 8.

C’est exactement cette même méthode de rédaction qui est au fondement du traité de Lisbonne, et qui en fait ce que certains ont déjà appelé « le traité des notes de bas de page » [2].

TME - TCE, même combat

Les modifications introduites par le TME (Traité Modificatif Européen) par rapport au TCE (Traité Constitutionnel Européen) sont issues, en très grande partie, du projet de traité de l’ACED. Nous reprenons ici le travail de collectage fournit par le groupe Europe d’Attac France, en novembre dernier :

« Dans le TME, le mot "Constitution" et l’adjectif "constitutionnel" sont bannis du texte. Ces modifications étaient proposées par le traité Amato. Dans le TME, le drapeau, l’hymne, la journée et la devise de l’Europe ne sont plus mentionnés. Ces modifications étaient proposées par le traité Amato.

Dans le TME, le “ministre des affaires étrangères” devient le “haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité”. Cette modification n’était pas proposée dans le traité Amato (art. 25-6 et 27) ». En effet, elle participe de la grossière opération de maquillage du TCE.

« Dans le TME, dans les domaines qui ne relèvent pas de la compétence exclusive de l’Union, les parlements nationaux peuvent s’élever contre un projet d’acte législatif européen s’ils estiment qu’il ne respecte pas le principe de subsidiarité. Si une majorité des parlements nationaux et 55 % du Conseil (ou la majorité du Parlement européen) sont contre, le projet est retiré. Cette modification ne semble pas proposée dans le traité Amato. […]

Dans le TME, disparition de la "concurrence libre et non faussée" des objectifs de l’Union, qui se trouve réintroduite par le biais du protocole 6. Cette modification n’est pas proposée dans le traité Amato (art. 3-2). »

Le traité Amato est donc un intermédiaire entre le TCE de mai 2005 et le TME de juillet 2007. Et si le travail de l’ACED n’a pas été repris dans son intégralité, il a néanmoins servi de base de travail pour la Conférence intergouvernementale (CIG) ouverte fin juillet 2007 à Bruxelles.

Quelques modifications ont effectivement été adoptées pour contenter telle ou telle objection nationale, et surtout pour masquer l’opération de recyclage. Mais l’essentiel de la substance du TCE demeure à chaque étape [3]. Seul le degré de complexité augmente au fur et à mesure.

Derrière les rodomontades d’un Nicolas Sarkozy recherchant les feux de la rampe, c’est donc un groupe privé et informel de politiciens renommés, financé par une importante multinationale allemande, qui est à l’origine de la réécriture du TCE que les Français et les Hollandais pensaient avoir enterré.

Non contentes de cette origine douteuse, force est de constater que nos élites continuent de fuir le Peuple en faisant tout pour contourner son suffrage, et en adoptant la voie de la ratification parlementaire, le plus loin possible du vacarme de cette foule, perçue comme incapable de penser et de percevoir son propre bien. C’est bel et bien un coup d’Etat institutionnel qui éloignera pour longtemps le Peuple et ses élites. Et laissera de profondes cicatrices. Quand ce despotisme soi-disant éclairé cessera-t-il ? Faudra-t-il une crise majeure ?

[1] Un exemple de cette réécriture : « L’article 7 est modifié comme suit : a) dans tout l’article, les mots « avis conforme » sont remplacés par « approbation », le renvoi à la violation « de principes énoncés à l’article 6, paragraphe 1, » est remplacé par un renvoi à la violation « des valeurs visées à l’article 1bis », les mots « du présent traité » sont remplacés par « des traités » et le mot « Commission » est remplacé par « Commission européenne » ; b) au paragraphe 1, premier alinéa, première phrase, le membre de phrase final « ... et lui adresser des recommandations appropriées » est supprimé ; à la dernière phrase, le membre de phrase final « ... et peut, statuant selon la même procédure, demander à des personnalités indépendantes de présenter dans un délai raisonnable un rapport sur la situation dans l’État membre en question » est remplacé par « ... et peut lui adresser des recommandations, en statuant selon la même procédure. » » Et tout est à l’avenant...

[2] Fin juin 2007, Karel De Gucht, ministre belge des affaires étrangères, membre du Parti libéral flamand, estimait qu’avec sept autres Etats membres, ils avaient préservé « l’essentiel » du TCE, mais regrettait d’en avoir perdu la « clarté » [sic !] : « le but de ce traité-là est d’être illisible » avait-il affirmé, qualifiant le texte de « traité des notes de bas de page ».

[3] Angela Merkel, Chancelière de la République Fédérale d’Allemagne, dans un propos au Daily Telegraph le 29 juin 2007 affirmait : « La substance de la Constitution est maintenue. C’est un fait. ». Lors d’un débat au Parlement européen, en juillet 2007, Valéry Giscard d’Estaing affirmait quant à lui : « en termes de contenu, les propositions demeurent largement inchangées, elles sont justes présentées d’une façon différente […]. Les gouvernements européens se sont mis d’accord sur des changements cosmétiques à la Constitution pour qu’elle soit plus facile à avaler ». Mardi 23 octobre, l’ancien président de la Convention précisait que « les propositions originelles ont simplement été dispersées dans les anciens traités sous la forme d’amendements ». Ecoutons encore Jose Luis Zapatero le 27 juin 2007 : « Nous n’avons pas abandonné un seul point essentiel de la Constitution… C’est sans aucun doute bien plus qu’un traité. C’est un projet de caractère fondateur, un traité pour une nouvelle Europe. »

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20 octobre 2007

L'entourloupe européenne de M. Sarkozy

Nouveau traité européen : complexe simplification et franche trahison

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Jeudi 18 octobre, le Journal Télévisé de 20 h sur France2, après avoir traité des mouvements de grève du jour, s'est étendu très longuement sur le divorce des époux Sarkozy. En troisième position, le sommet européen de Lisbonne n’a, quant à lui, eu droit qu’à quelques secondes. Juste le temps de dire que le Président Sarkozy était soi-disant « à l'origine » d’un nouveau Traité européen (qui n'a de « simplifié » que le nom, car il est en fait très long et très tortueux : plus de 256 pages, un sac de noeuds très complexe, des références externes juridiquement contraignantes, de nombreux protocoles additionnels, etc.), tout en signalant rapidement que, d’ailleurs, ce « nouveau » Traité reprenait l'essentiel des dispositions du Traité Constitutionnel de 2005. Pour passer illico à la suite. Comme si c'était anodin !

En effet, si Nicolas Sarkozy avait certes parlé d'un « mini-traité institutionnel » durant sa campagne présidentielle, nous avons en fait devant nous une copie à 98% du TCE, refusé le 29 mai 2005 pour de très nombreuses raisons qui ne peuvent pas se résumer aux 2% qui ont été abandonnés. De fait, l'esprit en reste profondément le même. Les seules choses qui changent sont minimes. C'est l'abandon de l'inscription des symboles européens (qui pourtant existent déjà), c’est le changement de nomination pour le "Ministre des affaires étrangères", remaquillé en "Haut représentant". Et l’entourloupe sur l’abandon de la concurrence comme finalité pour en faire un moyen, il faudra bien que, concrètement, on nous l’explique un jour. Entendez : si nous privatisons la société XYZ, ce n’est pas une fin en soi, c’est juste un moyen. Que l’on soit d’accord ou pas, ponctuellement ou globalement, avec les privatisations, qu’est-ce que cela change en réalité ? Rien du tout. Poudre de Perlimpinpin.

Que l'on ait voté oui ou non en 2005 ne devrait rien changer. Le fait reste le même et doit choquer toute personne respectueuse de la démocratie et de ses règles. Nicolas Sarkozy avait affirmé, lors de son débat du second tour face à Ségolène Royal, que le TCE était bel et bien enterré, et qu'il ne trahirait pas le vote des Français, mais qu’il ferait adopter un petit machin de rien du tout qui permettrait juste de fonctionner à 27, et bla bla bla, et c’est pour cela qu’il n’y aurait pas besoin de referendum. Mais les promesses ne doivent pas engager seulement ceux qui y croient…

Le sommet de cette affaire, c'est que c'est "la" France (M. Sarkozy) qui remet sur les rails ce que "la" France (le Peuple) a rejeté. Affaire de pénitence ? Toujours est-il que les autres dirigeants européens ont tout intérêt à laisser croire que c'est l'initiative "géniale" du président Français qui est à l'origine de cette copie aménagée du TCE... Mais les Français ne sont pourtant pas dupes.

Alors il faudrait que l’on en parle le plus possible dans les médias, il faudrait un débat à la hauteur de celui de 2005, qui avait pu nous donner une haute opinion de notre démocratie, et qui avait étonné le reste de l’Europe. Mais l'espace médiatique est de plus en plus saturé par des sujets pipoles (divorce au sommet, infanticides, chiens méchants, chasse au pédophile, etc.). D’accord, Nicolas est célibataire. Avis aux amatrices. Cela dit, cela ne devrait faire qu’un petit encart dans un coin de journal, dont on parlerait certes beaucoup au bistro et au boulot, ou encore dans la presse "spécialisée" dans les ragots de mère Michèle. Mais que cela éclipse en grande partie le reste de l'actualité, c'est très inquiétant sur l'état de santé de notre sphère médiatique. La logique individualiste et sentimentaliste semble avoir pris le dessus. Sans doute notre président y est pour quelque chose. Mais comme nous sommes pour quelque chose à sa présence à la présidence... Bref. Il est d’ailleurs remarquable que « l’opposition » joue le même jeu de l’instrumentalisation médiatique de la vie privée (un divorce, tiens, cela rappelle quelque chose… François et Marie-Ségolène…).

Quoiqu’il en soit, il n'y a pas que le divorce du Chef de l'Etat qui est sans précédent dans l'histoire de la Vème République, mais aussi le fait qu'un Président puisse vouloir contourner aussi frontalement le résultat d'un referendum populaire. Pis, en disant que la France, coupable d’avoir dit "non" en 2005, doit se racheter en ratifiant le texte la première, sans grand débat, avant la fin décembre : "après avoir bloqué la Constitution, vous comprendrez qu'en tant que chef de l'Etat, je ne verrai que des avantages à ce que la France montre l'exemple de l'adoption de nouvelles institutions". En d'autres temps, on aurait parlé de « Haute Trahison ». Certains parlent de Coup d’Etat. Et en effet, cela y confine. Et que chantent nos médias pendant ce temps ? La même rengaine : « la construction européenne repart du bon pied, deux ans après le non français au TCE » (JT du 19 octobre, France 2)… Ah la la, si on avait pu l’éviter ce fichu referendum, oh, si Chirac ne s’était pas avisé de consulter le peuple pour une question aussi fondamentale… Car les Français sont sans doute vraiment très frileux et très réactionnaires, ou alors incapable de comprendre les enjeux d’une question si sérieuse. C’est pour cela qu’il faut contourner leur vote quand il ne va pas dans le sens de l'élite dirigeante. Est-ce donc cela, la démocratie postmoderne ? Drôle de conception de la démocratie sans le peuple. Pourtant il existe bien un mot pour cela : l’oligarchie.

Las, c’est toujours le même "argumentaire" qu’on nous ressert, présentant le "non" démocratique des Français comme une catastrophe, une impasse... Mais pour qui ? Pour ceux qui, au nom de la sauvegarde de la voix Française dans le monde, cherchent dans le fédéralisme « la » solution politique. Parce que la France serait un petit pays qui ne pèserait pas grand-chose s’il ne s’intégrait pas à une Europe-puissance. Car enfin, nous sommes à l’heure de « la mondialisation »… Ce défaitisme, ce fatalisme français nous a malheureusement déjà mené bien bas. Or la voix d'un individu particulier dans un ensemble qui ne pense pas comme lui (par exemple un républicain dans une association de libéraux) a toutes les chances d'être amenuisée. C'est ce que De Gaulle avait compris quand il avait tout misé sur l'indépendance de la France à l'égard des deux blocs, soviétiques et US durant la guerre froide. Jamais la voix de la France n'avait été si forte (qu'on soit d'accord ou non avec ce qu' « elle » disait à ce moment, peu importe).

Contrairement à ce ressassent nos « déclinologues » nationaux, internationaux et transnationaux, la France est toujours une grande puissance symbolique, historique et politique, dont la voix est entendue, et souvent attendue dans le monde. Qu’on se souvienne de sa prise de position contre la guerre en Irak en 2003. Jamais cela n’aurait été possible avec un ministre européen des affaires étrangères, c’est évident. Certes, cela n’a pas empêché les Américains d’y aller, mais cela a brisé la logique de deux mondes qui s’affronteraient, la logique du conflit des civilisations que certains appellent de leurs voeux, en apprentis sorciers qu’ils sont. D’ailleurs, un hypothétique « non » européen n’aurait pas plus empêché les Etats-Unis de mettre en œuvre leur puissante machine de guerre contre un pays qu’ils avaient décidé d’émietter. Mais la question ne se pose pas, puisque la majeure partie de nos voisins sont explicitement atlantistes, et pleinement intégrés à l’Otan. Ce que Hervé Morin, notre Ministre de la Défense, issu des troupes de Bayrou, souhaite pour la France : un retour au bercail. Avec la bénédiction du Président. On est bien loin de l’Europe-puissance…

Il faudra s’y faire. L'Europe n'est pas une Nation, et même si on peut en rêver, elle est très loin de le devenir. La grande faiblesse des Français est de penser l'Europe sur le modèle d'une grande France, alors qu’elle en est actuellement l'antithèse sur de trop nombreux points. Le modèle d'une Europe rivalisant avec les puissances économiques et militaires du moment est un leurre, qui finira par s’effondrer, s’émietter dans un communautarisme irresponsable, voire un ethnicisme très dangereux. Car les logiques de désintégration sont déjà à l’œuvre : en Belgique, en Espagne, sans parler de l’ex-Yougoslavie… avec le regard bienveillant des instances européennes, de la plupart de nos partis politiques, français ou non, et le soutien plus ou moins officiel de certains gouvernements européens. Ouvrons les yeux. Notre pudeur politique montre ses limites. Le modèle fédéral et régionaliste a par ailleurs déjà bien entamé les Institutions de la République française, et le mouvement ne semble pas s’inverser avec la présidence actuelle. Rappelons nous que Nicolas Sarkozy était, à la suite de Lionel Jospin,  à l’origine du referendum “local” pour une plus grande autonomie de la Corse, ce que les Corses avaient eu la bonne idée de refuser, malgré tout le vacarme médiatique en faveur du oui.

A moins de vouloir que la France ne régresse définitivement et devienne une Province d'un Empire politiquement et administrativement “anglosaxonnisé”. Bref en faire une petite Californie, au mieux. Mais qu'y gagneront les Peuples ? Que deviendra notre République quand elle sera totalement atomisée et balkanisée dans une logique fédérale qui ne correspond pas du tout à son expérience historique et à son potentiel politique ?

Mais pour le moment : un REFERENDUM ! Puisque nous sommes à nouveau au pied du mur.

Parlons-en autour de nous. Ecrivons à nos politiques, un mail est vite envoyé. Creusons la question. Montrons que nous ne sommes pas prêts à avaler les plus grosses couleuvres avec tant de facilité. En fait, soyons à la hauteur de notre réputation politique.

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02 mai 2007

D’après François Fillon, Sarkozy ne compte plus demander de réforme de la Banque Centrale Européenne

BCE : le reniement de Sarkozy

BCEVigoureusement dénoncée depuis plusieurs mois par les milieux libéraux, la réforme de la Banque Centrale Européenne et de l’euro, proposée à grand fracas par Nicolas Sarkozy, n’était donc qu’un leurre destiné à berner les citoyens. Et sa posture de volontarisme patriotique n’était qu’une imposture : un suivisme volontaire. "Je veux être le président qui tiendra ses engagements" sera son premier engagement renié. Qu’on se le tienne pour dit.

A Agen le 22 juin 2006, le discours prononcé par Nicolas Sarkozy avait marqué un tournant dans sa campagne. Convaincu, comme Chirac en son temps dont il reprend sciemment les méthodes électorales [1], que seule une stratégie d’ouverture vers de nouvelles “cibles” (les classes moyennes, les ouvriers, les employés…) lui permettrait de gagner les élections, Sarkozy prenait à contre-pied sa formation politique. Le patron de l’UMP avait en effet tenu des propos qui laissèrent bouche bée son auditoire : fustigeant les « patrons voyous » et les « parachutes en or », Sarkozy tentait de se présenter en héros protecteur contre les délocalisations qui menacent tant l’industrie que, bientôt « l’administration, la conception, la recherche et le service », terminant son discours par une tirade sur « l’euro fort » qui tue les emplois en Europe et sur la nécessité d’une révision de la politique monétaire européenne. « Il n’y a aucune raison pour que la zone euro soit la variable d’ajustement des déséquilibres économiques du monde. Avons-nous déjà oublié le franc fort à tout prix qui nous a coûté cher en emploi ? […] Regardez les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Et demandez-vous pourquoi les pays européens qui enregistrent les meilleures performances en matière d’emploi, de pouvoir d’achat et de croissance sont ceux qui sont en dehors de l’euro. […] Etre un Européen conséquent, c’est refuser que le marché unique serve de paravent à tous les dumpings sociaux, fiscaux ou idéologiques ! » Nombreux sont ceux qui ont eu du mal à le croire, y compris dans son camp.

Dans la même veine, le 28 mars 2007 à Lille, Sarkozy réitérait ses attaques contre l’euro fort et la Banque Centrale Européenne qu’il annonçait vouloir mettre « au service de la croissance et de l’emploi ». « Je veux déclencher une offensive diplomatique pour obtenir de nos partenaires qu’ils fassent pression sur la BCE (Banque centrale européenne) et surtout pour que l’on mette en place un véritable gouvernement économique de l’Europe face à une banque centrale qui ne peut pas continuer à n’avoir de comptes à rendre à personne ».

Sa qualification pour le second tour, ainsi que son avance sur Ségolène Royal dans les sondages, semblent avoir prématurément fait effet sur le discours du candidat : à peine entrevoit-il la réalisation de ce qu’il désirait tant en se rasant tous les matins, que les reniements commencent. Impatience, quand tu nous tiens ! En effet, selon une dépêche AFP du dimanche 29 avril, François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy (et futur premier ministre potentiel), a annoncé que le candidat de l’UMP avait « compris qu’il n’était pas raisonnable de demander la réforme de la BCE ». « Il a discuté avec les responsables européens. Il n’y avait aucun accord pour engager une réforme », a-t-il ajouté au cours du Grand rendez-vous Europe 1/TV5 Monde/Le Parisien. « Nous demandons simplement que la BCE accepte de regarder la situation et d’essayer de balancer la politique monétaire européenne » pour qu’ « on puisse encore fabriquer des avions en Europe ». Les mots se sont pour le moins édulcorés, et « l’offensive diplomatique » annoncée à peine 15 jours auparavant promet effectivement d’être terrible...

Que ceux qui pouvaient être séduits par l’illusion du volontarisme sarkozyen, tant face à la mondialisation qu’aux politiques européennes, soient fixés sur ce qui attend “la France d’après”. Il est vrai que Ségolène Royal (pas plus que François Bayrou d’ailleurs) n’est davantage convaincante sur le sujet. La seule différence est qu’elle promet un referendum là où Sarkozy annonce un passage en force auprès du Parlement, en ce qui concerne un futur Traité européen. Dans tous les cas, il nous faudra être vigilants et offensifs.

[1] voir le livre de Michaël Darmon, La vraie nature de Nicolas Sarkozy, publié en janvier 2007 au Seuil. Journaliste à France 2, chargé de suivre la campagne du candidat UMP, il dresse un portrait fort élogieux d’un homme qui aurait changé... ce dont il peine d’ailleurs largement à nous le prouver. En revanche, la stratégie électoraliste du candidat UMP y est relatée.

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30 mai 2005

29 mai 2005 : une secousse politique

Un non frileux, bête et xénophobe ?

gagnenonLes raisons avancées par les journalistes, éditorialistes et politiciens partisans du oui pour expliquer les « terribles résultats » au lendemain du scrutin du 29 mai 2005 montrent une nouvelle fois qu’ils restent sourds à la clameur populaire. Les journaux télévisés, la presse écrite, les ondes radiophoniques ne cessent de diffuser la même petite musique. On n’en attendait certes pas moins de la part de déçus du oui. Mais rarement la caricature aura été poussée aussi loin.

-  France rabougrie contre France moderne ?

Le non du 29 mai, entend-on, serait la victoire d’une France recroquevillée, repliée frileusement sur elle-même, « une France qui a peur d’elle-même » (Noël Mamère), en bref, une France xénophobe et arrogante, contre une autre France, elle, ouverte sur le monde, moderne, tournée vers l’avenir... Lors de la campagne référendaire déjà, les partisans du non furent grossièrement lepénisés, sans autre forme de procès. Réfléchir sur le cas du « plombier polonais » - ou du routier roumain, de l’architecte letton, ou encore du marin philippin, puisque la politique économique de l’Europe vise « au développement harmonieux du commerce mondial » (article III-314) - serait l’expression d’un racisme ambiant qui caractériserait cette « France rabougrie » (Bernard Kouchner). Comme si c’était les hommes et leur nationalité qui posaient problème, plutôt que les conditions de travail ou la mise en concurrence de droits et de pratiques différentes au sein des pays de l’Union.

Quand on est camionneur français, ne peut-on avoir légitimement peur de routiers polonais qui enchaînent 24h de travail sans aucun contrôle (il faut s’arrêter quelques instants sur l’article III-240) ? Ne peut-on pas être choqué lorsque des entreprises tchèques, portugaises ou autres, s’installant temporairement en France, fournissent les mêmes prestations que des entreprises françaises, avec un coût de main d’œuvre 20 à 30 % moins cher parce que les cotisations sociales sont payées dans le pays d’origine, et que les conditions de sécurité et de contrôle ne sont pas forcément garanties ? Est-ce être xénophobe que de défendre le droit du travail (qui est bien loin du « droit de travailler » de l’article II-75), de défendre l’emploi de proximité (parce que le coût de la casse sociale est souvent bien plus élevé à long terme que les gains des entreprises) ? Est-ce être xénophobe que de considérer que l’intérêt national peut primer sur l’intérêt d’élites européennes ? C’est comme si l’on nous demandait, au nom de l’amitié entre les peuples, de céder à tous les abandons. Il n’y aurait rien de plus désastreux que de laisser au Front national le monopole de la contestation sociale, de la même façon que nation et patriotisme (au départ valeur des républicains de 1789 et des résistants de 39-45) lui ont été jetés en pâture. Le « populisme » ne s’épanouit jamais sur du vide, il lui faut un terreau favorable qui est en train de se préparer, par le regard condescendant que nos élites "mondialisées" jettent sur les "masses populaires".

On peut d’ailleurs se demander où sont réellement la frilosité et le repli inquiet : n’y a-t-il pas quelque chose de pathologique à ne plus vouloir assumer la France, son histoire et sa grandeur quand le monde entier est toujours en attente de ses prises de position, face aux empires quels qu’ils soient ? Ne sont-ce pas ceux-là mêmes les rabougris qui n’osent plus croire en la puissance symbolique d’une nation millénaire ? Comment peut-on prétendre construire l’Europe sur une base aussi peu solide ? Car l’Europe ne doit pas se faire sans, ni contre les peuples. Et que dire de ceux qui n’ont eu de cesse de parler de façon méprisante du « débat franco-français » ? Quelle insulte à la démocratie ! D’autant que quasiment tous les peuples européens ont été privés de ce débat, si riche en France.

-  L’aspiration politique venue des profondeurs

Le non du 29 mai serait aussi une victoire de la bêtise contre l’intelligence. S’ils sont moins nombreux à le clamer haut et fort qu’à le penser tout bas, il fallait tout l’aplomb de l’académicien Alain Decaux pour se permettre de décocher le trait durant la campagne référendaire : « les partisans du non ne réfléchissent pas ! ». Les réactions de l’après-vote ne sont pas plus avenantes. « De toute façon, quelle que soit la question, les français auraient voté non » (Hollande&Cie). Entendre : ils n’ont pas saisi l’enjeu du scrutin et ont préféré s’en servir comme défouloir pour leurs pulsions et leurs colères irrationnelles. Les français se seraient trompés de débat : la preuve, ils ont voté « non » parce que le chômage monte, parce qu’il y a des délocalisations, parce que les services publics sont libéralisés puis privatisés, parce qu’ils s’imaginent que leur modèle social est menacé... Que n’ont-ils pas patienté jusqu’en 2007 pour exprimer leur mécontentement à l’égard de leur gouvernement au lieu de se venger sur notre belle Europe ? C’est oublier que la politique de la France, et en particulier sur le plan économique, est globalement arraisonnée aux institutions européennes : le budget de la France est soumis à la Commission avant approbation, 80% des lois françaises sont des transpositions de directives européennes... Ainsi, il aurait fallu attendre 2007 pour élire un nouveau gouvernement qui aurait été encore plus inféodé à la logique libérale de l’Union gravée dans le Traité Constitutionnel. Dès lors que ce dernier aurait bénéficié de la légitimité populaire de 25 peuples, le carcan aurait en effet été difficile voire impossible à fissurer.

Ce qu’on nous demandait, c’était un coup d’Etat opéré par le peuple lui-même contre lui-même. On pensait se débarrasser une fois pour toute de la politique, au profit de la « saine gestion » par des élites éclairées. On pensait pouvoir transformer définitivement un peuple de citoyens en un agrégat de consommateurs individualisés. Or les français ont bel et bien lu ce texte. C’est leur faire injure que de supposer le contraire. Oh, certes, pas en entier, mais avait-on vraiment besoin de lire les centaines de pages de cette Bible économique pour en saisir les orientations majeures ? Et dans la mesure où nombreuses étaient les dispositions déjà en application, car inscrites dans les traités en vigueur, ne pouvait-on pas facilement se tourner vers l’expérience concrète de plusieurs décennies de politiques libérales pour en percevoir les conséquences ?

Oui, c’est vrai, ce grand « non » français a des allures de 1789... Et ils sont bien ennuyés ceux qui pensaient pouvoir enfiler les charentaises du Traité Constitutionnel et enfin se reposer dans leur tour d’ivoire. Car le « plan B » existe bien, mais il est exigeant, c’est celui du débat populaire, en France et en Europe : ce qu’il faut faire maintenant, c’est de la politique ! Voilà pourquoi la France est soulagée. On a voulu la museler, l’étouffer, l’endormir. Mais elle réclame à nouveau son dû : la grande politique. Qui saura entendre ce cri ?

Sarkozy semble avoir compris cela sur la forme (volontarisme, dynamisme, coudées franches, coups de pieds dans la fourmilière, tout ce qui fait son style), mais sûrement pas sur le fond. Et c’est en cela qu’il est dangereux. La France n’est fondamentalement pas libérale : toutes les analyses sociologiques le montrent. La voie sociale-libérale empruntée par les autres partis européens ne convainc pas. Or le projet de Sarkozy (qui sait avancer masqué, comme tout habile orateur) ressemble aux remèdes du médecin malgré lui de Molière. La purge libérale ne vous convient pas ? Redoublons d’efforts ! Purgeons, purgeons encore !

-  Le oui est un petit oui

Il faudra bien qu’un jour l’autisme cède la place à l’autocritique. Car le non français n’est pas un petit non, prononcé du bout des lèvres. La participation électorale n’a pas été aussi élevée depuis vingt ans. Quand il s’agit d’élire des représentants que l’on considère souvent par avance comme prédestinés à la trahison (c’est malheureusement l’expérience politique qui parle), le vote s’érode. Et là, soudain, la question posée est directement politique : on demande son avis au peuple sur le contenu des politiques et il se mobilise en masse. Le refus cinglant des français est un non de résistance, car il en fallait du courage pour résister à la déferlante bien-pensante qui sommait de voter oui sous peine de catastrophe universelle (crise économique, désintégration politique de la France, etc.) ! A l’inverse, le oui est un petit oui. Combien sont-ils ceux qui sont allés voter oui à reculons, en se disant « tout de même, ce serait dommage de casser tout ça », mais la méfiance malgré tout chevillée au corps ? Souvent même, c’est le oui qui se trompait d’objet, en votant pour une Europe idéale et utopique, lointaine mais espérée, et non pas pour une Constitution que l’on avouait « très imparfaite », « comportant beaucoup de points négatifs, mais enfin ! Que voulez-vous ? C’est la marche de l’histoire ». C’était ignorer que ce sont les peuples qui font leur histoire.

Le plus dur est évidemment devant nous. Un nouveau champ politique s’est ouvert le 29 mai. Il reste à se l’approprier, à l’entretenir, à y semer de nouvelles graines politiques pour que de jeunes arbres viennent enfin remplacer les vieux troncs vermoulus.

Publié sur les-europes.org

Posté par mlavarenne à 01:17 - Europe - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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